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Les charleries

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Ce blogue contient des souvenirs, des anecdotes, des opinions, de la fiction, des bribes d’histoire, des énigmes et des documents d’archives.

Charles-É. Jean

Rimouski

# 3560                 29 mars 2017

 

Ateliers de menuiserie à Rimouski en 1937

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici un extrait de ce texte qui montre que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 80 ans :

 

« On relève dans Rimouski deux manufactures de portes et châssis : l'une appartenant à Monsieur Albert Sirois et l'autre à Monsieur Éphrem Gagné. Le premier exploite son industrie une dizaine de mois par année et emploie trois hommes dont l'un occasionnellement. En 1937, il a fabriqué 1800 à 1900 portes et châssis et il a atteint le chiffre d'affaires de 8687,40 $.

 

L'établissement de Monsieur Gagné fonctionne toute l'armée avec deux employés. La production de 1937 fut de 900 à 1000 portes et châssis que Monsieur Gagné a vendus au prix moyen de 4,50 $ l'unité. MM. Sirois et Gagné achètent de la Compagnie Price tout le bois qu'ils utilisent à leur atelier. Ils fabriquent pour le marché local et celui de la Côte-Nord. Monsieur Sirois s'occupe aussi occasionnellement de la préparation du bois (planage).

 

Il y a aussi dans Rimouski deux autres ateliers de menuiserie générale, exploités respectivement sous les raisons sociales de Lavoie & Frères et de Georges Bélanger.

 

MM. Lavoie, deux menuisiers de Rimouski, viennent d'ouvrir leur atelier de menuiserie et de préparation de bois. Ils n'avaient commencé leur exploitation que depuis une quinzaine de jours lors du passage des enquêteurs, au mois d'août 1938.

 

Quant à monsieur Bélanger, un ouvrier à l'emploi de la compagnie Santerre de Rimouski, il possède un petit atelier où il fabrique le soir et par temps perdu quelques portes et châssis et des articles de menuiserie générale.

 

Ces deux derniers établissements ne peuvent pas être considérés comme  des établissements industriels ; ce sont plutôt des boutiques d'artisanat. » (Fin du texte cité)

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# 3495                 3 mars 2017

 

Scieries à Rimouski en 1937

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici un extrait de ce texte qui montre que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 80 ans :

 

1. Price Brothers

La principale industrie de la ville est sans contredit la scierie exploitée à Rimouski depuis 1902 par la Price Brothers et dont la production en 1927 a atteint les chiffres suivants : 26 000 000 p.m.p. (pieds mesure de planche) de bois de sciage, 946 000 p.m.p. de bois de fuseau et 17 146 000 bardeaux. Cette production ne varie guère depuis quelques années. La compagnie a aussi vendu comme sous-produit 13 750 tonnes de déchets de bois (chips).

 

Le bois utilisé dans les usines de la compagnie provient des terres de la Couronne dans une proportion de 90 % environ. Le reste, soit 10 %, est coupé sur les réserves forestières de la compagnie dans la seigneurie Nicolas-Rioux, ou encore sur des lots privés que la compagnie possède ailleurs. (Le sapin et l’épinette sont utilisés à 88,9 %, le cèdre à 4,3 %, le pin à 3,5 % et le bouleau à 3,3 %.)

 

Toute la production fut vendue aux commerçants en gros du Canada, et surtout de l'extérieur dans les proportions suivantes : 85 % aux États-Unis, 10 % dans l'Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, et 5 % dans le Québec.

 

La Compagnie a établi sa scierie à Rimouski par suite des facilités de flottage du bois ; ses usines sont en effet situées à l'embouchure de la Grande rivière Rimouski.

 

La Compagnie emploie en permanence 24 hommes dont 9 employés de bureau. La période de sciage du bois se prolonge pendant 6 mois, de mai à novembre, et occupe environ 325 ouvriers. Pendant ce temps, l'industrie fonctionne à plein rendement. En hiver, la Compagnie emploie à différentes périodes une soixantaine d'hommes soit aux réparations ou à la garde du moulin, soit à l'expédition du bois, etc.

 

Il est évident que cette industrie, qui fait vivre une bonne partie de la population de Rimouski, ne pourrait disparaître sans causer dans la localité une perturbation économique. Dans les conditions actuelles d'approvisionnement, la scierie peut encore fonctionner environ 25 années à ce que prétendent les autorités de la Compagnie qui nous ont fourni les présents renseignements. (…)

 

2. La Perrelle Lumber

La deuxième industrie importante de Rimouski est propriété de La Perrelle Lumber qui possède une scierie et une usine de préparation du bois (planage) qu'elle exploite dans la ville depuis environ 25 ans. La production de la scierie en 1937 accuse les chiffres suivants: 500 000 p.m.p. de bois de sciage (bois dur), 12 000 000 de bardeaux et 15 000 000 de lattes. Tout ce bois est acheté à l'état brut en dehors du comté à l'exception de 50 000 p.m.p. provenant des terres patentées de la région.

 

La Compagnie a de plus acheté en 1937 environ 20 000 000 p.m.p. de bois scié surtout dans la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ; elle n'a acheté que 100 000 p.m.p. dans la province de Québec. Ce bois a été plané à l'usine de préparation du bois de Rimouski et expédié comme suit aux commerçants de gros sur les différents marchés : 70 % aux États-Unis, 27 % en Ontario et 3 % seulement dans la province de Québec. (…)

 

La Compagnie a établi son industrie à Rimouski par suite des facilités de transport du bois par eau et par chemin de fer et de l'abondance de la main-d'œuvre.

 

Cette industrie fait vivre plusieurs familles et la cessation complète des activités causerait évidemment une certaine perturbation économique dans la ville. La Compagnie emploie actuellement environ 75 hommes à ses usines pendant les 6 mois de plus forte production. L'hiver, elle ne garde quo 25 hommes. On relève en plus 3 hommes de bureau employés en permanence. On estime que la production de la Compagnie a augmenté d'environ 25 % depuis 3 ans.

 

3. Scierie de Louis-Philippe Sirois

Monsieur Louis-Philippe Sirois exploite aussi dans la ville depuis 1914 une scierie et un atelier de planage pour les besoins des cultivateurs. Cette petite industrie fonctionne 7 à 8 mois par année et emploie 3 hommes. En 1937, monsieur Sirois a scié 400 000 p.m.p. et plané 50 000 p.m.p. pour les cultivateurs de la région. Cette production ne varie guère depuis quelques années, mais le bois tend actuellement à diminuer sur les terres patentées. » (Fin du texte cité)

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# 3425                 3 février 2017

 

Industries à Rimouski en 1937

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici un extrait de ce texte qui montre que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 80 ans :

 

« Nous avons vu que la ville de Rimouski est à peu près entièrement constituée par un habitat urbain. On n'y relève que 3 cultivateurs qui possèdent des terres dans les limites de la ville. La municipalité rurale qui se rattache à la ville de Rimouski est la paroisse de Saint-Germain-de-Rimouski.

 

Rimouski n'est pas lui-même un centre agricole, et cependant toutes les industries dérivées de l'agriculture exploitées pour les besoins des cultivateurs de la région sont centralisées dans la ville.

 

Beurrerie

La Société Coopérative agricole de Rimouski exploite une beurrerie dans la ville de Rimouski. Cette industrie fut établie en coopérative en 1931, mais elle existait déjà alors depuis plusieurs années. Elle fonctionne actuellement pendant toute l'année à rendement irrégulier suivant la saison.

 

La production de 1937 fut de 84 120 livres de beurre qui furent vendues au prix moyen de 0,265 $ la livre. Le lait servant à la fabrication du beurre provient surtout des cultivateurs de Saint-Germain-de-Rimouski, Notre-Dame-du-Sacré-Cœur et Sainte-Anne-de-la-Pointe-au-Père. Quelques cultivateurs de Sainte-Luce et de Saint-Donat y apportent leur lait au printemps et à l'automne.

 

Toute la production de la beurrerie est vendue en gros et en détail dans Rimouski et les environs. Non seulement le marché local absorbe toute la production, mais il requiert un surplus étranger. La beurrerie a une capacité de production beaucoup plus grande et produirait certes davantage si elle recevait une plus forte quantité de lait.

 

La principale concurrence que subit la Coopérative est celle d'un cultivateur de Bic qui vient régulièrement avec un camion chercher le lait chez les cultivateurs pour le transporter à la beurrerie de Sainte-Cécile-du-Bic.

 

Plusieurs prétendent qu'il serait très bon d'instituer à Rimouski un établissement pour la pasteurisation du lait et de la crème et pour la fabrication du Yoghourt.

 

Tannerie et fabrique de chaussures

Monsieur Edmond Dumont exploite une tannerie à Rimouski depuis une cinquantaine d'années. Il tanne les peaux que les cultivateurs de la région lui apportent et charge en moyenne 4 $ la peau. Il a ainsi tanné 350 à 400 peaux on 1937.

 

Le propriétaire de la tannerie achète aussi des cultivateurs un certain nombre de peaux qu'il utilise pour son propre compte à sa fabrique de chaussures qu'il exploite depuis 1937. Monsieur Dumont fabrique surtout des bottes qu'il vend dans la région. Depuis que cotte industrie fonctionne, c'est-à-dire depuis environ 1 an, il a vendu aux cultivateurs et aux commerçants de détail de la région près de 700 paires de bottes dont 500 paires à 5 $ et le reste à 3,50 $ et 4 $ la paire.

 

Monsieur Dumont emploie deux hommes en permanence dont l'un à la tannerie et l'autre à la fabrique de chaussures ; à cette dernière, il emploie aussi une femme occasionnellement. » (Fin du texte cité)

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# 3360                 8 janvier 2017

 

Services à Rimouski en 1937

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici un extrait de ce texte qui montre que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 80 ans :

 

« Le commerce fait vivre 60 familles et comprend 2 commerçants de gros et 56 commerçants de détail ; on relève en outre 109 commis employés dans les divers magasins.

 

Les transports occupent régulièrement 7 employés de chemin de fer et 6 employés de navigation. La ville compte également 16 camionneurs et 20 chauffeurs de taxi.

 

On relève dans Rimouski une douzaine d'établissements industriels qui, à part les exploitants, occupent près d'une cinquantaine d'employés permanents et au-delà de 400 employés temporaires, ces derniers travaillant pendant une période moyenne d'environ 6 mois par année ; ces employés sont pour la plupart des journaliers que nous avons déjà mentionnés ; quelques-uns sont des hommes de métier également énumérés plus haut. On doit cependant noter qu'un certain nombre de ces employés de l'industrie demeurent dans les municipalités voisines de la ville.

 

À part les communautés religieuses, l'enseignement occupe dans la ville 2 professeurs laïques au Séminaire et 4 institutrices. Il nous a été impossible de déterminer le nombre de jeunes filles de la ville qui enseignent en dehors.

 

À part l'enseignement, le travail féminin est assez en honneur dans Rimouski. On compte environ 200 jeunes filles en service domestique dans la ville ; les 2/3 de ces dernières viennent cependant de l'extérieur. Quant aux jeunes filles employées dans les bureaux ou les magasins, on en relève environ 75 dont la plupart sont des jeunes filles de la ville de Rimouski.

 

Les hommes de profession libérale sont assez nombreux à Rimouski où l'on compte 13 avocats, 3 notaires, 1 protonotaire, 13 médecins, 3 dentistes, 1 vétérinaire, 10 ingénieurs, 7 agronomes, 2 ingénieurs forestiers, 1 arpenteur, 1 chimiste et 2 journalistes.

 

Quant aux autres occupations que nous n'avons pas encore énumérées, elles comprennent 8 hôteliers, 11 contracteurs de chantiers, 3 entrepreneurs, 2 ouvriers agricoles, 6 policiers et 162 employés et agents divers. Signalons enfin que la ville compte 126 rentiers.

 

Après toutes ces énumérations, on peut conclure que l'industrie, surtout l'industrie du bois dirigée par les compagnies Price Brothers et La Perrelle Lumber, font vivre une bonne partie de la population de la ville par l'ouvrage qu'elles fournissent principalement aux journaliers. Rimouski est aussi  le grand centre de consommation et de distribution des produits agricoles de la région ; c'est ainsi que le commerce y est assez développé. De Rimouski, notamment les produits laitiers, et les produits animaux sont expédiés vers la Côte-nord ou vers les grands centres. » (Fin du texte cité)

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# 3295                 13 décembre 2016

 

Métiers à Rimouski en 1937

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici un extrait de ce texte qui montre que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 79 ans :

 

« Il est évident que l'agriculture n'a aucune importance comme mode de vie dans la ville même de Rimouski. On y compte cependant 6 cultivateurs domiciliés dont 3 possèdent des terres dans les limites de la ville. On relève en plus 2 aviculteurs.

 

Les journaliers forment sans contredit la catégorie de travailleurs la plus nombreuse. Nous n'avons pas pu distinguer les chefs de familles et les célibataires qui gagnent leur vie en travaillant à la journée ; mais nous savons que la ville compte 491 journaliers employés surtout au travail dans les scieries et aux chantiers. La ville ne compte pas actuellement de véritables chômeurs, mais un grand nombre de journaliers n'ont pas d'ouvrage pendant les mois d'hiver.

 

L'artisanat compte 64 boutiques de toutes sortes que nous énumérons :

 

Boutiques

Nombre

Ateliers de menuiserie

2

Forges

4

Garages

7

Cordonneries

7

Boutiques d'horlogers

4

Imprimerie

1

Boutiques de coiffeurs

11

Ateliers de ferblantiers

2

Atelier d'électriciens

1

Boutiques de plombiers

3

Boutiques de charrons

4

Boutique de photographes

1

Buanderie

1

Entrepreneur de pompes funèbres

1

Boutiques de boulangers-pâtissiers

9

Boutiques de bouchers

6

Total

64

 

Quant aux hommes de métier travaillant pour le compte des autres, parfois comme  journaliers, on en compte 133 à savoir : 50 charpentiers et menuisiers, 23 mécaniciens de garage, 10 électriciens, 4 plombiers, 1 horloger, 1 cordonnier, 9 coiffeurs, 3 maçons, 2 plâtriers, 4 marbriers, 7 typographes, 14 peintres, 4 mesureurs de bois, 1 aviateur.

 

À peu près tous ces hommes de métier tirent la plus grande partie de leur subsistance de l'exercice de leur métier. Plusieurs cherchent à se perfectionner. L'École des Arts et Métiers du Séminaire fournit aux ouvriers des cours du soir où l'on enseigne le travail du fer et du bois ; 30 ouvriers ont suivi régulièrement ces cours jusqu'à date. » (Fin du texte cité)

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# 3240                 21 novembre 2016

 

Radio-Canada en 1959

En 1959, CJBR-Rimouski était un poste de télévision affilié à Radio-Canada. Voici un aperçu de la programmation dans la semaine du 19 octobre :

 

Du 19 au 23 octobre

14 h 30 − Ouverture du poste généralement par un film

15 h 30 − Votre menu

16 h − Bobino

16 h 30 − La boîte à surprises

17 h − Courrier du Roy (lundi), La vie qui bat (mardi), Le dernier des Mohicans (mercredi), Kosmos 2601 (jeudi), Tumelet (vendredi)

17 h 30 − César (lundi), Radisson (mardi), Popeye le vrai marin (mercredi), Enfant du cirque (jeudi), Casse-cou (vendredi)

18 h − Au coin du feu

 

De 18 h 30 à 19 h 30, CJBR présente des sujets locaux, des nouvelles mondiales, régionales, sportives et la météo.

 

19 h 30 − Ciné-feuilleton : un film découpé en séquences de 15 minutes

19h 45 − Chez Clémence (lundi), Par le trou de la serrure (mardi), Car l’amour (mercredi), Toi et moi (jeudi), Pour elle (vendredi)

20 h − Les belles histoires des pays d’en haut (lundi), Jeunes visages (mardi), Point d’interrogation (mercredi), À la porte St-Louis (jeudi), Aventures (vendredi)

20 h 30 − La poule aux œufs d’or (lundi), Joie de vivre (mardi), La pension Velder (mercredi), Le Survenant (jeudi), Tour d’horizon (vendredi)

21 h − Vous êtes témoin (lundi), C’est la vie (mardi), En haut de la pente douce (mercredi), Rendez-vous avec Michelle (jeudi), Projection d’un film (vendredi)

 

À partir de 21 h 30, la programmation varie d’une journée à l’autre. On retrouve notamment la soirée de lutte le mercredi à 22 h. Le télé-journal est présenté à 23 h. La soirée se termine par des nouvelles en anglais présentées par CBC-TV News.

 

Le samedi 24 octobre, le poste ouvre à 10 h. Voici quelques émissions de la journée :

10 h − Maman Fonfon

11 h − Domino

14 h − Football

18 h 30 − The Ed Sullivan Show (en anglais, bien sûr)

20 h − Club des autographes

20 h 30 − Clé de sol

21 h – La soirée du hockey

 

Le dimanche 25 octobre, le poste ouvre à 12 h 50 avec les nouvelles de CBC-TV News. Voici quelques émissions de la journée :

11 h – La grand-messe

13 h − This is the life

14 h 30 − Les travaux et les jours

16 h − L’heure des quilles

18 30 − Guillaume Tell

19 h − Caméra 59

19 h 30 − Robin des Bois

20 h − Papa a raison

20 h 30 − La clé des champs

21 h − Music Hall

24 h − Le télé-journal

1 h – Fermeture

 

Les renseignements proviennent du Progrès du Golfe, hebdomadaire de Rimouski, édition du 16 octobre 1959.

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# 3190                 1er novembre 2016

 

Rimouski en 1937

En 2016, la ville de Rimouski a une population de 49 281 personnes. Elle couvre une superficie de 529,5 kilomètres carrés, soit l’équivalent de 23 kilomètres par 23 kilomètres.

 

En 1938, l'Office de recherches économiques du Québec a publié le rapport d’un inventaire des ressources naturelles et industrielles du comté municipal de Rimouski. L’auteur y décrit la situation de 1937. Voici des extraits de ce texte qui démontrent que la ville de Rimouski a fortement changé depuis 79 ans :

 

« La ville de Rimouski couvre une superficie de 841 acres (3,4 kilomètres carrés) dans la seigneurie de Rimouski. Elle est située sur le littoral du fleuve Saint-Laurent à l'embouchure de la Grande rivière Rimouski. La ville est entourée par les deux municipalités rurales de Saint-Germain-de-Rimouski et de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur.

 

Le relief présente l'aspect d'une plaine échelonnée sur des terrasses. La rivière Rimouski traverse la partie est de la ville. La municipalité est à peu près entièrement constituée par un habitat urbain.

 

La municipalité de la ville de Rimouski couvre un territoire moins étendu que la paroisse religieuse de Saint-Germain-de-Rimouski. Cette dernière, en effet, comprend toute la ville et une bonne partie (de la municipalité rurale de St-Germain formée de quatre rangs).

 

La population actuelle de la ville […] est d'environ 6500 âmes. Le recensement fédéral de 1931 donne une population de 5589 âmes. Il y aurait donc une augmentation réelle de 911 âmes depuis 1931.

 

Depuis quelques années, surtout depuis l'ouverture de Baie-Comeau et des autres localités de la Côte-Nord, il existe à Rimouski un mouvement régulier d'immigration et d'émigration. Les arrivants viennent pour des occupations diverses (journaliers, employés divers, voyageurs, agents d'assurances, maisons de pension, etc.) Les partants se dirigent parfois vers l'arrière du comté et s'établissent sur des lots de colonisation, mais le plus souvent ils s'en vont s'engager comme ouvriers de moulin à Baie-Comeau ou ailleurs sur la Côte-Nord.

 

La ville compte au total 546 propriétaires, dont 510 domiciliés et 36 non domiciliés. Il y a 3 propriétaires de fermes et 543 propriétaires de maisons. Ces dernières sont habitées par les propriétaires domiciliés et par 595 locataires. Presque tous les propriétaires domiciliés et environ la moitié des locataires cultivent un petit jardin. Très peu de gens domiciliés dans la ville gardent des animaux domestiques. » (Fin du texte cité)

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# 3155                 18 octobre 2016

 

Le Salon du livre de Rimouski

Au Québec, le plus ancien salon du livre est celui de Rimouski. Il a vu le jour en 1964 grâce à l’initiative des Chevaliers de Champlain et des Dames Hélène de Champlain qui ont délégué respectivement Clément Alary et Mme Georges Raymond (Madeleine Bélair) pour voir à son organisation. Voici ce qu’écrit le Progrès du Golfe dans son édition du 16 octobre 1964 :

 

« Le Salon du livre (a ouvert ses portes hier) soir à 8 h. à l’Hôtel de Ville de Rimouski. Le public aura le privilège de rencontrer trois écrivains canadiens. Les responsables de cette exposition ont invité Mme Émilia B. Allaire, M. Louis-Roland Paradis, natif de Rimouski, et M. Yves Thériault, auteur canadien dont les œuvres connaissent une diffusion mondiale. Ces écrivains seront au Salon du livre dès vendredi. Les visiteurs verront plus de 8000 volumes à l’étalage. »

 

Ce salon qui a duré du 15 au 18 octobre 1964 était très différent de ceux qui existent actuellement. Il n’y avait pas de kiosques loués par des éditeurs. Il n’y avait pas d’activités spéciales. Le nombre d’auteurs était restreint. Les livres provenaient d’une succursale de la  librairie Fides établie à Rimouski. Le thème du salon était : « Pour connaître le chemin de la librairie ». On raconte qu’environ 1000 livres furent vendus pendant les quatre jours de l’exposition. C’était donc considéré comme un succès.

 

Au cours de son histoire, le Salon du livre de Rimouski a fait relâche pour différentes raisons pendant trois années : 1968, 1970 et 1984. En 2015, c’était la 50e édition. Selon le site de l’organisme dans un texte récent, « Année après année, cet événement rassembleur permet au public de rencontrer près de 250 auteurs d’ici et d’ailleurs, et de s’y voir offrir les livres de plus de 300 maisons d’édition réparties dans plus de 100 stands. Le programme d’animation, le volet maritime unique et les diverses activités proposées y suscitent l’intérêt de plus de 15 000 visiteurs. »

 

J’ai participé activement à l’organisation du Salon du livre de Rimouski pendant trois ans : en 1985, comme responsable des communications, puis en 1986 et 1987, comme président. Pendant ces années là, le nombre de visiteurs variait de 5000 à un peu plus de 7000.

 

En 2016, la 51e édition du Salon du livre aura lieu du 3 au 6 novembre 2016 au Centre de congrès de l’Hôtel Rimouski.

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# 2425              26 août 2015

Le premier historien de Rimouski

Le 27 janvier 2014, le Mouton noir, journal de Rimouski qui fête son 20e anniversaire en 2015, publiait un texte de Claude La Charité sur l’abbé Charles Guay. Voici ce texte :

 

« L’histoire occupait une place de choix dans l’idée que l’on se faisait de la littérature au XIXe siècle. L’abbé Casgrain, dans son article fondateur « Le mouvement littéraire en Canada » de 1866, considérait que les deux plus grands écrivains québécois étaient, ex æquo, le poète Octave Crémazie et l’historien François-Xavier Garneau. C’est dire la place et l’importance des historiens, amateurs ou professionnels, comme Charles Guay (1845-1922), auteur de la Chronique de Rimouski, première histoire de la ville et de sa région, publiée en deux volumes en 1873 et 1874.

L’auteur, aujourd’hui méconnu, mériterait à lui seul une étude, en raison de sa carrière ecclésiastique qui a été fulgurante, sinon météorique, et de sa personnalité bien trempée qui lui a valu de nombreuses et solides inimitiés. Au moment où paraît sa chronique, il est vicaire à la cathédrale de Rimouski et il doit beaucoup à l’évêque Jean Langevin, dédicataire du livre :

 

« Premier évêque de la ville
Dont – effort peut-être insensé –
D’une plume encore inhabile,
Je retrace ici le passé.

Vous avez droit à cet hommage…
Et je serai rémunéré,
Si vous daignez bénir l’ouvrage
Que vous-même avez inspiré ! »

 

Cette histoire a donc, par la force des choses, une perspective religieuse. Pour autant, il ne s’agit pas d’une banale monographie de paroisse, ne serait-ce que parce que Rimouski est un diocèse, que la ville est desservie par le chemin de fer et qu’elle dispose d’un séminaire, autant de conditions qui lui promettent un développement rapide aux yeux d’écrivains comme James McPherson Le Moine ou Arthur Buies qu’on ne peut pas soupçonner de complaisance à l’endroit de l’Église.

Deux traits caractérisent l’écriture de cette Chronique de Rimouski : sa forme anthologique et sa manie de l’exhaustivité.

 

Loin d’être constitué exclusivement par la prose de Charles Guay, cet ouvrage d’histoire se présente en fait comme une anthologie de textes sur Rimouski, compilés par l’auteur. Il peut s’agir d’articles déjà publiés comme « L’île Saint-Barnabé » de Joseph-Charles Taché, paru en 1865 dans Les Soirées canadiennes et dont l’auteur cite de larges extraits à propos de l’ermite Toussaint Cartier. Il peut également s’agir d’inédits comme les notes réunies par le généalogiste Cyprien Tanguay ou encore les recherches manuscrites de l’abbé Georges Potvin. Cette forme anthologique fait du livre à la fois une œuvre collective et une somme de tout ce que les archives avaient consigné sur le passé rimouskois au début des années 1870.

 

Par ailleurs, la Chronique de Rimouski se signale par son goût de l’inventaire et sa manie des listes de toute sorte. On y trouve, par exemple, l’énumération de tous les prêtres qui ont desservi la paroisse, la liste des députés du comté, le nombre de mariages, de naissances et de sépultures, année par année, de 1701 à 1872, le catalogue des supérieurs, directeurs et professeurs du Collège industriel et agricole et du Séminaire de Rimouski, etc. Cette propension à la compilation témoigne de la volonté de totaliser tout ce que l’on peut documenter sur l’histoire d’un lieu, jusqu’à la vie de chaque individu enregistrée dans la comptabilité annuelle des naissances et des décès. D’une manière artisanale et involontaire, on trouve là en germe des éléments qui peuvent faire penser à la dimension « statisticienne » de la future histoire sociale ou à la très petite échelle de la microhistoire d’un Carlo Ginzburg.

 

Il est étonnant que Charles Guay soit, grâce à sa chronique, lié à jamais à Rimouski, où, pourtant, il ne séjourna en tout que cinq ans. La suite de sa carrière l’amènera dans la vallée de la Matapédia, aux États-Unis et en Europe, pour y obtenir, entre autres, des fonds pour la construction et les œuvres du séminaire. Son entregent et son habileté lui vaudront d’être nommé secrétaire apostolique lors d’un séjour à Rome et de pouvoir porter ainsi le titre de Monseigneur sans être évêque. Il est piquant par ailleurs de se rappeler la posture déférente qu’il adopte à l’égard de Mgr Langevin en 1873, quand on sait les démêlés qu’auront les deux hommes quelques années plus tard. Dans une lettre de juillet 1888 adressée à l’évêque qui refuse de bénir et de payer les nouvelles cloches de la chapelle de Restigouche, Charles Guay écrira entre autres amabilités : « Il est parfaitement connu que vous demander un sou, c’est vous arracher le cœur et vous saigner aux quatre membres. » Se trouvent ainsi curieusement réunis dans la même personne le plus fidèle partisan du diocèse de Rimouski et le plus farouche adversaire de son premier évêque. » (Fin du texte cité)

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# 2290              29 juin 2015

Le courrier de Sa Majesté

Ce texte a été écrit par Fernand Thibault :

 

Le transport du courrier de Sa Majesté a été depuis toujours le service public le plus important dans tous les pays. Vers le début du dix-neuvième siècle, ce sont les frères Rioux de Trois-Pistoles qui assuraient le transport du courrier depuis Québec jusqu’à Rimouski. Ils assuraient aussi, et en même temps, un service de diligence assurant aux voyageurs rapidité et fiabilité grâce aux relais leur permettant de changer d’attelage lorsque leurs chevaux étaient fatigués.

 

Or, voilà qu’en 1831, Jean-Baptiste Cordeau est le maître de poste responsable de ce service à partir du Portage jusqu’à Rimouski. Afin de maintenir la qualité de ce service, il se devait d’utiliser des sous-traitants et même des personnes-ressources pour remplacer ces derniers au cas où ils seraient dans l’impossibilité d’accomplir leur tâche certains jours.

 

Ici, il s'agit de François Thibault, 6e génération canadienne, fils d'Hilarion et Marie-Marthe Lefebvre-Boulanger qui vit sur une terre de Saint-Simon, aux limites de la paroisse de Saint-Fabien de Rimouski. Il s'engage à transporter le courrier de la Reine. Les conditions ne sont pas faciles à remplir ; les routes ne sont que des sentiers entretenus par chaque cultivateur, ce qui rend les chemins d'autant plus mauvais, particulièrement en hiver. Le climat est très rude ; les froids extrêmes, le vent, les tempêtes, les verglas sont choses communes, mais le courrier de la Reine doit se rendre à destination à chaque jour, beau temps, mauvais temps. Voyez ce document qu'a signé François. Les obligations sont nombreuses et difficiles à respecter. S'il avait su lire, il n'aurait probablement pas accepté de telles obligations.

 

Voici les principales clauses d’un tel accord et toute la minutie qu’on y apporte dans sa rédaction :

 

« Par devant les notaires soussignés, le sieur François Thibault devenant courrier et porteur des malles et lettres de Sa Majesté s'engage envers M. Jean-Baptiste Cordeau, maître de poste, à transporter toutes les malles ou lettres de Sa Majesté transportées chez lui par le dit Cordeau et les prendre immédiatement et les transporter de suite à Rimouski, chez Pierre Gauvreau, écuyer, l'un des notaires soussignés.

 

François devra aussi fournir une place dans son écurie pour mettre les chevaux dudit Jean-Baptiste Cordeau ainsi que le foin pour les nourrir. Ce transport devra commencer vers la fin de novembre prochain et se continuer jusqu'au six de novembre 1832 sous peine de tous frais, dépenses, dommages et intérêt.

 

François s'oblige en outre à mener ledit Cordeau à Rimouski chaque fois qu'il s'en requerra et ce avec ses chevaux et voitures et le ramener au dit lieu de Saint-Simon. Le tout pour une somme (annuelle) de vingt-deux livres dix shellings courant (environ 90 $).

 

En outre, le sieur Basile Bernier, cultivateur de Saint-Simon, s'est volontairement prêté caution et répondant pour ledit François Thibault envers ledit Cordeau, il s'est obligé solidairement avec lui à l'accomplissement et exécution des obligations par lui ci-dessus, etc. » (Fin du contrat)

 

Ce texte est tiré de La Thibaudière dont l’auteur est Fernand Thibault. Le livre de 596 pages a été publié en 2015 aux éditions Première Chance. Pour se procurer ce récit historique, écrivez à fthibault2013@hotmail.com ou téléphonez à 418 872-3955. Le coût est de 30,00 $, plus frais de poste.

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# 2190              9 juin 2015

L'Empress of Ireland

Le naufrage de l’Empress of Ireland est lié à la vie de Rimouski parce que celui-ci eut lieu non loin de là.

 

Dans Le Soleil du 14 juin 2014, Jean-Simon Gagné écrit :

 

« Jusqu'à la mi-juillet 1914, les journaux suivent l'enquête sur le naufrage de l'Empress of Ireland, qui a fait 1012 morts, au large de Rimouski, le 29 mai. Un mois après la tragédie, l'émotion est encore palpable. La Chambre de commerce recueille toujours des vêtements et de l'argent pour les veuves et les orphelins.

 

L'énorme paquebot se dirigeait vers l'Angleterre lorsqu'il a été éventré, en pleine nuit, par un navire transportant du charbon. Il a coulé en 14 minutes ! La plupart des victimes n'ont pas eu le temps de sortir de leur cabine. Chaque jour ou presque, des scaphandriers retirent des corps de l'épave, qui repose à 42 mètres de profondeur.

 

Mais les mauvaises langues racontent qu'ils cherchent surtout le coffre-fort du navire, qui contient notamment 170 lingots d'argent, d'une valeur estimée à 1,1 million $ (22,9 millions en dollars d'aujourd'hui). » (Fin du texte cité)

 

Sur le Site historique maritime de la Pointe-au-Père, on peut lire :

 

« Le 29 mai 2014, cela faisait 100 ans que l'Empress of Ireland avait fait naufrage au large de Sainte-Luce-sur-mer, près de Rimouski.

Pour commémorer cette tragédie, nous avons organisé en mai 2014 et pendant toute la période estivale plusieurs activités. Des gens d’ici et d’ailleurs ont participé à ces dernières et ont pu en apprendre davantage au sujet de ce grand navire.

L’année 2014 est maintenant derrière nous, mais nous continuons à raconter l’histoire de ce paquebot en mémoire des victimes et à l'égard des descendants des personnes qui ont vécu le naufrage. » (Fin du texte cité)

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# 1525             19 janvier 2015

Mine de ketchup à Padoue

Un de mes amis m’a raconté un fait inusité. Lorsqu’il étudiait à la polyvalente de Mont-Joli dans les années 1970, les jeunes de Padoue étaient l’objet d’invectives de la part des autres élèves. On les traitait de ketchup, sans connaître l’origine de ce qualificatif. Dernièrement, cet ami a appris de sa mère qu’il y avait une mine de ketchup à Padoue. Toute une surprise pour lui. C’était comme si l’histoire reprenait ses droits.

 

Si vous allez dans Google et que vous entrez ketchup Padoue, vous trouverez un site La mine de ketchup de Padoue. http://www.minedeketchup.com/ C’est donc vrai qu’il existe là une mine de ketchup. Voici les faits :

 

Au cours du 20e siècle, on a exploité à Padoue une carrière d’ocre rouge qui permettait de produire un colorant. À l’époque, certaines maisons et certaines granges du Bas-Saint-Laurent étaient peintes en rouge. On peut penser que le produit provenait de Padoue. Les journaliers qui travaillaient dans la carrière étaient vus avec des vêtements teintés en rouge. En guise de taquinerie, on leur demandait parfois s’ils travaillaient dans une mine de ketchup.

 

En 2009, un enseignant de Padoue, Philippe Cavanagh,  a monté un projet parascolaire. Connaissant la « légende », il eut l’idée de produire du ketchup. Aidés par le chef de la restauration des Jardins de Métis, Pierre-Olivier Ferry, les 16 élèves produisirent un ketchup qui s’envola rapidement.

 

L’année suivante, le Comité d’économie sociale de la paroisse qui en était à ses débuts s’interrogea sur une façon de développer leur économie. Ils se rallièrent rapidement derrière un projet de production de ketchup. À titre de clin d’œil à la « légende », ils décidèrent de fonder une entreprise qu’ils appelèrent La mine de ketchup de Padoue.

 

Aujourd’hui, sur leur site web, on peut connaître leurs produits : ketchup lisse, salsa douce et salsa moyenne. Ils ont plusieurs points de vente dans la région de la Gaspésie et quelques-uns dans la région du Bas-Saint-Laurent, dont Rimouski et Saint-Mathieu-de-Rioux.

 

C’est vraiment une belle histoire où le développement économique se fait en concordance avec l’histoire. Je leur souhaite beaucoup de succès avec leur mine de ketchup.

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# 1200             15 novembre 2014

Mes débuts à l’UQAR

En 1969, je me suis inscrit au baccalauréat en mathématiques à l’université du Québec à Rimouski. C’était la première année d’existence de l’université. La plupart des professeurs étaient à leurs premières armes dans l’enseignement universitaire. Vu mes études antérieures, on m’avait octroyé neuf crédits en équivalence.

 

Lors de mon premier cours à l’automne 1969, soit Calcul 1, le professeur a demandé si nous connaissions le calcul différentiel et intégral. La plupart ne connaissaient même pas ces expressions. Pour ma part, j’avais fait un peu de calcul différentiel. Le professeur a donc dû remanier son cours pour nous permettre d’acquérir ces notions qui normalement auraient dû être un prérequis. J’ai obtenu un B comme résultat.

 

À l’hiver 1970, j’ai suivi le cours Algèbre linéaire 1. J’adorais cette branche des mathématiques qui s'intéresse à l'étude des espaces vectoriels et des transformations linéaires. On y apprenait notamment à convertir des systèmes d’équations linéaires en matrices. J’ai obtenu un A.

 

À l’été 1970, je me suis inscrit au cours Algèbre 1. Le professeur était Yvan Roux, un diplômé de récente date. C’était un excellent pédagogue qui aimait passionnément les mathématiques. Il écrivait au tableau et donnait des explications en circulant de long en large devant la classe. On était en juillet et, comme il n’y avait pas de système de ventilation, il suait à grosses gouttes. Nous étions environ 40 étudiants. À l’examen donné à la fin de la première semaine, j’ai obtenu 29 %. Je riais en voyant ma note, car j’étais probablement dans les cinq meilleurs. Une religieuse qui enseignait au secondaire avait eu un magnifique 0.

 

Lors de la deuxième semaine, une femme s’est présentée en classe pour la première fois, M. Roux s’est dirigé vers elle et lui a dit : « Connaissez-vous telle ou telle notion ? » en énumérant en long et en large ce qu’on avait appris précédemment. Elle est devenue rouge et a dit : « Est-ce ici qu’on donne tel cours ? » en nommant le cours. Elle s’était trompée de locaux.

 

M. Roux n’a pas modifié ses exigences ; mais, il a dû convertir les notes car, à la fin de la troisième semaine, il ne restait plus qu’une quinzaine d’étudiants. J’ai obtenu un C.

 

Le cours suivant, toujours en été, fut plus calme. C’était Probabilités et statistiques. Le professeur nous expliquait la théorie en avant-midi et en après-midi il nous donnait des problèmes à résoudre. J’ai obtenu un A.

 

Le cours suivant à l’automne 1970 était Analyse 1. Il était donné par un Chinois qu’on connaissait sous le nom de Pierre-Paul Chen. Il parlait très peu français. Il avait été engagé par l’université même s’il n’avait pas pu  présenter ses diplômes prétextant à tort ou à raison qu’il les avait perdus lors d’un naufrage en mer. Pendant les trois premières heures, à cause de son français approximatif, je n’ai rien compris de ce qu’il disait. Il semblait connaître sa matière mais il utilisait abondamment des mots techniques anglais. Les rumeurs circulaient à l’effet qu’il risquait d’être déporté. Son épouse, une ancienne religieuse, assistait aux cours. On disait qu’elle était là pour le surveiller.

 

Les cours suivants ne méritent pas d’attention particulière, sauf le cours Algèbre linéaire II à l’été 1971. À la fin de première semaine, j’ai eu un excellent résultat. Sauf que j’ai découvert les carrés magiques à ce moment-là si bien que je passais plus de temps à ce loisir qu’à mes études. À la fin de la session, le professeur m’a interpellé pour savoir ce qui s’était passé.

 

Un des inconvénients mineurs était que nos cours étaient donnés dans la partie sud. Préalablement, ce secteur avait servi à des élèves du primaire alors que la bâtisse appartenait aux Ursulines. Entre autres, les salles de bain étaient équipées de miroirs très bas.

 

Bref, mon passage à l’université fut une expérience enrichissante malgré les débuts de l’institution.

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# 1160             7 novembre 2014

Septembre 1969

En septembre 1969, la polyvalente Paul-Hubert ouvrait à demi ses portes. Je dis à demi parce que les nouveaux locaux de l’aile est et du nord n’étaient pas prêts.

 

Toutefois, j’obtins un poste d’enseignant à cette école. J’avais quatre groupes de mathématiques en secondaire IV. Ces groupes étaient composés uniquement de filles, sauf un gars dans un des groupes. Je n’avais jamais enseigné à des filles. Mes expériences précédentes de trois ans d’enseignement s’adressaient uniquement à des garçons. J’avais de la difficulté à m’adapter. La dynamique dans un groupe d’élèves du même sexe se traduit par une multiplication des qualités ou des défauts des éléments qui composent l’ensemble. On dirait que les réactions des élèves sont portées à leur paroxysme.

 

Au fil du temps, je m’étais habitué à réagir devant une classe de garçons. Mais là, la situation était totalement différente. L’année suivante, j’ai eu une classe mixte et j’ai pu remarquer combien c’était plus facile. On dirait que, dans une classe mixte, les excès des garçons sont amenuisés par la présence des filles et vice versa.

 

Ce qui n’arrangeait pas la situation, c’est que pendant les quatre premiers mois, je pouvais voir mes groupes à tous les deux jours seulement. Évidemment, pour moi, c’était un jour de repos sur deux. En classe, toutefois, il fallait condenser la matière pour respecter le programme de mathématiques. De leur côté, les élèves n’étaient pas habituées à une présentation concentrée de la matière.

 

En janvier, avec l’ouverture de nouveaux locaux, j’ai pu enseigner chaque jour. Cela a fait baisser la pression. En même temps, je me suis habitué à présenter la matière différemment. On le comprendra. Encore là, les filles et les garçons n’ont pas la même approche concernant l’apprentissage des mathématiques. Chaque groupe a ses spécificités propres.

 

Le directeur de la polyvalente, le Frère Jean-Marc Trottier, de la communauté des Frères du Sacré-Cœur, qui était un homme de bonne prestance, était habitué à mener son école d’une main de maître. Mais quand cette école est devenue polyvalente passant de 1200 à 3000 élèves, il ne retrouvait pas ses repères. Par exemple, il obligeait les professeurs masculins à porter veston et cravate. Je n’étais pas d’accord. Au lieu de porter la cravate, je nouais un foulard autour de mon cou.

 

En mai, j’ai commencé à me laisser pousser la barbe. Un vendredi, il m’a fait venir à son bureau et m’a dit : « Si lundi, vous portez encore ta barbe, vous ne pourrez pas entrer à l’école. » Pour moi, c’était évident qu’il ne pouvait pas appliquer un règlement qui n’existait pas. J’ai longuement réfléchi en fin de semaine et j’ai décidé de me raser, considérant que l’affrontement n’est pas un bon moyen de résoudre des situations conflictuelles. L’année suivante, le port de la barbe était permis et les règlements concernant l’habillement des professeurs masculins furent abolis.

 

Bref, l’année 1969-1970 fut une année difficile pour tous à la nouvelle polyvalente, sans compter que les élèves venaient d’horizons différents. Il est clair qu’un changement de structure ne peut amener que des inconvénients temporaires.

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# 900               15 septembre 2014

L’homme à la valise

En 1960, j’ai décidé de me trouver un travail d’été. Je suis allé voir l’abbé Louis-Georges Lamontagne qui était le directeur du Camp Cap-à-l’Orignal depuis 1948. J’ai offert mes services comme moniteur. Il m’a demandé si j’avais l’intention d’y travailler plus d’une saison. J’ai répondu oui. Il m’a alors offert la possibilité d’aller suivre une formation au Camp-École Trois-Saumons.

 

Le camp Trois-Saumons est situé sur un mont à la pointe ouest du lac Trois-Saumons dans la municipalité de Saint-Aubert près de Saint-Jean Port-Joli. Dans les Anciens Canadiens, Philippe-Aubert de Gaspé parle de ce lac.

 

Quand je suis arrivé chez mes parents vers la mi-juin, j’ai à peine défait ma valise. Le 21 juin 1960, soit la veille de l’élection provinciale où les libéraux avec en tête Jean Lesage ont été élus, j’ai pris le train à Saint-Simon vers le camp … avec ma valise. Il était entendu qu’en arrivant à la gare de Saint-Jean Port-Joli je téléphonais au camp pour avoir une voiture. Ce que je fis.

 

J’ai eu une surprise parce que c’est le directeur du camp lui-même, l’abbé Raoul Cloutier, qui est venu me chercher. Quand il a vu ma valise, il m’a demandé si j’avais prévu un long séjour au camp. J’ai senti son ironie. Je réalisai trop tard que je venais de faire une gaffe.

 

Normalement, en arrivant au camp, j’aurais pu me rendre à pied à pied dans le campement qui m’était assigné. Il a fallu que l’abbé Cloutier vienne m’y reconduire. L’abbé n’était pas très content.

 

Le campement était un dortoir qui accueillait une douzaine de futurs moniteurs. J’ai placé ma valise au pied de mon lit. Quand un nouvel arrivé entrait, il regardait ma valise. Quelques-uns m’ont interrogé. Il m’est arrivé d’entendre chuchoter entre eux mes compagnons de nuit en me désignant comme l’homme à la valise.

 

Cela a assombri quelque peu mon séjour d’une semaine au camp. Mais, le tout est revenu à la normale après un jour ou deux. Par ailleurs, certains ont dû me trouver bizarres parce que je n’avais aucune idée de ce qu’était le camp Cap-à-l’Orignal. Quand on me questionnait sur les bâtisses et les activités du camp, je répondais évasivement.

 

Quoi qu’il en soit, je suis retourné l’année suivante parfaire ma formation … sans ma valise. Je pouvais alors répondre à toutes les questions sur le Cap-à-l’Orignal. J’ai obtenu mon diplôme de moniteur que j’ai conservé précieusement. On pouvait y lire que j’avais « complété, selon les exigences requises, les deux sessions de perfectionnement pour moniteurs. » C’était signé Raoul Cloutier, prêtre, directeur.

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# 820               27 août 2014

Les assemblées délibérantes

Au début des années 1970, la Jeune chambre de commerce de Rimouski a offert une session de gestion d’assemblées délibérantes. Le titulaire du cours était Raymond D’Auteuil. La session était axée sur les procédures d’assemblées. J’ai appris les rudiments du Code Morin qui était la principale référence de l’époque en ce domaine. J’ai eu l’occasion d’appliquer mes connaissances lors de réunions à la polyvalente Paul-Hubert de Rimouski où j’enseignais les mathématiques.

 

Deux ou trois fois par année, le principal – c’est comme cela qu’on appelait le directeur – réunissait tous les enseignants. Il y en avait à ce moment plus de 200. Les assemblées étaient parfois houleuses puisque c’est le principal lui-même qui les dirigeait. Lorsqu’un enseignait se levait pour donner son opinion, le principal ou un adjoint rétorquaient. Il n’y avait vraiment pas de prise de décision commune si bien que les enseignants en ressortaient parfois frustrés.

 

Devant la critique, le principal accepta de léguer la responsabilité de la gestion d’assemblée à un enseignant. Je fus choisi pour effectuer cette tâche. En tant que président d’assemblée, je me suis donné comme mandat de favoriser l’expression de chacun. Bien plus, les propositions étaient reçues et discutés selon les règles du Code Morin, avec amendements s’il y avait lieu. Ce fut tout un choc pour la direction de l’école car leur droit de parole était diminué vu que le principal ou un adjoint était maintenant considéré comme un membre de l’assemblée au même titre qu’un enseignant.

 

Au début, j’ai de la difficulté à assurer la cohésion de l’assemblée car peu connaissait les procédures. Avec le temps, les assemblées générales sont devenues plus efficaces.

 

Par la suite, j’ai été demandé pour présider les assemblées générales du SERM (Syndicat des enseignants de la région de la Métis). Ma façon d’appliquer les règles rendait les assemblées plus calmes. Je devais toutefois éviter les pièges que me tendaient parfois les enseignants qui connaissaient aussi bien que moi les procédures. Le Code Morin que je vins à connaître dans ses détails étaient toujours à portée de la main.

 

De plus en plus de participants aux assemblées connaissaient les procédures parce que les dirigeants syndicaux avaient eu la bonne idée de donner une session de formation. J’ai donc passé une fin de semaine a explicité les règles en compagnie de Raymond Levasseur.

 

À l’occasion, je devais prendre des décisions difficiles. Mais je n’hésitais pas. Je sentais que j’avais de plus en plus la confiance des participants. Un jour, après que j’aie rendu une décision, un enseignant invoqua une question de privilège et se dit en désaccord total avec cette décision. Je lui expliquai alors que c’était son droit, qu’il devait expliciter les raisons de sa prise de position, qu’il n’y avait pas de discussions sur le sujet, que le vote était pris sur-le-champ, que si l’assemblée décidait de rejeter la décision, le président, pourrait démissionner s’il considérait cela comme un vote de non confiance. Le vote fut pris. Seuls le proposeur et l’appuyeur votèrent à l’effet de rejeter ma décision.

 

J’ai continué à présider les assemblées délibérantes. Mais j’avais peur de faire faire à l’assemblée des faux pas vu la confiance qu’on me témoignait. Pas longtemps après, je quittai pour une autre fonction et je n’ai plus eu l’occasion de présider des assemblées délibérantes.

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# 702               25 juillet 2014

Des élèves indisciplinés

Au milieu des années 1970, j’enseignais en mathématiques à la polyvalente Paul-Hubert de Rimouski. Les enseignants de cette matière dont j’étais le chef de groupe avaient décidé d’accepter dans leur tâche un groupe d’élèves qui étaient en mathématiques allégées. C’était des élèves qui, pour la plupart, n’étaient pas motivés à l’étude de cette science et qui exigeaient plus d’encadrement disciplinaire. L’objectif de cette mesure était qu’un enseignant moins ancien ne se retrouve pas seulement avec de tels groupes.

 

Vers 1976, j’ai eu un groupe de Sec. IV qui étudiait au professionnel et qui n’avait aucun intérêt en mathématiques. J’avais l’habitude, comme d’autres enseignants, de terminer mon cours deux ou trois minutes avant la cloche. J’exigeais que les élèves demeurent à leur place jusqu’à la fin, alors que d’autres enseignants toléraient qu’ils se regroupent devant la porte.

 

Un jour, environ une minute avant la cloche, un élève a pris ses livres et cahiers et s’est dirigé vers la porte. Cela m’a surpris, d’autant plus que d’autres élèves ont suivi. J’ai laissé faire et quand la cloche a sonné, il ne restait plus que deux ou trois élèves dans la classe. J’étais bouleversé et choqué par le fait que je venais peut-être de perdre le contrôle de ce groupe. Toutefois, à tête reposée, cela ne m’a pas empêché de mijoter une stratégie

 

Au début du cours suivant, je leur ai dit : « Vous savez qu’il est interdit de quitter le local de classe avant la fin du cours. La direction de l’école est intransigeante là-dessus. Connaissez-vous les conséquences d’un tel geste ? » Les élèves fautifs baissaient la tête et s’attendaient à une punition exemplaire.

 

J’ai continué. « Le geste que vous avez posé pourrait entraîner qu’on me congédie. Est-ce que c’est ça que vous voulez ? » Les élèves étaient de plus en plus mal à l’aise. En réalité, je bluffais parce qu’en neuf ans d’enseignement au secondaire à ce moment, je n’avais jamais référé un cas d’indiscipline à la direction de l’école. Si celle-ci avait été informée de ce délit, c’est certain qu’elle aurait passé l’éponge. D’ailleurs, mon dossier était sans taches.

 

Me référant à la mimique des élèves, il était clair que les élèves voulaient me garder. J’ai donc commencé mon cours sans punir personne. Tout le reste de l’année, je n’ai eu aucun cas d’indiscipline. Ce groupe d’élèves avait fait une gaffe ; mais mon attitude a transformé la situation au point où ceux-ci montraient plus de motivation aux cours par la suite.

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# 648               7 juillet 2014

L’avant-camp

Quand j’étais moniteur au camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé le camp Louis-Georges-Lamontagne, en 1965 et 1966, j’ai fait l’avant-camp. Deux ou trois moniteurs, parmi les plus anciens, étaient engagés pour préparer la venue des campeurs par des travaux de peinture ou de nettoyage.

 

Un jour qu’un de mes frères était aussi affecté à cette tâche, ma mère est venue nous visiter. Quand je l’ai vu arriver, je me suis dirigé vers elle. J’étais très heureux de sa visite. La température était idéale et il faisait très chaud. J’ai descendu la côte avec elle. Mon frère et son compagnon qui étaient à restaurer l’extérieur du Vieux camp près de la piscine sont venus vers nous. Tous deux étaient torse nu et en bermudas. Voyant leur accoutrement, ma mère n’était pas contente. Elle s’est exclamée : « On se croirait au paradis terrestre. » On a bien ri. Le compagnon de mon frère devint plus tard un avocat réputé.

 

Pendant que nous effectuions nos travaux, le camp recevait des jeunes adultes qui suivaient un cours d’une semaine pour devenir moniteurs principalement dans les terrains de jeux. Un après-midi, alors que j’étais à faire l’entretien de la piste d’hébertisme, un responsable des cours est venu vers moi. Il m’a demandé si je pouvais faire une brève présentation aux futurs moniteurs sur la façon de couler une piste d’animal au moyen de plâtre. J’acceptai volontiers étant donné que je l’avais fait des dizaines de fois avec les campeurs les années précédentes.

 

J’allai chercher mon matériel dans mon local de sciences naturelles et je me présentai devant le groupe. J’étais impressionné. Il y avait là une trentaine de jeunes gens et je n’avais jamais donné de cours à un si vaste auditoire, surtout sans préparation immédiate. Ma prestation a duré environ cinq minutes. J’étais fier de cette expérience.

 

Un autre souvenir m’est resté. C’était un samedi soir. J’étais seul avec un jeune moniteur qui préparait ses examens de Secondaire V. Il repassait ses mathématiques et je lui expliquais les notions qu’il maîtrisait mal. Vers 23 heures, la faim se pointant, nous avons décidé d’aller manger un morceau au réfectoire. Il y avait environ 100 mètres entre le local où nous étions et le réfectoire. Le camp n’était pas éclairé et il faisait très noir. J’avais peur des animaux sauvages comme les coyotes. Il y avait pas très loin des automobiles qui venaient stationner à l’entrée du camp, mais les occupants n’étaient pas dangereux. Ils venaient pour d’autres raisons.

 

Finalement, nous avons fait honneur aux barres de fromage et nous sommes revenus à notre local sans anicroche.

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# 627               30 juin 2014

Jeux de nuit

Dans les années 1960, j’étais moniteur au camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé Camp Louis-Georges-Lamontagne. D’habitude, les campeurs se couchaient vers 9 heures 30. De temps à autre, quand la température le permettait, le coucher était retardé pour faire place à un jeu de nuit.

 

Le jeu de nuit le plus populaire était celui des bootleggers. C’est un terme américain pour désigner les contrebandiers qui faisaient le commerce illicite d’alcool pendant la prohibition aux États-Unis. Il y avait d’ailleurs près du rivage du fleuve Saint-Laurent à quelques kilomètres du camp une cachette dont j’ai parlé à l’article 323.

 

Le jeu revêtait un sens historique en ce qu’on en profitait pour expliquer aux jeunes ce qui s’était passé pendant cette période assez récente à ce moment où il était interdit de vendre de l’alcool au pays de l’oncle Sam.

 

Pour faire revivre l’époque de la prohibition, on divisait les campeurs en deux groupes. Les plus jeunes étaient les contrebandiers et les plus vieux les gendarmes. À la tombée de la nuit, on réunissait tous les campeurs dans le terrain en bas de la côte. On donnait à chaque contrebandier une bouteille de liqueur. Au signal donné, ceux-ci allaient se cacher en haut de la côte ou ailleurs. Certains, parmi les plus jeunes des contrebandiers ne comprenaient pas très bien le sens du jeu. Il fallait non seulement leur expliquer abondamment, mais les accompagner dans leur cachette.

 

À un autre signal, quand les contrebandiers avaient eu amplement le temps de se cacher, les plus vieux devaient partir à la recherche des contrebandiers. Tous les moniteurs étaient présents pour éviter les tricheries et les intimidations. Quand un gendarme découvrait un contrebandier, il avait le droit de confisquer sa bouteille. Il fallait parfois consoler les plus jeunes pour avoir perdu leur liqueur lorsque les larmes coulaient abondamment.

 

Les gendarmes qui réussissaient à s’emparer d’une bouteille devaient cesser l’activité ; mais ils étaient fiers de leur trophée. Les contrebandiers qui avaient réussi à déjouer les gardiens de la paix pouvaient boire leur précieux liquide à la santé des moniteurs et de leurs pourchasseurs. Ils étaient surtout heureux d’avoir déjoué les plus grands.

 

D’autres formes de jeux de nuit étaient réalisées parce que le directeur du camp croyait fermement à l’initiative des moniteurs. Une constante cependant, tout se faisait toujours dans la noirceur et le plus possible en dehors des clairs de lune. Tous les campeurs adoraient vivre de tels moments qui étaient pour eux une expérience unique. Il est certain que les campeurs ont par la suite raconté à leurs parents et à leurs amis ce qu’ils avaient vécu quand le soleil avait foutu son camp.

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# 606               23 juin 2014

Combats de moulée

Quand j’étais jeune, au cinquième rang de Saint-Mathieu-de-Rioux, mon père, étant cultivateur, achetait de la moulée pour donner aux vaches. La production en lait compensait largement pour le coût de la moulée. Les paies de beurrerie ont soudainement augmenté. D’ailleurs, mon père a longuement refusé d’agir ainsi ; mais, sous les pressions de ma mère, il a fini par accepter.

 

À l’été 1960, j’ai commencé à travailler comme moniteur de sciences naturelles au Camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé Camp Louis-Georges-Lamontagne. La première fois que j’ai vu arriver le commissionnaire du camp avec des poches de moulée, j’ai demandé au directeur, l’abbé Louis-Georges Lamontagne, qui était à vérifier les biens achetés, pourquoi il avait commandé cette marchandise. Il m’a répondu en riant : « C’est pour nourrir les campeurs. » Sur le coup, j’étais froissé. Il m’a donné rapidement la raison. C’était pour des combats de moulée.

 

Lorsqu’un tel combat était prévu, en avant-midi, nous remplissions des petits sacs en papier d’une poignée de moulée. Comme les combats étaient souvent précédés d’une course au trésor, nous allions dans un boisé situé sur la terre d’Arsène Michaud au sud de la chapelle. Nous cachions des papiers contenant des questions de sciences naturelles. Celui qui trouvait le papier devait répondre à la question.

 

Le combat de moulée était le point culminant de l’activité. Nous formions deux équipes de campeurs. Nous distribuions à chacun cinq ou six sacs de moulée. Les campeurs devaient s’éloigner temporairement du centre de distribution. Quand le signal était donné, ils lançaient un à un les sacs à l’équipe adverse. Quand un joueur était touché, il était éliminé et devait donner le reste de ses sacs à un équipier. Un campeur avait le droit de ramasser les sacs par terre et ceux-ci pouvaient être utilisés s’ils contenaient suffisamment de moulée pour atteindre une cible.

 

À cette occasion, nous étions trois ou quatre moniteurs pour surveiller. Car, même si c’était catégoriquement interdit, des campeurs avaient parfois la tentation de mettre une petite roche ou un bout de bois dans le sac et de le lancer. Si cela arrivait, le fautif était exclu du jeu.

 

Il y avait aussi des combats de moulée sur l’eau. Les jeunes embarquaient dans deux chaloupes conduites par des moniteurs. Les embarcations s’éloignaient du rivage à une distance où l’eau était encore peu profonde. Au signal, le lancement s’effectuait. Il arrivait alors que des jeunes tombent à l’eau. Dans cette version marine, les campeurs avaient le droit de tremper le sac dans l’eau : ce qui permettait d’atteindre la cible avec plus justesse et de puissance.

 

Les campeurs adoraient ces activités et ils en redemandaient. À ma connaissance, il n’y eut jamais d’accidents graves si ce n’est de la moulée dans les yeux.

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# 582               15 juin 2014

Ascension du Pic Champlain

Quand j’étais moniteur au Camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé Camp Louis-Georges-Lamontagne, au début des années 1960, une excursion prisée par les plus vieux campeurs consistait à escalader le Pic Champlain. Cette montagne qui fait partie aujourd’hui du Parc du Bic est haute de 346 mètres.

 

L’ascension s’adressait seulement aux campeurs de 13 et de 14 ans. Il m’est arrivé de diriger un groupe d’environ huit garçons. Nous avons d’abord prévu une trousse de secours et une grosse corde comme celle qui sert au souque à la corde. Nous sommes partis du camp vers 10 heures de l’avant-midi. Nous nous sommes dirigés vers l’ouest en passant dans le champ d’Arsène Michaud. Nous avons marché au moins deux kilomètres jusqu’à atteindre des chalets de Saint-Fabien-sur-mer.

 

Nous avons choisi la partie la moins escarpée de la face nord dans une zone peuplée d’arbres. Le moniteur junior qui m’assistait, un scout d’environ 16 ans, a montré aux campeurs comment faire un nœud en toute sécurité.

 

Dans les zones où il était impossible d’avancer sans l’aide de la corde, un campeur plus robuste montait le premier et attachait la corde à un arbre idéalement entouré d’un plateau même minuscule permettant aux campeurs de s’arrêter pour une pause. Je suivais derrière. Je voyais et entendais les roches dégringoler. J’avais peur d’autant plus que je n’avais aucune formation dans ce genre de randonnée et que je ne pouvais pas prodiguer des conseils comme un expert l’aurait fait.

 

D’un plateau à l’autre, nous avons gravi la montagne. Parfois, la face était très abrupte et la montée était ardue surtout pour des jeunes. Ce fut un ouf général quand nous avons atteint le sommet. Aucune blessure, aucune égratignure. On avait alors une vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent et sur les alentours. Il y avait là des antennes de communication.

 

Il fallait surveiller les campeurs pour qu’ils ne s’approchent pas trop du bord de la falaise parce qu’il n’y avait pas de belvédère à l’époque. Après un repas aux sandwiches, certains campeurs ont fait provision de feuilles et de plantes pour leur collection. En tant que moniteur de sciences naturelles, j’en ai profité pour leur indiquer le nom des plantes et des arbres.

 

Nous sommes revenus par la route, une marche d’environ trois kilomètres. Ce fut ma première escalade du Pic Champlain et ma dernière. J’y retournai une autre fois avec des plus jeunes, mais par la route.

 

Une note en terminant. Dans un document, la Commission de la toponymie du Québec mentionne que le nom de Pic Champlain remonte à la fin des années 1970. Cela m’a étonné parce que j’ai toujours connu cette montagne comme le Pic Champlain. D’ailleurs, l’abbé André-Albert Dechamplain dans une note écrite en 1936 écrit : « Le lendemain, 27 juillet 1936, l'abbé Dechamplain et 8 scouts plus âgés escaladent le Pic Champlain, la plus haute montagne de la région. » Le toponyme Pic Champlain a été officialisé en 1979.

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# 558               7 juin 2014

Excursion à l’Île-aux-Amours

À l’été 1960, j’étais moniteur au Camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé Camp Louis-Georges Lamontagne, et responsable des sciences naturelles. Quand la température était favorable, l’abbé Louis-Georges-Lamontagne, directeur du camp, annonçait des excursions au programme. Pour prendre en charge un groupe de randonneurs, il s’agissait de se porter volontaire. Chaque excursion était sous la supervision d’un moniteur senior et d’un junior. Le moniteur junior était un scout de 15 ou 16 ans.

 

Un jour, j’ai indiqué mon intérêt pour une excursion à l’Île-aux-Amours qui fait aujourd’hui partie du Parc du Bic. C’est une charmante petite île située à environ 200 mètres du rivage dans l’Anse à Doucet. À partir du camp, il fallait parcourir autour de deux kilomètres. Une douzaine de campeurs de 8 et 9 ans acceptèrent de participer à la randonnée.

 

Aussitôt le déjeuner terminé, ce fut la confection de sandwiches. Puis, assisté d’un moniteur junior, je suis parti avec la troupe de jeunes. Nous avons suivi un sentier qui avait été tracé pour les véhicules de ferme. En route, j’en ai profité pour indiquer aux campeurs le nom des plantes et des arbres que nous rencontrions.

 

Nous avons traversé facilement sur l’île parce que la marée était basse. Après une séance d’animation, nous avons dîné. Puis ce fut une autre séance d’animation et une sieste pour les campeurs.

 

Vers 13 heures 30, la marée a commencé à monter. Nous avons rejoint la terre ferme. Normalement, nous étions censés revenir au camp par le même versant que pour l’aller. Le moniteur junior a alors proposé d’emprunter le rivage du fleuve Saint-Laurent : ce que j’ai accepté d’emblée. Mon manque d’expérience des marées m’a joué un vilain tour.

 

Tout en prenant notre temps, nous avons d’abord contourné une immense anse. L’expédition avançait lentement car les jeunes trouvaient sur le rivage des coquilles ou des roches qu’ils mettaient dans leurs poches en vue de les collectionner. Ils ont aussi trouvé des oursins de mer qui les ont mystifiés.

 

Quand nous avons abouti sur le rivage du fleuve, la marée était devenue suffisamment haute pour recouvrir la partie sablonneuse. Il fallait avancer en marchant sur les nombreux rochers. Parfois, aucun campeur de cet âge n’était capable de passer d’un rocher à l’autre, soit que la pente était trop prononcée, soit que la distance entre deux rochers était trop grande pour eux. Dans d’autres cas, les plus petits ou les moins habiles étaient incapables seuls de sauter d’un rocher à l’autre.

 

Au début, le moniteur junior, sous ma supervision, attendait la cohorte. On s’arrêtait pour le comptage. Mais, à un moment donné, la fatigue aidant et oubliant son rôle de responsable, le junior cessa de nous attendre et continua son chemin avec les jeunes les plus robustes. Pendant ce temps, je devais m’occuper des trois ou quatre retardataires. L’un d’eux était tellement épuisé que je devais le porter à bout de bras. Normalement, nous devions être de retour vers 15 heures 30. Quand nous avons atteint la terre ferme à environ 300 mètres du camp, j’étais seul avec les retardataires. J’entends encore le haut-parleur du camp nous interpeller. L’abbé Lamontagne était vraiment inquiet.

 

Finalement, je suis arrivé avec les derniers campeurs vers 17 heures. J’étais épuisé. Mais ce qui m’angoissait au plus haut point, c’est que je n’avais pas été assez vigilant pour conserver la cohésion du groupe. Dans une excursion de ce genre, une règle d’or, c’est de s’arrêter de temps à autre pour un comptage, et ce jusqu’à la destination finale. Dans la dernière partie du trajet, j’avais été dans l’impossibilité de respecter cette règle. Cela aurait pu provoquer des conséquences fâcheuses. Une autre leçon que j’ai tirée de cette expérience, c’est que je n’ai plus jamais accepté, les yeux fermés, les propositions d’un moniteur junior.

 

C’était la première excursion de ma vie que je dirigeais. Mais ce ne fut pas ma dernière. Au contraire. J’avais appris de mes erreurs.

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# 506               20 mai 2014

La fin du Centre Saint-Germain

Dans l’article 124, intitulé Le Centre Saint-Germain à l’école, j’ai fait état du rayonnement que cette revue mensuelle avait dans le diocèse de Rimouski.  Dans l’article 150,  intitulé Ma participation au Centre Saint-Germain, j’ai écrit que j’avais fait partie du comité de rédaction de la revue à partir de mai 1968 et que j’y avais signé six articles. Rappelons que cette revue comportait des articles sur des sujets religieux ou sociaux, qu’elle était considérée comme le bulletin général d’action catholique du diocèse et qu’elle était la propriété de l’Archevêché de Rimouski.

 

Au printemps 1969, sentant que les diocésains se désintéressaient de plus en plus de la revue, le comité de rédaction, formé de prêtres et de laïcs bénévoles, a décidé de faire enquête auprès des abonnés pour avoir une image nette de la situation. Un questionnaire a été encarté dans une édition de la revue. Très peu de personnes ont répondu. En même temps, le comité de rédaction était confronté à un déficit de 5000 $. La survie du Centre Saint-Germain était en danger. 

 

Le comité de rédaction a élaboré le projet d’une nouvelle structure. Un communiqué de presse émanant de l’Archevêché suivit : « Mgr l’Archevêque a approuvé récemment la création d’un conseil qui s’occupera désormais de l’administration du Centre Saint-Germain. Cette décision fait suite à un projet préparé par Charles-Édouard Jean avec le comité de rédaction et Mgr Philippe Saintonge. »

 

Il y aurait désormais un comité de rédaction et un conseil d’administration. L’abbé J.-Léonard Parent (Basque) était confirmé dans son rôle de responsable du comité de rédaction et moi dans celui de président du conseil d’administration.

 

Pour pouvoir aller de l’avant, nous avons estimé qu’il fallait une mise de fonds de 15 000 $ de la part de l’Archevêché. La demande fut transmise et la réponse se faisait attendre. À la mi-août 1969, l’abbé Parent et moi avons signé conjointement une lettre ouverte à l’intention des journaux diocésains. Dans cette missive, on rappelait à l’Archevêque, Mgr Louis Lévesque, le montant demandé de la mise de fonds. De plus, on l’assurait, au nom des membres du comité de rédaction et du conseil d’administration, de la continuité de notre engagement bénévole.

 

L’Archevêque décida de mettre fin à la revue. Le dernier numéro fut celui de juillet-août 1969. Par hasard, j’avais écrit l’éditorial qui s’intitulait Remettre en question toutes ses certitudes.

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# 468               6 mai 2014

Visite d’une caverne

Au début des années 1960, j’étais moniteur en sciences naturelles au Camp Cap-à-l’Orignal, plus tard appelé Camp Louis-Georges-Lamontagne. Une des excursions consistait à aller visiter, avec les campeurs, une caverne qui était située dans l’actuel Parc du Bic. Je ne me souviens pas exactement où était la caverne, mais on pouvait y avoir accès en passant sur le terrain de la ferme Rioux et en faisant le tour du massif montagneux, appelé Cap à l’Orignal.

 

Pour pouvoir retrouver l’entrée de la caverne, il fallait être attentif à une corde posée entre deux roches sur la rive. Par la suite, il s’agissait de suivre la corde. Il fallait être mince pour pouvoir ramper à travers les obstacles rocheux. On devait parcourir une vingtaine de mètres le plus souvent à plat ventre. À un moment donné, on devait passer entre deux grosses roches qui laissaient peu d’espace. Les campeurs qui refusaient d’y entrer ou qui rebroussaient chemin étaient sous la surveillance d’un moniteur junior à l’extérieur.

 

Arrivés dans la caverne, on voyait dans un coin un filet de clarté provenant du ciel. C’était impressionnant. On pouvait être une dizaine de personnes debout. Il y avait là encore quelques stalactites et quelques stalagmites que nous prenions plaisir à récupérer.

 

Comme moniteur de sciences naturelles, j’aurais dû savoir que ce n’était pas une bonne idée que de spolier la caverne de ces sédiments. Personnellement, j’en recueillais pour les exposer dans mon local de sciences naturelles. Mais, c’était quand même une agression contre la nature qui avait secrété ces substances depuis des millénaires.

 

Je pense bien que si l’abbé Louis-Georges Lamontagne, un naturaliste chevronné et directeur du camp, nous avait mis en garde contre cette spoliation, nous aurions respecté ses directives. Mais, la conservation de la nature n’était pas à la mode à cette époque.

 

J’imagine  que cette caverne existe encore ; mais je ne sais pas si elle fait encore l’objet de visite.

Pause. Aujourd’hui, 6 mai, c’est le 64e anniversaire du feu de Rimouski qui a rasé le tiers des habitations de la ville en 1950.

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# 452               27 avril 2014

Un rôle d’infirmier

Lors de ma première année comme moniteur au Camp Cap-à-l’Orignal en 1960, le directeur du camp, l’abbé Louis-Georges Lamontagne, m’avait confié entre autres la tâche d’assistant-infirmier. Je n’avais aucune connaissance spéciale et aucune expérience dans ce domaine. À ce titre, j’ai été amené à passer la moppe. Il s’agissait de placer une palette sur la langue et de gargariser la gorge au moyen d’une tige d’ouate empreinte d’un sirop rosâtre. J’avais été, à plusieurs occasions, bénéficiaire de cette intervention au Séminaire de Rimouski de la part de l’infirmier, l’abbé Gérard Plourde.

 

Le hic de l’affaire à la colonie de vacances, c’est que l’infirmier en chef, Robert Rioux, était aussi commissionnaire. Il était donc sur la route du lundi au vendredi. Un après-midi, un campeur, du nom de Marc Nadeau, se présente à l’infirmerie avec une coupure sérieuse dans les cheveux en avant de la tête. Il avait été frappé par une planche à la piscine. Évidemment, il saignait abondamment. Or, je suis incapable de voir du sang : cela peut même me mener à une perte de connaissance.

 

Je n’avais pas le choix. Je devais agir. Dans le feu de l’action, la vue du sang me laissa indifférent. Je nettoyai la plaie avec beaucoup d’attention et en prenant mon temps. Ayant été mis au courant de ce fait, le directeur du camp fit venir le soir même une infirmière de Rimouski qui était officiellement  la responsable de la santé des campeurs. Elle examina la plaie et conclut que le travail avait été bien fait. J’étais soulagé.

 

Un autre cas lourd m’est arrivé. Il s’agissait d’un campeur qui fit une crise ressemblant à  l’épilepsie. Je n’avais pas les connaissances et les outils pour intervenir. Je me contentai de l’accompagner. Je me suis assis avec lui sur un lit de l’infirmerie et je lui ai longuement parlé. Au bout d’une quinzaine de minutes, il me dit : « Il me reste encore 30 minutes ». Je me suis mis à douter de l’authenticité de sa crise ; mais j’ai agi comme si elle était réelle. Après un questionnement serré, il m’a avoué être victime d’une telle crise de temps à autre. J’ai alors compris que ce n’était pas un caprice. À un moment donné, il m’a dit : « Il me reste encore cinq minutes ». Ce qui s’avéra. Le tout se termina bien ; mais les parents furent avertis de venir chercher leur fils.

 

On ne verrait pas ça aujourd’hui : un infirmier sans compétence spéciale. Mais, dans ce temps-là, les exigences étaient minimes et on souhaitait des gens qu’ils fassent leur possible.

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# 323               8 mars 2014

Cachette des contrebandiers
Quand j’étais moniteur à la colonie de vacances du Cap-à-l’Orignal, appelé plus tard Camp Louis-Georges-Lamontagne en reconnaissance de son fondateur, une de mes excursions favorites était de faire le tour du cap à l’Orignal avec les campeurs. On était alors au début des années 1960.

Le cap à l’Orignal est un massif rocheux compris à l’intérieur du Parc national du Bic, créé en 1984. Le cap s’étend sur une longueur d’un kilomètre et une largeur de 150 mètres. Il peut atteindre jusqu’à 60 mètres de hauteur. Le camp lui-même était situé du côté sud de ce massif rocheux.

Après avoir traversé la ferme ancestrale Rioux, on pouvait atteindre le versant nord du cap. La ferme appartenait à Cyrice Rioux depuis 1937. Ce dernier l’avait acquis de son père Cérice en 1895 dont le père, Raphaël Rioux, avait été le premier occupant.

Le clou de l’excursion était de faire visiter aux campeurs le caveau qui avait été érigé entre 1919 et 1933. C’était alors la période de la prohibition de la vente des boissons alcoolisées aux États-Unis. On racontait aux campeurs, d’après ce qui circulait  à l’époque, que l’alcool était fabriqué aux Iles Saint-Pierre-et-Miquelon et que des bateaux transportaient les caisses d’alcool de contrebande jusqu’à ce caveau situé, à travers les arbres, à environ 100 pieds de la rive sur le versant sud du massif rocheux.

Comme la circulation sur le fleuve Saint-Laurent était contrôlée, d’autres bateaux conduits par des pilotes ayant leur permis d’y naviguer venaient chercher les cargaisons d’alcool et les transportaient vers le port de Montréal, et de là à New York.

Le caveau lui-même n’avait rien d’extraordinaire. Son entrée était presque  invisible. Il y avait un large trou dans la terre recouvert d’une structure de bois formant une voûte à peu près au ras du sol. Mais ce qui était intéressant, c’était de raconter aux campeurs un pan d’histoire qui, au début des années 1960, était relativement récent. Bien sûr, les campeurs en profitaient pour poser des questions sur ce qu’était la prohibition. On insistait peu sur le fait que l’application de cette loi avait été un échec et qu’elle avait réussi à enrichir des criminels comme Al Capone.

Aujourd’hui, dans le parc du Bic, il existe un sentier pédestre appelé sentier du Contrebandier afin de rappeler aux visiteurs cette période marquée par la contrebande d’alcool. Notons que les Québécois ont toujours manifesté leur opposition à la prohibition. Le Québec fut la dernière province canadienne a voté une telle loi en 1919. Celle-ci fut abrogée au bout de quelques semaines.

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# 279       14 février 2014

Mon premier rôle de figurant
Le Congrès eucharistique de Rimouski devait avoir lieu en août 1950. À la suggestion du Centre Saint-Germain, j’avais offert des bouquets spirituels à Dieu pour que cette rencontre soit un succès. Il est probable que Dieu n’a pas écouté mes prières parce que le congrès a été annulé à cause du feu de Rimouski en mai 1950.

Le congrès fut remis en 1955, soit du 30 juin au 3 juillet. À ce moment, j’étais en Méthode (Sec. III) au Séminaire de Rimouski et j’avais 13 ans. Une des activités du congrès était un grand jeu scénique intitulé Pêcheurs d’hommes. Je voulus alors y participer comme figurant. Le Père Georges St-Aubin était le metteur en scène et l’abbé Georges Beaulieu était son assistant. Quand on m’a informé que l’abbé Beaulieu était à la recherche de figurants et qu’il faisait des auditions dans une salle de l’École de Marine, je me suis précipité. L’abbé Beaulieu a sorti son gallon et il m’a mesuré. "Désolé, me dit-il, tu n’es pas assez grand pour faire partie du spectacle."

Je suis sorti de l’École de Marine le cœur gros. Je me suis assis sur une marche de l’escalier et je pleurais. Un vieux Monsieur qui passait par là, me voyant dans cet état, est venu vers moi et m’a demandé la cause de mon chagrin. Je lui expliquai que j’avais été refusé comme figurant. Il m’a dit : "Mon jeune, il y en aura d’autres congrès eucharistiques." Cette réponse fut loin de me rassurer et je suis retourné au pensionnat du Séminaire le cœur en lambeaux.

Je ne sais pas ce qui s’est passé dans les jours suivants, mais l’abbé Georges Beaulieu m’a fait dire par un maître de salle que j’étais accepté. J’étais totalement ravi. La fin de l’année scolaire arriva le 15 juin. Je retournai chez mes parents, tout fier de leur annoncer ma participation à ce jeu scénique.

Le 26 juin, je suis revenu au Séminaire où les figurants étaient logés et nourris gratuitement. Les plus jeunes couchaient au dortoir B. Au début, les nuits étaient courtes car il n’y avait pas de surveillant.

Le premier jour, avant la répétition, on nous a attribué un costume de couleur blanche ressemblant à une soutane. Certains avaient des rôles précis comme représenter les apôtres, les premiers chrétiens, les premiers prêtres, etc. Mon rôle, comme pour la majorité des figurants, consistait à poser des gestes synchronisés et à participer au chant. Il s’agissait de suivre au fur et à mesure les consignes du Père Georges St-Aubin qui était assis dans une loge placée à une centaine de pieds de la scène. L’abbé Georges Beaulieu était à ses côtés. Pour ma part, je faisais partie de la première rangée.

Le mercredi soir 29 juin, ce fut l’avant-première devant quelques curieux des alentours. Le jeudi, il n’y avait pas de répétition. Les responsables ont nolisé un autobus et nous sommes allés visiter la Pointe-à-Santerre, à Rivière-Hâtée où était le chalet des prêtres du Séminaire.

La première eut lieu vendredi le 1er juillet dans l’après-midi à l’intention des écoliers. En plus d’être figurants, on nous avait demandé d’assurer l’ordre sur le terrain. En soirée, muni d’un brassard, j’assumai cette responsabilité. Je dirigeais les visiteurs vers les endroits les moins achalandés. À un moment donné, un couple se présenta. La dame était en pantalons. Or, on nous avait dit de ne pas laisser entrer les dames dans une telle tenue. J’ai dit à la dame : "Les pantalons sont interdits sur le terrain du congrès." Elle m’a regardé d’un air hautain et m’a dit : "Comme ça, mon mari ne peut pas entrer." Elle a pris son mari par le bras et elle a passé outre. J’ai compris rapidement que je n’avais pas la prestance pour imposer la discipline. Je me réfugiai alors à l’entrée de l’École de Commerce, plus tard l’École Normale.

Trois autres représentations eurent lieu : samedi le 2 juillet au soir et le dimanche une première dans l’après-midi et l’autre en soirée. Ce fut un très grand succès. Comme la majorité des gens n’avaient pas encore de téléviseur, ils n’avaient jamais vu un spectacle aussi grandiose.

Le dimanche après-midi, j’ai rencontré par hasard Ernest Vaillancourt qui était notre voisin au rang 5. Je lui ai demandé si je pouvais retourner avec lui. Il accepta avec plaisir. Quand le jeu scénique fut terminé, j’ai pris la direction de Saint-Mathieu avec Monsieur Ernest. Mais, il y avait un hic. Une autre représentation était prévue en soirée plus précisément à minuit. Je craignais d’être accusé d’avoir abandonné ma responsabilité. Heureusement, personne ne m’a jamais reproché cette fuite. Il faut dire qu’il y avait plus de 400 figurants. Alors, un de moins semble ne pas avoir causé de problèmes.

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# 248       31 janvier 2014

Camp Cap-à-l’Orignal
Lorsque j’ai appris la fermeture du camp Louis-Georges Lamontagne, autrefois appelé camp Cap-à-l’Orignal, j’en fus profondément touché. Le camp a connu sa première saison en 1948 avec trois jeunes sous la supervision de l’abbé Louis-Georges Lamontagne qui était alors aumônier des scouts du Séminaire de Rimouski. Il a connu son essor à l’été 1950 lorsque furent acceptés de nombreux jeunes garçons dont les parents avaient été victimes du feu de Rimouski le 6 mai. Tout au long de son existence, les scouts du Séminaire de Rimouski y ont joué un rôle important comme moniteurs juniors et seniors.

J’ai été moniteur du Camp Cap-à-l’Orignal pendant sept saisons, soit de 1960 à 1966. Le camp durait six semaines et recevait alors autour de 120 jeunes garçons de 9 à 13 ans par période de deux, quatre ou six semaines. À partir de 1966, les jeunes filles y étaient admises. Pendant huit ans, soit de 1966 à 1974, j'ai été membre et secrétaire de la Corporation de la Colonie du Cap dont le siège social était à Rimouski.

L’abbé Louis-Georges Lamontagne dirigeait d’une main de maître le camp. C’est lui qui recevait les inscriptions, qui veillait à l’organisation matérielle du camp et qui recevait les campeurs à leur arrivée. Dès le premier souper, il était capable de désigner à peu près tous les jeunes par leur nom.

Même s’il nommait un chef de camp dont le rôle était de planifier les activités, il ne pouvait s’empêchait à l’occasion, après avoir donné des directives générales, de proposer lui-même des activités aux campeurs. Cela se faisait à la cafétéria à la fin de chaque repas. La plupart des activités étaient libres et il suffisait que les campeurs s’y inscrivent. Plusieurs jeunes doivent se remémorer

• les excursions en forêt,

• les activités sportives auxquelles ils ont participé dont le tir à l’arc, le tir à la carabine et les jeux de ballon,

• les combats sur l’eau ou dans les bois avec des petits sacs de moulée,

• les fameux jeux de nuit,

• les activités de sciences naturelles,

• les baignades dans une eau plutôt froide,

• les séances de bricolage,

• les sorties en chaloupes ou en canots,

• les élections à la mairie,

• l’essuyage de la vaisselle,

• les escalades de rochers,

• les initiations,

• les séances de cinéma lors des jours de pluie

• ou encore les moments passagers d’ennui … de leurs parents.

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# 150       18 décembre 2013

Ma participation au Centre Saint-Germain
Le Centre Saint-Germain était une revue mensuelle publiée par le diocèse de Rimouski. Il avait succédé au Messager de Sainte-Anne en 1940. Cette revue comportait des articles sur des sujets religieux ou sociaux. Quand j’étais jeune, je lisais avec plaisir l’encart destiné aux écoliers dont les pages étaient jaunes. Je ne me doutais pas à ce moment que je participerais un jour à cette revue.

En mai 1968, je fus invité à devenir membre du comité de rédaction qui était sous la direction de Gilles Roy. En juillet, je signais mon premier article Les loisirs des 15-18 où je déplorais l’absence de loisirs appropriés pour cette tranche d’âge. En novembre de la même année, je m’interrogeais sur la pertinence d’organismes consultatifs dans À quoi servent-ils tous ces offices diocésains ?  

En février 1969, je faisais état du déclin de la paroisse dans La paroisse se meurt-elle ? En avril, dans l’article Entre le travail et le sommeil, j’affirmais que la pastorale des loisirs ne peut plus se faire dans les presbytères. Bien plus, j’affirmais bien naïvement : "On estime qu’en l’an 2000 un homme travaillera de 20 à 30 heures par semaine et de 30 à 35 ans dans une vie !"

En mai 1969, je m’interrogeais sur l’avenir du synode de Rimouski dans un article Le synode diocésaine serait-il le synode des laïcs ? J’affirmais : "On a parfois l’impression que des conclusions sont déjà prêtes dans les tiroirs de certains clercs." Je concluais en disant : "Il est à espérer que le synode nous donne une Église un peu moins divine mais plus humaine." La journaliste Lisette Morin, dans le Progrès du Golfe de Rimouski, en date du 6 juin 1969 a écrit l’éditorial de son journal en partant de mon article.

En juillet 1969, je signais l’éditorial de la revue sous le titre Remettre en question toutes ses certitudes. Étant moi-même membre de la Commission de la jeunesse du synode, j’avais pu observer l’engagement de certains jeunes envers les valeurs religieuses. Dans l’article, j’affirmais : "L’Église doit penser en termes d’efficacité et de mise en marché d’un produit." Ce fut mon premier éditorial d’une revue et mon dernier article dans cette revue puisque c'était le dernier numéro du Centre Saint-Germain.

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# 124       7 décembre 2013

Le Centre Saint-Germain à l'école
Le Centre Saint-Germain était une revue mensuelle publiée par le diocèse de Rimouski. Il avait succédé au Messager de Sainte-Anne en 1940. Il était considéré comme le bulletin général d’action catholique du Diocèse de Rimouski et était publié avec la permission de l’Ordinaire c’est-à-dire l’Archevêque. Au fil du temps, cette revue comportait des articles sur des sujets religieux ou sociaux, des bribes d’histoire régionale à caractère religieux, un encart appelé Le Petit Centre dont les pages étaient jaunes et qui était destiné aux jeunes du milieu scolaire. En plus, on y trouvait une chronique diocésaine s’attardant aux activités de l’Archevêque et même ... le tableau d’honneur des élèves du Séminaire de Rimouski. Il fallait avoir une moyenne générale de 66,6 % pour que son nom y apparaisse.

Quand j’étais jeune, ma mère organisait des réunions entre voisins pour lire des articles de cette revue. On appelait cela des veillées d’équipe. Voici d’ailleurs un compte-rendu d’une de ces veillées, rédigé par ma mère en 1940 :

"Le 13 novembre a eu lieu chez M. Joseph Lagacé, la veillée d’équipe à laquelle étaient présents Mme Mathieu Plourde et la famille Edmond Jean. Nous avons commencé par la prière ; ensuite, nous avons lu la page d’évangile du Centre de novembre, auquel nous avons rappelé la disparition du prêtre dans la paroisse, auquel était tous d’avis que ce serait la désolation du catholique de perdre notre père spirituel qui est notre support dans les épreuves et pour être capable de faire notre religion. Ensuite nous avons lu une page dans le livre des quatre Évangiles sur la naissance de saint Jean-Baptiste. C’est là que nous avons vu une fois de plus que pour être parfait devant Dieu, il ne faut pas douter de la puissance de Dieu mais il faut une foi sincère et une grande confiance en la grandeur de Dieu. Nous avons terminé l’équipe se donnant rendez-vous chez qui nous sommes ce soir."

En 1943, le Centre Saint-Germain co-éditait avec les éditions Fides un livre écrit par le chanoine Alphonse Fortin et qui s’intitulait Les saints Martyrs canadiens. Les textes de ce livre avaient fait l’objet de causeries données à la station radiophonique CJBR de Rimouski en 1941.

En 1949-1950, le Centre Saint-Germain parlait abondamment du Congrès eucharistique de Rimouski qui devait avoir lieu du 2 au 6 août 1950. Dans son encart, on nous invitait alors à offrir à Dieu des bouquets spirituels. Un bouquet spirituel consistait en une liste d’actes religieux que nous promettions de faire pendant une période précise. Par exemple, nous pouvions indiquer le nombre de journées offertes à Dieu, le nombre de communions, de messes, de chapelets, de visites au Saint-Sacrement, de sacrifices et d’invocations particulières comme des prières. Nous le faisions pour assurer le succès du Congrès. Malheureusement, l’événement a été annulé à cause du feu survenu le 6 mai 1950 et qui a dévasté presque la moitié de Rimouski.

Plus tard, quand j’étais au Séminaire de Rimouski je lisais la revue. Je me souviens, un jour, d’être allé voir un prêtre qui écrivait des articles dans cette revue. Quand je suis arrivé, il était en train de lire son propre article. Cela m’avait étonné.

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# 070       12 novembre 2013

Albert Dionne (1905-2001)
En 1987, Albert Dionne a écrit son autobiographie. J’ai écrit, sur ce sujet, un article qui a été publié dans la Brise de l’Est en juin 1988. Le voici :

Voilà un livre fort sympathique et très documenté que vient de publier Monsieur Albert Dionne, un citoyen de Rimouski. Ma vie et ce que j’en ai fait est une autobiographie simple, remplie de détails et de faits qui ont marqué la vie de ce bâtisseur et de cet autodidacte. C’est également une page d’histoire puisque les informations laissent transparaître la couleur et les particularités des 80 dernières années.

L’auteur relate les faits de sa vie dans un ordre chronologique. Il mentionne les personnages et événements qui ont entouré ces faits. Il ne s’agit pas d’une confession ou d’un journal personnel. On ne trouve pas de confidence ni de jugement sur les personnes qu’il a côtoyées. C’est une chronique purement factuelle de sa vie qui est livrée sans émotion.

L’auteur présente d’abord un bref historique des Dionne dont le premier ancêtre s’est établi à l’Île d’Orléans vers 1663. Pour sa part, Albert Dionne est né à Saint-Mathieu en 1905. Il a fréquenté l’école primaire pendant quatre ans ; puis à 24 ans, il s’inscrit à l’École technique de Montréal dans un cours de mécanique automobile d’une durée de trois mois. Il devint par la suite mécanicien et garagiste à Rimouski.

Monsieur Dionne nous relate l’évolution de sa vie professionnelle et de son commerce d’automobiles. Il donne de nombreuses informations sur les terrains achetés et aménagés, les dimensions des bâtisses construites, leur utilisation, les agrandissements et transformations. Il n’oublie pas de mentionner les coûts, les détails de ventes et même certains montants de profits ou de déficits.

Un fait amusant qui montre bien sa passion de la mécanique automobile : en 1942, Albert Dionne construisit un prototype d’un véhicule d’hiver doté d’un système de traction-chenilles pour se déplacer sur la neige. Il en fit un second en 1943 mais sans succès (à gauche).

Comme il le relate, Albert Dionne s’impliqua fortement dans son association professionnelle de même que dans les affaires. De plus, pendant 11 ans, il fut échevin de la ville de Rimouski, puis député provincial du comté de Rimouski pendant 10 ans. Il remplit bien d’autres fonctions dans des organismes à vocation sociale ou économique. En particulier, il dota Rimouski de son premier service d’autobus et participa à la fondation de Québecair.

Somme toute, Ma vie et ce que j’en ai fait est une œuvre utile pour se souvenir d’un des bâtisseurs du Bas-Saint-Laurent.

Dionne, Albert, Ma vie et ce que j’en ai fait. Impression des Associés, 1987, 149 pages.

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# 047       21 octobre 2013

Paul Hubert
J’ai vu Paul Hubert pour la première fois en mai 1948. J’avais 6 ans et j’étais en première année. Paul Hubert était alors inspecteur d’écoles et il venait faire sa visite annuelle. J’ai connu pour la première fois la frénésie qui s’emparait de nous les élèves et de l’institutrice Jeanne Ouellet.

L’institutrice nous prévenait des semaines à l’avance de cette visite. Elle nous indiquait qu’il fallait s’habiller plus proprement que d’habitude. Elle nous montrait à dire : "Oui, monsieur l’inspecteur" ou "Non, monsieur l’inspecteur". Elle nous faisait revoir les notions les plus élémentaires sur lesquels l’inspecteur avait déjà questionné lors de ses visites précédentes dans son école ou ailleurs.

En septembre 1969, je commençai à enseigner à l’école Paul-Hubert. Des images de ses visites à mon école comme inspecteur me sont revenues en tête. J’ai enseigné 10 ans dans cette école et, assez souvent, ces souvenirs resurgissaient. Toutefois, aux élèves à qui je demandais : "Qui était Paul Hubert ?", la plupart levaient les épaules et disaient : "C’est le nom de l’école."

Paul Hubert est né à Havre-aux-Maisons en 1893. Il obtint son diplôme supérieur de l’École Normale Laval de Québec en 1914. Après avoir enseigné quelques années, il fut nommé inspecteur des écoles primaires et secondaires de la région de Rimouski, puis inspecteur coordonnateur pour tout l’Est du Québec. Outre son action au plan scolaire, Paul Hubert a milité dans de nombreux organismes de Rimouski. Il est décédé en 1958.

En 1964, pour souligner l’implication éducative de cet homme, la commission scolaire de Rimouski donna son nom à une école de deuxième cycle du Secondaire dédiée à la formation générale. Cette école qui venait d’être construite est devenue une école polyvalente en 1969 en intégrant la formation professionnelle.

Paul Hubert fut le premier historien des Îles de la Madeleine. En 1926, il a publié Les Îles de la Madeleine et les Madelinots. En 1937, devant les membres du Deuxième Congrès de la Langue Française tenu à Québec, il a prononcé une conférence sur la concordance de la langue acadienne et celle des Îles de la Madeleine, sa patrie d’origine. Dans un article de la revue Relations de juin 1942, il a dressé un portrait des bibliothèques scolaires en région. On y apprend que chaque inspecteur d’écoles de sa région donnait annuellement en prix aux élèves environ 600 livres d’auteurs québécois.

Ses archives ont été confiées au Centre régional du Bas St-Laurent des Archives nationales du Québec. Son fonds couvre la période 1908-1958 et comprend 1,88 mètre linéaire de documents écrits.

Il est étonnant de constater que, sauf erreur, les sites de l’école Paul-Hubert et de la commission scolaire des Phares ne font pas mention de l’origine du nom de cette école et ne parle pas de celui qui a été choisi pour identifier l’école. À quand un livre ou un documentaire sur cet homme qui a marqué l’éducation dans l’Est du Québec pendant la première partie du 20e siècle ? À quand une place de choix sur le site de l'école Paul-Hubert ?

 

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# 027       2 octobre 2013

L’école polyvalente Paul-Hubert
En 1991, la paroisse Saint-Robert-Bellarmin située dans la ville de Rimouski fêtait son 50e anniversaire. On m’a demandé d’écrire un court texte sur l’école Paul-Hubert où j’avais enseigné les mathématiques pendant 10 ans. Ce texte a fait partie de la Monographie de la paroisse de Saint-Robert-Bellarmin (1941-1991). Le voici :  

La paroisse Saint-Robert avait à peine 23 ans quand elle accueillit sur son territoire une école secondaire de deuxième cycle : l'école Paul-Hubert. Sise à l'angle du boulevard Arthur-Buies et de l'avenue Sirois, elle fut appelée ainsi pour souligner l'implication éducative d'un ancien inspecteur d'école, Paul Hubert. En septembre 1964, elle reçut ses premiers élèves au nombre de 835 : 795 garçons et 40 filles.

D'abord consacrée à la formation générale par les cours général, scientifique et préparatoire aux études supérieures et à la formation commerciale, l'école Paul-Hubert élargit son éventail d'options en 1969 par l'intégration de la formation professionnelle reliée à différents secteurs d'activités. Elle devenait alors une école polyvalente qui admit jusqu'à 3717 élèves en septembre 1974. Cette année-là, 347 adultes y oeuvraient.

Tout au long de son histoire, l'école Paul-Hubert a fourni des services d'éducation à des adultes, mais principalement à des jeunes de 14 à 18 ans de Saint-Fabien à Sainte-Luce, en incluant les paroisses de l'arrière-pays jusqu'à Trinité-des-Monts. Elle desservit également un bon nombre d'élèves de la Gaspésie et de la Côte-Nord, surtout en formation professionnelle. Depuis 1964, près de 70 000 élèves ont fréquenté les classes, les laboratoires et les ateliers de cette école, considérée comme un des édifices les plus imposants de la ville de Rimouski.

D'abord sous la juridiction de la commission scolaire de la ville de Rimouski, l'école Paul-Hubert passa, en 1965, à la commission scolaire du Bas-Saint-Laurent, puis 21 ans plus tard, soit en 1986, à la commission scolaire La Neigette.

Si l'école Paul-Hubert pouvait parler, elle nous conterait bien des anecdotes sur les faits divers qu'elle a observés; mais elle insisterait, sans doute, sur toutes les transformations du système d'éducation qu'elle a vécues au fil des années.

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