(Dessin réalisé au primaire)

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Les charleries

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Ce blogue contient des souvenirs, des anecdotes, des opinions, de la fiction, des bribes d’histoire, des énigmes et des documents d’archives.

Charles-É. Jean

Séminaire de Rimouski

# 1275             30 novembre 2014

Règlements sur les attitudes

Ci-après, vous pourrez lire des extraits du règlement du Séminaire de Rimouski qui était en vigueur à la fin des années 1950. Si vous êtes un ancien de la Maison, il est possible que ce soit la première fois que vous preniez connaissance de l’un ou l’autre des articles du règlement. Ceci est dû au fait que ces articles n’étaient pas transmis aux élèves par écrit, mais plutôt qu’ils étaient mentionnés et expliqués par le directeur des élèves lors de sa rencontre hebdomadaire à la salle d’études le samedi en fin d’après-midi. Les règlements qui suivent touchent principalement aux attitudes que les élèves devaient adopter.

 

Politesse

Le Séminaire étant d’abord une maison d’éducation, la politesse est l’objet d’une attention particulière. Les élèves doivent donc être polis, respectueux à l’égard de tous, particulièrement des prêtres, se rappelant qu’ils sont revêtus du caractère sacerdotal et qu’ils sont l’autorité, les représentants de Dieu et de leurs parents.

 

Ils demanderont toute permission de façon correcte, avec soumission, en tenant compte du fait qu’ils font partie d’une communauté.

 

Tenue

En raison de la dignité de la personne humaine, l’élève doit avoir une tenue irréprochable dans son attitude et ses vêtements, en quelque endroit qu’il soit. Il s’efforcera d’acquérir des bonnes manières en rapport avec sa situation actuelle et future.

 

Langage

Un point particulièrement surveillé est celui du langage, que ce soit au jeu ou en classe, envers ses confrères, ses maîtres ou les étrangers, il parlera correctement et avec distinction.

 

Propreté

Pour former l’étudiant aux vertus civiques et l’habituer à se préoccuper du bien commun, on incite l’élève à tenir tous les locaux très propres. Un comité est même chargé de veiller à la réalisation de cet objectif.

 

Autres points particuliers

Il est permis de fumer dans la cour seulement et aux heures de récréation. On permet cependant de fumer à la salle avant de monter au dortoir le soir.

 

Il est formellement interdit d’introduire des boissons alcooliques au Séminaire ou d’en faire usage.

 

Les collectes et les ventes de billets doivent être autorisées. Il en est de même de la distribution d’annonces ou de feuilles de propagande.

 

Il est défendu de prêter de l’argent, de vendre, d’acheter ou d’échanger quelque chose entre élèves, sans avoir obtenu l’autorisation.

 

Les élèves ne doivent pas entretenir de relations avec les domestiques.

 

Ils respecteront la propriété du Séminaire, surtout les pupitres, les chaises, les tables et les vestiaires. Tout dommage matériel est chargé au compte de l’élève.

 

On doit toujours fermer à clef son vestiaire et son armoire. Que le nom de l’élève soit inscrit sur tous ses livres, vêtements et articles de sport personnels.

 

Le Séminaire n’est pas responsable des effets perdus durant l’année ou laissés à la sortie.

 

Tout objet trouvé dont on ignore le propriétaire doit être remis au surveillant.

 

Silence

Une atmosphère d’étude ne peut être conservée dans la maison sans l’observance du silence. Il est donc de rigueur dans tous les défilés comme à la chapelle, à l’étude ou en classe.

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# 1250             25 novembre 2014

La Sainte-Catherine

Depuis le 10e siècle, l’Église catholique célèbre la fête de Sainte Catherine le 25 novembre. Cette dernière est la patronne des vieilles filles appelées catherinettes, soit des filles de plus de 25 ans qui n’ont pas encore trouvé un mari.

 

Dans les écoles, la fête de la Sainte-Catherine a pris une autre tournure. On raconte qu’au 17e siècle Marguerite Bourgeois, la première institutrice de la Nouvelle-France, préparait de la tire et, le 25 novembre, en plaçait devant son école logée dans une vieille étable.  Elle voulait ainsi attirer les jeunes, en particulier les jeunes Amérindiens, à venir fréquenter ses classes.

 

Au Séminaire de Rimouski, le 25 novembre était la fête des Philosophes, soit les élèves de Philosophie 1ère année. Ceux-ci avaient congé de cours ce jour-là. Ils fêtaient, recevaient leurs professeurs et engloutissaient de nombreux kisses (papillotes de tire) qu’ils partageaient avec les autres élèves. Dans la Vie écolière, Paul Bérubé, un élève d’Éléments, décrit de l’extérieur la journée du 25 novembre 1953 avec des yeux neufs et un peu envieux. Voici son texte :

 

« Ce matin-là, à l’étude, notre premier maître de salle nous dit de ne pas faire trop de remarques si on entendait crier, chanter et peut-être pleurer, car dit-il aujourd’hui c’est la Sainte-Catherine et c’est particulièrement la fête des philosophes.

 

Nous sommes allés à la messe, et là, nous avons entendu des chants inusités sur semaine. Lorsque ce fut le temps de la communion, les philosophes en procession, avançaient à la Sainte Table avec cet air de dignité forcée que leur conféraient leur col raide et leur boucle noire. On sentit bien que quelque chose d’exceptionnel se déroulait.

 

Après le déjeuner, il y eut une sorte de réunion près de la salle du centre (en face de la cafétéria) et sur la porte était affiché le bonhomme Kisses. Jamais les philosophes ne furent aussi populaires à la Petite salle. Là les chats en ont profité et prit leur air candide et suppliant. Cela a réussi à merveille … Heureux qui fut gâté par les philosophes. Ce fut toute une joie pour nous, en ouvrant nos vestiaires, de voir un tas de kisses amoncelé dans le coin. (…)

 

La journée se termina par un magnifique film dans lequel il y avait du chant et de l’amour. C’était un film bien choisi et très intéressant.

 

Chanceux, vous messieurs les philosophes. Mais attendez, dans six ans ce sera notre tour. Six ans, désespoir que c’est loin ! »

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# 1205             16 novembre 2014

Les sites du Séminaire

Outre le site du Séminaire de Rimouski, les anciens élèves de cette institution ont mis en ligne des sites concernant leur promotion. La plupart des sites de classe sont peu élaborés. On le comprendra facilement quand on constate que le fait d’avoir un site web a été possible au moins une trentaine d’année après la fin de leur cours classique.

 

1. Site du Séminaire

On peut lire sur ce site des notes historiques sur le Séminaire partagées en quatre volets : Émergence (1853-1900), Consolidation (1900-1930), Âge d’or (1930-1950), Mutation (1950-1970). On y trouve la liste des élèves, des professeurs et des administrateurs pendant son existence. Certaines mosaïques des Rhétoriciens y apparaissent. Deux galeries de photos viennent rappeler certains événements marquants.

 

2. Site du 97e cours (1952-1960)

Le site de classe de la cohorte la plus ancienne est sous la responsabilité de Roland Roy. Il présente une brève histoire du Séminaire, les photos de diverses classes, les armoiries, la mosaïque de la Rhétorique. » La devise du groupe est Vir ergo pugil, une expression latine qu’on peut traduire ainsi : « Je suis un homme, donc un lutteur. »

 

3. Site du 98e cours (1953-1961)

Ce site est géré par Georges Beaulieu. Son titre est Juncti ad optima qui était la devise de cette cohorte. Cette expression latine peut être traduite par : « Unis vers l’Idéal. » On y trouve des nouvelles sur les confrères et des documents d’archives comme la mosaïque.

 

4. Site du 99e cours (1954-1962)

Ce site est sous la responsabilité de Jacques Dionne. La devise est Aimer pour Servir. C’est probablement la première devise qui n’est pas rédigée en latin. On y trouve des archives, un babillard, des listes d’élèves de certaines années.

 

5. Site du 103e cours (1958-1966)

Ce site est géré par Raymond Soucy qui écrit : « Ce site ambitionne de réunir et mettre en contact tous les anciens camarades qui ont fait partie de la cohorte du 103e cours du Séminaire de Rimouski. » On y trouve notamment une mosaïque virtuelle qui a été réalisée à partir de l’album des Rhétoriciens 1963-1964, plusieurs documents d’archives et de l’évolution des retrouvailles.

 

6. Site du 104e cours (1959-1967)

On retrouve seulement une mosaïque virtuelle des Rhétoriciens de 1964-1965 réalisée par Laurent Chénard.

 

7. Site du 105e cours (1960-1968)

Le site est en construction. On y trouve des dates de retrouvailles et des photos.

 

8. Site du 107e cours (1962-1969)

Le titre du document Mosaïque des orphelins est dû, selon Robert Bélanger, à la transition entre le cours classique et le nouveau cours collégial. On y trouve une photo des élèves d’Éléments D en 1963, une photo de retrouvailles en 1987 et des photos individuels d’élèves de cette cohorte.

 

En conclusion, il serait peut-être souhaitable que les archivistes des différentes cohortes prennent contact avec la Corporation du Séminaire pour vérifier si les documents d’archives non exploités pourraient être remis aux archives du Séminaire.

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# 1165             8 novembre 2014

Les activités au Séminaire

Certains élèves du Séminaire dans les années 1950, surtout parmi les nouveaux, s’ennuyaient du foyer maternel. Toutefois, les activités hors classe étaient très nombreuses.

 

Dans les salles de récréation, il y avait des tables de billard et de tennis sur table. De temps à autre, des tournois mettant en vedettes les meilleurs joueurs étaient organisés.

 

Il y avait une salle de lecture dans chaque aile où on pouvait lire les journaux au jour le jour et faire les mots croisés. Avec l’avènement de la télévision, des appareils ont été installés. Qui ne se souvient pas du Ed Sullivan Show, spectacle en anglais provenant de Radio-Canada, et qui était présenté à chaque dimanche soir à 19 heures.

 

À la Grande salle, il y avait une salle de quilles où se déroulaient à l’automne et au printemps des tournois entre classes. Avec la construction du Centre de loisirs de Rimouski, les élèves y avaient accès pour faire de l’athlétisme et sauter sur le trampoline. Plus tard, avec l’avènement du Pavillon de Philosophie, un gymnase y a été aménagé autant pour la gymnastique que pour le badminton et le ballon-panier.

 

Dans les cours extérieures, il y avait des terrains aménagés pour le soccer, la balle-molle et le baseball. À la Grande salle, chaque classe avait son terrain de ballon volant. C’était parfois la bousculade pour arriver les premiers afin d’y jouer. Évidemment, il y avait des patinoires où se déroulaient de nombreuses parties de hockey, même par temps très froid. Du côté de la Petite salle, au début de l’hiver apparaissait une glissade qui contournait la patinoire. Une ligue inter-collégiale de hockey prenait place presque chaque année. Les parties se déroulaient à l’ancien Colisée de Rimouski où de nombreux élèves spectateurs s’entassaient.

 

Chaque automne et parfois en plus au printemps, se déroulaient des olympiades qui regroupaient des compétitions de lancers du poids et du disque, de sauts en longueur, en hauteur, à la perche, de courses à obstacles, de courses à relais, de courses en longueur comme celle du mille, etc. Les statistiques de performance étaient soigneusement notées et n’étaient là que pour être battues avec le temps.

 

De temps à autre, des films étaient projetés à la salle académique, aujourd’hui salle Georges-Beaulieu du cégep de Rimouski. Des spectacles musicaux et théâtraux y étaient aussi présentés. On pouvait faire connaissance avec les Jeunesses musicales et diverses troupes de théâtre du Québec et de la maison. L’Octuor et les Joyeux écoliers, deux groupes du collège qui se sont succédé dans le temps, y on eu leurs heures de gloire.

 

Les activités culturelles y étaient fort nombreuses. Citons la Congrégation mariale, le Cercle missionnaire, l’Académie Saint-Jean l’Évangéliste, la Société du bon langage, l’Association de la Jeunesse canadienne, les groupes de scouts, l’Association Lacordaire,  les Jeunes abstinents, la Société Saint-Louis de Gonzague, un ciné-club, l’Orchestre Saint-Charles, l’Harmonie Sainte-Cécile, la Société Chorale, la Vie Écolière, un journal étudiant.

 

D’autres activités requéraient l’apport des élèves : le Comité des jeux, la Société Saint-Pierre pour les sports, les magasins coopératifs, la responsabilité des salles de lecture et de télévision, les conseils de classe, le service des messes des prêtres, le service de tables au réfectoire des prêtres, la remise d’ustensiles à la cafétéria. De nombreux élèves aidaient à l’installation des bandes de la patinoire et au glaçage, à l’entretien des terrains aménagés pour les sports, à l’organisation des olympiades, à la confection des cédules pour les sports, etc.

 

Bref, des activités de tout ordre se déroulaient. Pendant les saisons mortes, les sports extérieurs faisaient relâche. C’était la meilleure période pour les activités socioculturelles.

 

Pendant les récréations, à moins d’une température extrême en pluie ou en froid, les élèves étaient obligés de sortir dehors. À la Grande Salle, la marche était très populaire. Aux récréations d’après-dîner et d’après-souper, à un moment donné, un maître de salle criait Salle volontaire et ceux qui le désiraient pouvaient entrer à l’intérieur et vaquer à diverses activités sportives ou culturelles.

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# 1150             4 novembre 2014

Faits remarquables : 1958-1959

5 septembre – Rentrée des élèves.

 

17 septembre – La Vie écolière fait une consultation auprès des élèves pour connaître leurs suggestions sur le contenu du journal étudiant. On appelle ça un référendum.

 

Un comité des Jeux est mis sur pied à la Grande salle sous la présidence de Gaston Dionne, élève de Philosophie II.

 

Des élèves se plaignent que les grilles de ventilation au dortoir sont trop souvent fermées.

 

La balle-molle et la balle-au-camp sont reportées au printemps, laissant toute la place au soccer.

 

Un élève se casse une jambe en jouant au soccer.

 

On tente d’implanter le football à la Grande salle, sans succès. Le sport est jugé trop rude.

 

Un sondage de la Vie écolière chez les élèves de la Grande salle révèle que les trois préoccupations majeures de ceux-ci sont les sports, le cinéma et les sciences.

 

À l’occasion de la fête du Supérieur, les élèves présentent une comédie hilarante Les Irascibles.

 

Fondation d’un ciné-club.

 

4 novembre – Bénédiction de la pierre angulaire du futur pavillon de Philosophie.

 

Le Théâtre du Nouveau Monde présente les Trois farces de Molière et Le temps des lilas de Marcel Dubé à l’Auditorium du Séminaire.

 

Le chanoine Alphonse Fortin célèbre son cinquantenaire comme professeur au Séminaire.

 

L’équipe de Rhétorique est championne au soccer.

 

On souligne le 25e anniversaire du scoutisme fondé par l’abbé André-Albert Dechamplain. Le groupe comprend une meute de louveteaux, deux groupes de scouts et les Foulards rouges.

 

On constate la disparition du Cercle missionnaire. Il reprendra vie l’année suivante sous un nouveau nom.

 

Les élèves de Belles-Lettres fondent une compagnie de théâtre Les Trouvères. Ils présenteront en fin d’année Les fourberies de Scapin de Molière.

 

13 décembre – Les Petits Chanteurs de Vienne donnent un concert.

 

19 janvier 1959 – Léontyne Price donne un concert.

 

22 février  – Une épidémie de diarrhée frappe les élèves du Séminaire.

 

La salle des lectures des Grands est nouvellement décorée : bibelots artistiques, peintures et sculptures.

 

Le Théâtre-Club présente Les Plaideurs de Racine au Séminaire.

 

La Vie écolière publie en mars un numéro spécial sur les systèmes d’éducation de différents pays. On y trouve des articles provenant d’étudiants de France, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne de l’Ouest, de la Belgique, de l’Irlande, de la Guinée, de l’Éthiopie, du Vietnam, d’Haïti, du Chili.

 

Avril – Une deuxième épidémie frappe les élèves. Cette fois-ci, c’est une épidémie de grippe. Les dortoirs restent ouverts le jour pour accueillir les malades. Certains élèves remplacent le personnel féminin à la cuisine. Après trois jours, la vie reprend son rythme normal.

 

Un comité des présidents de classe est mis sur pied sous la présidence de Guy Bélanger.

 

22 avril – Le Père Fréchette, curé de Maillardville en Colombie Britannique, prononce une conférence sur la situation des minorités canadiennes-françaises. Une souscription sous forme de tirage a rapporté 177,81 $.

 

La mosaïque des Rhétoriciens, par son style moderne, est l’objet de quelques controverses.

 

Les Joyeux Écoliers, qui ont succédé à l’Octuor, ont présenté un tour de chant à Radio-Canada.

 

9 mai – Le théâtre de Ville-Marie présente Britannicus, une tragédie de Racine.

 

13 mai – Les Olympiades inter-collégiales ont lieu sur le terrain du Séminaire.

 

17 mai – Pour une première année, les parents des pensionnaires visitent le Séminaire. Des démonstrations sportives et culturelles sont à l’honneur.

 

Deux concours organisés par l’A. J. C. et la S. B. L. ont lieu. Le gagnant du concours oratoire est Gérald Laforest, de Philosophie I. Le gagnant du concours de déclamation est Horace-Albert Gagné de Rhétorique.

 

Pendant cette année scolaire, la Vie écolière a publié sept numéros alors que généralement il y en avait quatre par année. Elle a rempli 134 pages alors que le record était de 64 pages.

 

Juin – Le chanoine Antoine Gagnon, supérieur du Séminaire est nommé Prélat domestique. Il porte maintenant le titre de Monseigneur.

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# 1115             28 octobre 2014

Règlement en évolution

En 1959-1960, j’ai fait ma Philosophie 1ère année au Séminaire de Rimouski. Nous étions parmi les premiers occupants d’un nouvel édifice appelé Pavillon de Philosophie. L’abbé Pascal Parent en était le directeur.

 

Vers le 15 septembre, je lui ai demandé l’autorisation d’aller dans ma famille pour le mariage de mon frère aîné. Cette permission me fut refusée. Dans les mois qui ont suivi, d’autres élèves ont fait la même demande qui fut acceptée. Je n’ai su jamais su ce qui s’était passé pour que le règlement change en cours d’année.

 

Au début de l’année, l’abbé Parent nous avait avertis qu’il était défendu d’aller dans la chambre d’un confrère. Il avait spécifié que, le cas échéant, l’élève qui recevait subirait les conséquences de cet accueil. Un soir du mois de novembre, un confrère, Jean-Paul Nadeau, est venu cogner à ma porte pour me consulter en mathématiques. Pris au dépourvu, je l’ai laissé entrer. Il s’est assis dos à la porte et nous avons entrepris une conversation à voix basse.

 

Pour comble de malheur, le professeur de morale dont le petit appartement était tout près s’est adonné à passer devant ma chambre. Ayant entendu des chuchotements, il cogna à ma porte. Mon visiteur quitta immédiatement. Personne ne pouvait nier qu’il n’y avait pas eu manquement au règlement.

 

J’ai mal dormi cette nuit-là me demandant quelle punition me serait infligée. Je souhaitais qu’au mieux mon nom soit inscrit sur une liste noire sans autre conséquence. Le lendemain matin, je craignais d’être demandé chez le directeur. Il n’en fut rien. Je ne fus pas convoqué à son bureau. C’est le visiteur qui devait maintenant payer. Jean-Paul Nadeau reçut comme punition de séjourner une semaine à la Grande salle, sauf qu’il pouvait venir suivre ses cours normalement au Pavillon de Philosophie.

 

Les élèves de la Grande salle ont été impressionnés par le séjour d’un philosophe dans leurs murs. Eux aussi ont compris le message. Pour ma part, je n’en revenais pas. Je me suis longtemps demandé si ce changement de règlement en ma faveur n’était pas une façon pour l’abbé Parent de me faire mieux accepter le refus du début de l’année. Par ailleurs, peut-être a-t-il pensé que s’il n’y avait pas de visiteur, il n’y aurait pas d’infraction ? Peut-être a-t-il pensé qu’il se devait de punir les deux complices ? Je ne le saurai jamais.

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# 1085             22 octobre 2014

Les rangs de doyens

Au Séminaire de Rimouski, comme dans les pensionnats de l’époque, le rang de doyens était une institution dans l’institution.

 

À l’entrée au Séminaire, la première opération consistait à attribuer à chacun son rang dans sa cohorte. Les élèves étaient classés selon leur date de naissance du plus vieux au plus jeune. Dans notre cas, il y avait eu l’année précédente un groupe qui avait fait une année préparatoire appelée préclassique. Comme ces élèves étaient déjà des anciens, ils ont été placés parmi les premiers doyens.

 

En cours de route, quand un élève devait reprendre son année, principalement à cause de maladie, il devenait le premier doyen de la classe inférieure. Quand un élève arrivait d’une autre institution, peu importe son âge, il prenait sa place parmi les derniers doyens.

 

Les rangs de doyens conditionnaient la vie de tous les jours. Ils étaient un puissant moyen d’encadrement. Les places à l’étude et à la chapelle étaient distribuées selon cet ordre. À la chapelle, comme la position de chacun était fixe pour toute l’année, il était facile pour les maîtres de salles de repérer un élève qui s’absentait d’un office religieux.

 

Les déplacements se faisaient par rangs de doyens. Dans la salle de récréation, quand la cloche sonnait chacun prenait son rang en silence sur une ligne qui lui avait été attribuée au début de l’année. Au signal du surveillant, la classe supérieure partait, suivie des autres par ordre d’ancienneté. C’est ainsi qu’on pouvait se rendre à la salle d’études, à la chapelle, à la cafétéria et au dortoir.

 

À la salle d’études, les rangs étaient attribués en alternant d’un côté à l’autre de la salle d’études, si bien que nous étions délestés de nos deux doyens immédiats. Là où cette règle ne s’appliquait pas, c’était dans la distribution des places au dortoir. Également, à la cafétéria, chacun pouvait prendre la place qu’il désirait.

 

En classe, le rang de doyens n’était pas appliqué. Chacun prenait une place au début de l’année et la conservait jusqu’à la fin. Peu importe leur âge, tous les élèves étaient égaux. C’est d’ailleurs un des nombreux éléments qui distinguaient la classe du pensionnat et qui agissaient dans notre esprit comme si nous quittions notre  domicile pour aller à une école hors les murs.

 

Au Pavillon de Philosophie, la règle était appliquée d’une façon approximative pour la distribution des chambres. La dernière fois que nous avons pris nos rangs de doyens, c’est lors de la Prise de rubans en Philosophie 2e année.

 

Du côté des prêtres, la même règle s’appliquait pour établir le rang des maîtres de salle à leur entrée en fonction. À leur réfectoire, les rangs de doyen étaient respectés. Il y avait trois longues tables rectangulaires formant un U. C’était impressionnant de voir le Supérieur, entouré des plus vieux prêtres dont certains retraités, à la table qui formait la base du U. À ce réfectoire, le rang de doyens a été aboli en 1965 par la mise en place de tables de forme ronde où chacun pouvait prendre place à sa guise.

 

Pour terminer, un fait frustrant. J’étais en Versification. Le directeur des élèves, l’abbé Robert Michaud, avait décidé que les élèves des cinq classes supérieures  pouvaient aller voir un film au cinéma Auditorium de l’avenue Michaud. Comme l’âge d’entrée au cinéma était de 16 ans, dans ma classe, une quinzaine d’élèves dont j’étais ne furent pas autorisés à s’y rendre. On a crié à l’injustice, rien n’y fit. Imaginez la réaction de l’élève qui voyait partir son doyen supérieur immédiat pour le film, alors que lui devait se résigner à rester au Séminaire.

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# 1040             13 octobre 2014

La veine du temps

Georges Beaulieu a fait ses études classiques au Séminaire de Rimouski de 1953 à 1961. Il s’y est distingué notamment en étant un membre actif de la Société du bon langage.

 

Après des études en lettres et en cinéma, il a été professeur de littérature au collégial où  il pu transmettre sa passion des textes.  En 2010, il a publié, aux éditions Marcel Broquet, un roman La veine du temps où il met en scène un puisatier. Voici comment il décrit son œuvre :

 

« Théo S creuse des puits. Parfois, il reçoit des signes des profondeurs abyssales où se tord son trépan en quête de la source fuyante. Théo vient d’accepter un drôle de contrat : creuser dix puits dans la cour d’une auberge cossue où l’on projette de construire un Spa luxueux alimenté à l’eau salée. Dans ce lieu de villégiature, Théo fait des rencontres curieuses. L’arrivée d’Hélène, comme l’eau qu’on n’attend plus, fait basculer le fragile équilibre de sa vie. Puis les événements se précipitent. L’eau se brouille dans les verres. On aurait trouvé du mercure. Les poissons ont le dos blanc sur la rivière, derrière l’auberge. (…) Théo s’accommode mal de toute cette agitation (…) Un matin, Théo fait au fond du puits une étrange rencontre… »

 

Dans ses temps libres, en plus d’écrire de la poésie et de s’adonner à la photographie, Georges Beaulieu laisse son empreinte sur le web. Il a créé le site Juncti ad optima pour ses confrères du Séminaire de Rimouski, celui du Cercle des poètes de la Montérégie et celui de la Compagnie des philosophes. De plus, il a milité pour sauver le paysage québécois des attaques de l’industrie pétrolière en assumant la gestion du site Le souffle court

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# 995               4 octobre 2014

Faits remarquables : 1957-1958

6 septembre – Rentrée des élèves.

 

Le chanoine Antoine Gagnon est le nouveau supérieur du Séminaire tout en demeurant directeur de l’École technique. Il succède à Mgr Louis Martin qui occupait cette fonction depuis neuf ans.

 

L’abbé Pascal Parent, professeur de philosophie, est le nouveau directeur des élèves. Il succède à l’abbé Robert Michaud qui occupait cette fonction depuis trois ans. L’abbé Michaud est nommé professeur au Grand Séminaire.

 

Les externes bénéficient d’un nouvel horaire du dimanche. Ils ne sont plus obligés de se présenter à l'étude de 15 h 50.

 

Un élève se plaint (!) qu’il n’y a pas de réduction pour les étudiants à la procure des articles scolaires du Séminaire.

 

La classe de Belles-Lettres remporte les honneurs des Olympiades.

 

On introduit un nouveau sport qui combine le soccer, le football et le ballon-panier. Ce sport fut abandonné un peu plus tard étant jugé trop dangereux.

 

La classe de Belles-Lettres remporte les honneurs des Olympiades annuelles.

 

23 octobre – Lors de la fête du Supérieur, les élèves présentent un drame scout qui souligne le 25e anniversaire de fondation de la première troupe scoute à Rimouski par l’abbé André-Albert Dechamplain.

 

25 octobre – L’épidémie de grippe asiatique frappe les élèves du Séminaire. Comme le personnel est aussi atteint, des élèves volontaires aident au service des repas. Un congé forcé dans les familles est décrété par la direction. Certains élèves se réjouissent de l’arrivée de cette grippe.

 

4 novembre – La fête de la Saint-Charles est assombrie par l’absence des élèves. Le congé forcé n’est pas encore terminé.

 

Pour jouer dans la ligue intercollégiale de hockey, un philosophe doit avoir une moyenne scolaire de 60 %. Les élèves des autres classes doivent avoir 66,6 %.

 

La Vie écolière rend hommage à l’Orchestre St-Charles fondé en 1916 et à l’Harmonie Ste-Cécile fondée en 1874.

 

Lors de l’ouverture de la Semaine du bon langage, le Supérieur donne une conférence sur l’importance de bien parler français.

 

La Vie écolière donne des chiffres sur la fréquentation scolaire des jeunes ruraux de 15 à 19 ans. On y apprend que le Québec est au dernier rang des provinces canadiennes avec 22,4 % de fréquentation. La Colombie Britannique est au premier rang avec 50,2 %.

 

15 novembre – Représentation d’Andromaque de Racine par la troupe du théâtre universitaire avec Hélène Loiselle et Gilles Pelletier.

 

13 décembre – La période des examens commence. L’année scolaire est maintenant divisée en deux semestres.

 

19 décembre – Perpétuant une tradition établie depuis une dizaine d’années, les élèves de chacune des deux salles reçoivent leurs professeurs à la veille du congé des Fêtes. Les élèves présentent différents numéros sous le thème de l’aspect religieux de la fête de Noël.

 

15 au 20 janvier 1958 – Une avalanche de neige frappe la région. Une bordée de 21 pouces est répertoriée.

 

8 février – Conférence de M. André Rusdowski sur le cinéma.

 

La Vie écolière nous apprend qu’il en coûte un peu plus de 100 $ pour publier un de ses numéros. L’Amicale des Anciens du Séminaire vient à sa rescousse en occupant la moitié des pages de la revue.

 

Représentation du Fils du croisé, un spectacle de grande envergure qui a remporté un grand succès. La dernière fois, la pièce avait été présentée en 1943. Le feu de 1950 a détruit les costumes. Voici les acteurs de ce succès : Gilles Rousseau, Michel Bellavance, Gérard Lévesque, Horace-Albert Gagné et Damien Chouinard. L’abbé Jean-Yves Leblond était le responsable des décors. L’abbé Euclide Ouellet était le chef des chœurs. L’abbé Antoine Perreault était le chef d’orchestre. Le tout sous la réalisation de l’abbé Georges Beaulieu.

 

Une souscription en faveur des minorités françaises hors Québec rapporte 162,75 $. Le chanoine Alphonse Fortin donne une conférence sur la situation de ces minorités

 

9 avril – Le Supérieur annonce qu’un Pavillon sera construit à l’intention des élèves des deux Philosophies. Ce pavillon sera situé à l’ouest du Séminaire. Il comprendra des chambres pour les élèves, un gymnase, une bibliothèque, des classes et des laboratoires. À ce moment, on prévoyait qu’on érigerait les murs et qu’on ferait la finition intérieure dans les sections dont le besoin était le plus urgent. Le parachèvement devait se terminer au cours des années à venir avec l’aide des ouvriers de la maison. Cela se passa mieux que prévu. Le tout fut prêt en septembre 1959. Les services de l’architecte Albert Leclerc sont retenus moyennant des honoraires de 40 000 $ pour toute la durée des travaux.

 

10 avril – Mgr Charles-Eugène Parent approuve le projet.

 

22 avril – Les travaux de construction commencent sous la surveillance de Camille Rioux au salaire de 110 $ par semaine. Il est convenu par écrit que « les blasphémateurs ne devront pas être gardés sur les travaux »

 

23 avril – La ville de Rimouski émet le permis de construction. Les travaux, par leur bruit, perturbent les études des élèves de la Grande salle, autant en classe que dans la salle d’études.

 

Pour la première année, l’annuaire du Séminaire partage les huit années du cours classique en deux sections : le cours secondaire d’Éléments à Versification et le cours universitaire de Belles-Lettres à Philosophie 2e année.

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# 955               26 septembre 2014

Antoine Perrault (1902-1986)

Dans le cadre du 150e anniversaire du Séminaire de Rimouski, Paul-Émile Vignola a préparé un texte sur l’abbé Antoine Perrault. En juin dernier, une version abrégée fut présentée et mise en valeur par Richard Joubert qui a fait carrière comme annonceur à Radio-Canada. Je vous présente la version plus détaillée.

 

« Dans la geste du Séminaire, les acteurs prennent souvent la stature de personnages de légende. Ainsi en fut-il de l'abbé Antoine Perrault que les étudiants appelaient "le Père Perrault". Énorme au plan physique, il évoquait la figure de Pantagruel, mais il avait la sensibilité d'un enfançon. Être de passion, il ne faisait jamais les choses à moitié. Doué d'une intelligence hors du commun, il possédait un dossier académique impressionnant : licence en philosophie, doctorat en théologie et brevet d'enseignement en chant grégorien de l'Université Laval.

 

Agréable à vivre pour ses confrères au Séminaire, M. Perrault pouvait se montrer espiègle, boute-en-train, ouvert à l'autre et capable d'autodérision. Il se présentait en classe comme un enseignant hors du commun. Si au début de sa carrière au Séminaire, on l'affecta à la philosophie, à l'instruction religieuse et au chant, il s'est surtout illustré comme professeur de grec en versification, belles-lettres et rhétorique. Doué d'une vive mémoire, il avait appris par cœur de longs extraits des œuvres que l'on traduisait  en classe, notamment l'Anabase de Xénophon. Il déclamait ces textes avec le feu et le sens du rythme d'un musicien ou de l'orateur, mettant en évidence le balancement des phrases par les particules "men" ... "dé".

 

On raconte qu'ayant accompagné un jour un groupe d'élèves du Séminaire dans un voyage au Mexique, il déclamait de sa voix de Stentor une de ces pages dans la cour d'un collège. Les jeunes mexicains, intrigués, se demandaient bien ce qu'il disait ; ayant capté leur attention, il leur expliqua ensuite en espagnol de quelle langue il s'agissait, leur présenta l'ouvrage cité et de quoi il y était question. Ses élèves, connaissant sa passion pour la musique, prenaient plaisir, quand il y avait concert en soirée, à l'interroger sur l'artiste ou sur les œuvres au programme. Il en oubliait les règles de grammaire grecque ou la page à traduire pour leur partager sa large culture musicale.

 

 Suite à des problèmes d'ordre psychologique, il avait été dispensé de la célébration de la messe. Mais tout comme Vivaldi, le prêtre roux, on le retrouvait au jubé de la cathédrale où il dirigea la chorale de 1930 à 1968. Il y assumait le chant sur semaine tandis que le chanoine Fortin, le nez chaussé d'un lorgnon et bec pincé, touchait les grandes orgues. Cet homme distingué revêtu du lustre d'un séjour d'études à Paris avec Mgr Georges Dionne, était un musicien plutôt apollonien alors que le Père Perrault présentait un profil dionysiaque. Mais en ce lieu saint régnait entre eux l'harmonie pour la plus grande gloire de Dieu.   

 

Les légendes qui circulaient au Séminaire attribuaient au Père Perrault un goût et un intérêt marqués pour les langues. Il connaissait bien l'anglais, sa famille ayant vécu de 1907 à 1910 à Fall River aux États Unis. Il aurait ainsi tâté du grec moderne, de l'allemand, de l'espagnol et du russe. Lors d'un voyage à Montréal, il aurait rencontré aux environs du port des marins de là-bas et il s'était fait comprendre d'eux, ce qui lui avait fait éprouver une euphorie assez rare.

 

Membre cofondateur de la Société des concerts du Bas-Saint-Laurent, qui ouvrit nos jeunes esprits à la grande musique, il était allé à New York peut-être pour y rencontrer des artistes ou en vue de planifier le programme des saisons à venir. À son retour de "la grosse pomme", il avait arpenté la rue Ste-Catherine vers les 6 ou 7 heures du matin, respiré l'air frais et entendu des chants d'oiseaux : "Bithême ! avait-il réagi, je me croyais à Saint-Cléophas." 

 

Il enseignait aussi le violon, un instrument dont il avait acquis la maîtrise au Séminaire. Son enseignement s'adressait d'abord aux étudiants de la maison, mais il allait aussi partager son art chez les religieuses du St-Rosaire où il avait une sœur, Victoire, musicienne de qualité. Membre d'une communauté enseignante, Sœur Victoire a formé à la musique bon nombre de ses consœurs, mais aussi des jeunes qui lui étaient confiés. La famille rosariste lui doit une Supplique pour la glorification de Mère Marie-Élisabeth, la fondatrice de cette congrégation. Mais alors que saint Benoît parlait de spiritualité avec Scolastique, sa sœur moniale, les entretiens de Victoire et Antoine portaient plutôt sur la musique.

 

Musicien dans l'âme, M. Perrault disposait sans doute de l'oreille absolue et d'un sens musical exceptionnel. Évoquons en preuve un fait rapporté par Jean-Guy Nadeau : Gilles Vigneault commençait à se produire en concert, au début des années 1960, et il était venu chanter à Rimouski dans son Alma Mater. En fin de soirée, les confrères se retrouvent chez Jean-Guy avec Georges Beaulieu, Antoine Perrault et le pianiste accompagnateur de Vigneault, Gaston Rochon. Celui-ci demande à tout hasard : « Cela vous a plu ? » M. Perrault répond: « Oui, mais il y a un passage qui accroche dans Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver. » « Vous vous en êtes rendu compte ! admet le pianiste. » « Allons donc chez moi, continue l'abbé Antoine. » Assis devant son piano, il plaque d'abord un accord, joue l'air du refrain, puis, d'une main de maître, réussit le passage au couplet, écrit dans une autre gamme. M. Rochon en resta tout ébahi : un professionnel se faire corriger par un enseignant de collège !

 

 Le Père Perrault tenait à offrir une prestation de qualité à l'auditoire rassemblé dans la salle académique, soit de présenter une interprétation des œuvres au programme, non une simple exécution, ce qui peut s'entendre d'une mise à mort. Or l'interprétation d'une pièce, que ce soit par un artiste ou un ensemble, sera toujours unique. Il s'agit de redonner vie à ce qu'un auteur a produit et confié à la postérité qui l'oubliera ou le mettra en valeur. Ainsi un artiste ou un orchestre pourra enregistrer une même œuvre deux ou trois fois dans sa vie et chaque fois la critique va relever de l'originalité, des faiblesses ou des trouvailles.

 

Directeur de l'orchestre St-Charles de 1940 à 1965, M. Perrault aura couvert un vaste répertoire : signalons les opéras Joseph de Méhul et Le fils du croisé de Planchet, la symphonie no 100, dite Militaire, de Joseph Haydn, la Cantate du Séminaire, œuvre de l'abbé Alphonse Fortin dont il avait réalisé l'harmonisation en une seule nuit. On se souvient aussi de Pump and Circumstance ou Dans le jardin d'un monastère. Rendre ces œuvres devant Mgr le supérieur, son conseil et la communauté du Séminaire s'apparentait à un accouchement. Il s'agissait de donner vie à un chef-d'œuvre dont il connaissait les richesses et les difficultés mais avec des musiciens dont la virtuosité laissait à désirer et la justesse demeurait souvent approximative ... Chaque fois, il se devait de relever un défi, de réaliser un tour de force. Comment s'étonner alors qu'il sortait en nage de ces prestations ? Les commentaires des confrères lors des prochains repas lui laisseront peut-être entendre si les applaudissements avaient souligné la qualité de la musique entendue ou la satisfaction que ce soit enfin terminé ... On n'a pas idée de la patience et de l'acharnement à la tâche que des hommes comme lui ont déployés pour faire des potaches qui entraient chaque année au Séminaire des hommes de valeur qui tiendraient un rôle important dans la société dans laquelle ils prendraient ensuite leur place.

 

          M. Perrault eut une fin un peu triste. Retraité en 1968, il demeura au Petit Séminaire et, en 1970, passa avec ses confrères âgés à la Résidence Lionel-Roy. De 1972 à 1986, année de son décès, il fut confié aux soins de l'hôpital de Mont-Joli où il fêta en 1977 son jubilé d'or sacerdotal. Les mains de ce colosse, déformées par l'arthrite, faisaient peine à voir, mais sa mémoire restait vive et son imagination féconde : à preuve, quand on le soumit à un test Rorschach en 1975, on dût l'arrêter car les images qu'il percevait fusaient sans arrêt comme l'eau d'un geyser. En 1979, il acceptait que son nom désigne un nouveau groupe musical, l'ensemble Antoine-Perrault. Rimouski s'en orgueillit et la mémoire d'un grand homme est conservée. » (Fin du texte cité) 

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# 905               16 septembre 2014

Raisons d’être d’un Séminaire

Le premier Séminaire en Nouvelle-France fut le Séminaire de Québec. Il fut fondé en 1663 par Mgr François de Montmorency-Laval qui était alors vicaire apostolique pour toute la Nouvelle-France. Le vicariat comprenait certains territoires américains et canadiens actuels qui avaient été découverts et étaient occupés par des Français. Au départ, le Séminaire était une communauté de prêtres diocésains à qui Mgr de Laval avait confié la tâche de recruter de nouvelles vocations pour le service des paroisses.

 

C’est en 1668 que le Petit Séminaire de Québec fut fondé avec le mandat de former de futurs prêtres. Après cette date, d’autres Séminaires ont vu le jour dans les principales villes du Québec. À partir des années 1960, la plupart ont disparu pour laisser la place aux polyvalentes et aux cegeps.

 

Voici un texte qui précise le but et les moyens que se proposait le Séminaire de Rimouski à la fin des années 1950 :

 

« But du Séminaire

Le Séminaire de Rimouski a été érigé canoniquement pour assurer la formation de futurs prêtres pour le diocèse de Rimouski et de missionnaires pour l’Église universelle.

 

C’est son but premier conformément au canon 1352. Selon une tradition plusieurs fois séculaire de l’Église qui s’occupe de l’éducation des enfants qu’on lui confie et pour répondre aussi à un réel besoin, on y admet également ceux qui désirent faire des études classiques et choisir une carrière libérale.

 

Ces deux fins ne sont pas d’égale importance ; la seconde est subordonnée à la première, de telle sorte que l’on devra toujours se référer à cette norme pour juger les cas d’admission et de renvoi.

 

Pour les jeunes qui s’y présentent, le Séminaire envisage donc une formation vertueuse qui peut se résumer dans l’épanouissement de toute leur personnalité aux points de vue religieux, intellectuel, moral et physique.

 

Moyens

Les moyens reconnus pour assurer cette formation sont, d’une part, les humanités gréco-latines complétées par les sciences et la philosophie et, d’autre part, un règlement de vie commune, tout ordonné à la formation religieuse, morale et physique.

 

Ces moyens traditionnels sont aujourd’hui l’objet de sévères critiques de la part de spécialistes des sciences pédagogiques qui les considèrent comme désuets. Cependant, avec Pie XII, dans son allocution du 20 avril 1956, nous croyons que « les critiques, même si elles s’appuient sur tel ou tel défaut manifeste, ne constituent pas un motif suffisant pour une condamnation générale de l’éducation des collèges en elle-même. » (Fin du texte cité)

 

D’après le dernier paragraphe, on voit que la formation intellectuelle donnée dans les Séminaires commençait à être critiquée.  En particulier, les humanités gréco-latines sont visées. Dans ce contexte, en octobre 1956, Maurice Lebel, professeur de Lettres à l’université Laval, était venu donner une conférence au Séminaire où il exprimait sa crainte  de la disparition de la formation par les humanités gréco-latines.

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# 868               8 septembre 2014

Faits remarquables : 1956-1957

5 septembre 1956 – Rentrée des élèves au Séminaire.

 

9 au 12 septembre – Retraite pour les élèves.

 

17 octobre – Journée de congé pour souligner la fête du Supérieur, Mgr Louis Martin.

 

17 et 20 octobre – Présentation de séances d’études cinématographiques par la Société Rex Film.

 

Conférences de Maurice Lebel, professeur de Lettres à l’université Laval sur l’étude du grec.

 

5 novembre – Conférence de Gustave Thibon sur l’amour.

 

25 novembre – Le pianiste québécois Pierre Brabant présente un concert dans le cadre des réjouissances de la Sainte-Catherine.

 

La ligue majeure de hockey est formée de deux clubs du Séminaire, un de l’école de Marine et un de l’école Technique.

 

La Vie écolière rapporte que plusieurs prêtres du Séminaire sont revenus bredouilles de leur excursion de chasse.

 

La Petite salle a son Cercle Lacordaire qui compte 150 membres, soit plus de la moitié des élèves.

 

11 janvier 1957 – La chorale de Bathurst, les Gamins de la Gamme, donne un concert au Séminaire.

 

La Vie écolière publie la photo des membres de l’orchestre du Séminaire pour l’année 1925-1926. On y voit les membres du temps, notamment Mgr Louis Lévesque, évêque de Hearst, le chanoine Zénon Soucy, curé du Bic, l’abbé Philippe-Auguste Lavoie, directeur de l’orchestre,  l’abbé Adrien Page, directeur de l’école de Commerce et l’abbé Léopold Côté, principal de l’école Normale de Mont-Joli.

 

Un nouveau cercle est fondé : la Société du Bon Langage (SBL) où on préconise le bon parler français.

 

27 au 30 janvier – Les élèves de Rhétorique et des deux Philosophies participent à leur Retraite de vocations.

 

7 février – Réception officielle du chanoine Gérard Couturier qui deviendra évêque du diocèse du Golfe Saint-Laurent.

 

9 février – Concert de la Chorale de l’université Laval à la Cathédrale de Rimouski. Les élèves de la Grande salle y sont invités.

 

20 février – Consécration de l’autel majeur à la chapelle. Cet autel en marbre d’Italie est un don de Wilfrid Ouellet.

 

28 février – À la Cathédrale de Rimouski, sacre du chanoine Gérard Couturier comme évêque. Un congé est accordé avec sorties volontaires en ville.

 

Un tournoi de Charlemagne est organisé à la Grande salle.

 

Les élèves peuvent pratiquer la gymnastique au Centre des loisirs de Rimouski les mercredis et vendredis après-midis.

 

La Vie écolière nous apprend que le Séminaire a accueilli cette année 593 élèves dont 445 pensionnaires. Le corps professoral est composé de 53 prêtres et de 7 laïcs. L’entretien est assuré par 112 personnes, dont 26 religieuses, 58 servantes et 11 serviteurs qui pensionnent au Séminaire. Un emploi de sténodactylo voit le jour.

 

23 mai – Lors de la fête de l’Archevêque, dans son allocution, Mgr Charles-Eugène Parent s’inquiète des dérives de la jeunesse.

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# 840               1 septembre 2014

Machines à boules

J’avais 13 ans. Je venais de passer mon dernier examen de Syntaxe au Séminaire de Rimouski. C’était la journée de la sortie pour les vacances d’été. En attendant mes parents qui étaient censés venir me chercher, j’eus l’idée d’aller faire un tour au restaurant Buffet Éclair sur la rue de la Cathédrale à deux pas du collège. J’avais entendu dire qu’il y avait là des machines à boules. Je n’en avais jamais vues. La télévision n’existait pas encore et les manuels scolaires n’auraient pas osé montrer ces objets de perdition (!). J’allais donc là par curiosité.

 

J’entrai dans le restaurant. Il y avait un comptoir et quelques tables. Je me dirigeai vers les machines à boules. Sur l’une d’elles, un élève d’Éléments s’en donnait à cœur joie. J’étais mystifié par le déplacement rapide des boules et les différents chemins qu’elles prenaient. Au bout de quelques minutes, une dame est entrée. Elle s’est dirigée vers la machine. Elle a pris son fils par le bras et lui a dit d’un ton fort et sévère : « Viens-t-en. Tu n’as pas d’affaires ici. ». Le fils était gêné et n’eut pas d’autre choix que de suivre sa mère.

 

Cela a fait tomber mon plaisir. Je n’avais pas aimé l’attitude de la mère. J’ai quitté le restaurant. Sur le chemin du retour, je me demandais comment mes parents auraient réagi dans une telle situation.

 

Ma mère seule. Elle m’aurait regardé et elle aurait fait un  signe de la tête. J’aurais compris que je devais abandonner là mon plaisir. Rendue à l’extérieur, elle m’aurait sermonné en me disant que je ne devais pas fréquenter ces endroits qui ne servaient qu’à gaspiller son argent.

 

Mon père seul. Il m’aurait regardé sans faire un geste et sans dire un mot. Il aurait quitté le restaurant. J’aurais compris qu’il fallait que je le suive. Sur le chemin du retour, j’aurais marché derrière lui. Par la suite, il ne m’aurait rien dit.

 

Laquelle de ces deux attitudes est la meilleure ? Je vous laisse ce problème.

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# 824               28 août 2014

Démonstration inusitée

Nous sommes en 1957 au Séminaire de Rimouski. Après les cours de l’après-midi, quelle surprise de voir un homme en habit et cravate dans la salle de récréations des Grands. Devant lui, sur une table, trône une machine. Nous faisons cercle autour de lui. L’homme nous dit qu’il fait une démonstration. Je connaissais les démonstrations en mathématiques, mais une opération de ce genre est une nouveauté pour moi. C’est la première fois que j’assisterai à une démonstration de biens de consommation : ce qui était inusité à l’époque.

 

L’homme mettait des poignées de blé dans la machine et il en ressortait des filaments, ce qu’on appelle en anglais shredded wheat. Je ne me souviens pas pour quelle compagnie l’homme faisait ces représentations. Était-ce Quaker, Kellogg’s, Post ou une autre ?  Les deux premières compagnies existaient depuis une cinquantaine d’années. La troisième Post, une compagnie ontarienne, était en opérations depuis près de 20 ans.

 

À mesure que le produit fini sortait de la machine, l’homme nous invitait à une dégustation. Il produisait ce que j’appelle des paillassons, des morceaux fortement tissés de filaments parallèles et mesurant environ cinq centimètres de largeur et huit centimètres de longueur. Ce produit est encore aujourd’hui sur le marché et est conçu pour le déjeuner. L’homme prenait soin de nous rappeler la haute teneur en fibres de cet aliment et surtout le fait qu’il était constitué de blé pur.

 

En mon for intérieur, je me demandais ce qui avait poussé la compagnie à faire une telle démonstration et pourquoi les autorités du Séminaire avaient accepté un pacte avec le diable parce que cela allait totalement à l’encontre des valeurs de l’institution. La consommation de biens ou d’aliments ne devaient pas être dictée par ceux qui en profitaient. Les relations avec l’extérieur étaient préconisées en fonction de leur valeur morale et non économique.

 

Mon premier réflexe a été de penser que le Séminaire avait obtenu un rabais sur les achats faits à cette compagnie parce que cet aliment nous était servi de temps à autre lors de déjeuners. Puis, je me suis interrogé sur les avantages que cette compagnie avait de procéder à une telle opération devant des jeunes de 15 ou 16 ans qui n’avaient aucun pouvoir d’achat. J’ai finalement pensé qu’il s’agissait d’une publicité à long terme. Sur ce point, la compagnie a gagné son pari parce que l’opération m’a suffisamment marqué pour que j’en aie gardé le souvenir et que j’en parle aujourd’hui. Par ailleurs, ne comptez pas sur moi pour consommer ce produit, je ne l’ai jamais aimé.  

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# 800               22 août 2014

Faits remarquables : 1955-1956

7 septembre 1955 – Rentrée des élèves. Tous les élèves de Méthode sont à la Grande salle. Les philosophes font leur étude dans leur classe. Un local de classe de la Petite salle est réservé pour les élèves de Méthode C. Les plus jeunes rejoignent un dortoir de la Petite salle. Les élèves de Syntaxe sont les doyens de la Petite salle.

 

12 septembre  – Retraite des élèves sous le thème : Savoir accepter.

 

6 octobre – Tenue des Olympiades 1955.

 

Les Petits chanteurs à la Croix de bois donnent un concert au Séminaire.

 

La Vie écolière présente une photo des 23 nouveaux ordonnés prêtres l’année précédente.

 

La salle des récréations des Grands s’est enrichie de deux nouvelles tables de billard.

 

20 octobre – Congé du Supérieur où les élèves les plus proches peuvent aller dans leur famille.

 

2 novembre – Sous les auspices du Cercle Mgr-Courchesne, le chanoine Antoine Gagnon donne une conférence sous le thème : Patriotisme et économie sociale.

 

4 novembre – Fête des Anciens. Ceux-ci organisent une collecte qui rapporte 80 $ pour l’achat de la tire.

 

13 novembre – Bénédiction du carillon de cloches, don de Roméo Crevier.

 

2 février – Le secrétaire-fondateur du comité de Moralité publique de Montréal, J.-Z.- Léon Patenaude, donne deux causeries sur la tempérance.

 

Les Finissants décident de ne pas publier la revue traditionnelle, souvenir leurs huit années passées au Séminaire. Ils remettent les montants recueillis au Prêt d’honneur : 380 $ provenant des annonceurs et 624 $ de particuliers.

 

L’orchestre Saint-Charles fête le 40e anniversaire de sa fondation. L’abbé Antoine Perreault en est le directeur depuis 16 ans. Le corps musical est composé de 36 membres, dont près de la moitié font aussi partie de l’Harmonie Sainte-Cécile.

 

Le parloir est converti temporairement en galerie de peintures qui sont des œuvres d’élèves de l’institution.

 

La Vie écolière nous apprend que le Séminaire a accueilli cette année 549 élèves dont 439 pensionnaires. Le corps professoral est composé de 51 prêtres et de 7 laïcs. L’entretien est assuré par 105 personnes, dont 27 religieuses, 52 servantes et 11 serviteurs qui pensionnent au Séminaire.

 

25 avril – Visite de Jean Drapeau, qui a été élu maire de Montréal l’année précédente en faisant campagne sur la base d'une épuration de l'administration municipale. Il a donné une conférence à la salle d’études des Grands sur le rôle de la jeunesse canadienne. Il a été reçu en grandes pompes par les autorités du Séminaire.

 

30 avril – Causerie donnée par le sénateur Cyrille Vaillancourt sur le rôle des Caisses populaires dont il était un ardent défenseur. Il était considéré comme le successeur d’Alphonse Desjardins.

 

7 mai – La Chorale du Séminaire, sous la direction de l’abbé Paul Desjardins, présentent deux pièces de son répertoire à CJBR-TV : Ô Vierge très belle et Je crois en toi, mon Dieu.

 

9 mai – Raymond Fafard, annonceur à CJBR-TV, donne une causerie sur les poètes de chaque époque.

 

30 mai – La fanfare du Séminaire donne un concert à Trois-Pistoles.

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# 776               16 août 2014

Gilles Roy (1928-2012)

Gilles Roy est né à Saint-Arsène en 1928. Il a fait ses études au Séminaire de Rimouski. Il a terminé son cours classique en 1950, soit le 6 mai à cause du feu de Rimouski.

 

J’ai connu l’abbé Roy au Séminaire de Rimouski quand j’étais en Syntaxe. C’était en septembre 1954. Il venait d’être ordonné prêtre. Il avait été assigné, en compagnie de l’abbé Nive Voisine, comme maître de salles chez les Petits. En même temps, il enseignait le grec et le catéchisme en Syntaxe.

 

Son passage fut de courte durée au Séminaire. Comme certains de ses confrères, il eut droit à un congé d’études. Il revint à Rimouski avec un baccalauréat en sciences agricoles. Il enseigna l’arithmétique et la botanique à l’école d’Agriculture.

 

En 1960, nous étions un petit groupe de confrères qui discutaient comment se faisait la fécondation des œufs chez la poule, ce prêtre-agronome est apparu dans l’avenue du Séminaire. Il passait tout près de notre groupe. Nous l’avons interpellé. Il nous a expliqué en détails le processus naturel de fécondation.

 

À la fin des années 1960, j’ai collaboré avec Gilles Roy au Centre Saint-Germain alors qu’il était rédacteur en chef de la revue.

 

Alors que plusieurs de ses prédécesseurs prêtres avaient contribué largement dans le passé à la colonisation de paroisse, Gilles Roy s’est impliqué pour le maintien de la ruralité au début des années 1970. Comme le gouvernement du Québec avait décidé de fermer certaines paroisses en Gaspésie, il épaula son confrère de classe, l’abbé Charles-Borromée Banville, à mettre sur pied un vaste mouvement de contestations appelé Opération Dignité I. Selon eux, il ne fallait pas fermer les paroisses mais plutôt les aider par des mesures gouvernementales de façon à occuper le territoire.

 

Le 15 août 1971, l’agronome Roy lança Opération Dignité II à Esprit-Saint. On raconte que plus de 2000 personnes provenant des municipalités environnantes se sont présenté. Un fait inusité se produisit. L’église de l’endroit était tellement pleine que le plancher s’est affaissé de trois pouces. Heureusement, des paroissiens se sont précipités au sous-sol pour installer des poutres.

 

Gilles Roy fut aussi président de l’Opération Dignité III aux Méchins. Les mouvements de contestations portèrent fruit. Le gouvernement changea de stratégie en substituant un programme de revitalisation agricole et forestière à la fermeture forcée de villages.

 

Gilles Roy fut membre fondateur de la Coalition Urgence Rurale et directeur général du Conseil régional de développement de l’Est du Québec durant cinq ans. Il a ensuite contribué à la création des coopératives agricoles et forestières au Témiscouata.

 

Au cours des années, l’agronome Roy a été honoré pour son implication dans le milieu rural. En 1993, il a été nommé Commandeur de l’Ordre du Mérite Agronomique. En 2008, il a reçu la médaille de l’Assemblée nationale, en 2012 la Médaille de l’UQAR, le titre de Patriote de l’année et le Grand Prix de la ruralité de l’Assemblée nationale, ce dernier à titre posthume.

 

Il a publié son autobiographie « Au nom de la dignité, parcours d’un théologien agronome et animateur rural » aux éditions du GRIDEQ en 2012.

 

Il est décédé le 3 octobre 2012 à Rimouski à l’âge de 84 ans. Un prix Gilles-Roy a été créé pour perpétuer sa mémoire et sa contribution à la défense de la ruralité. Il aura été un ardent défenseur du milieu rural.

 

Mes confrères du Séminaire de Rimouski se souviennent sans doute de Jacques Roy, le jeune frère de Gilles, qui a débuté son cours classique avec nous.

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# 744               8 août 2014

Faits remarquables : 1954-1955

8 septembre 1954 – Rentrée au Séminaire de Rimouski. Un nouveau directeur des élèves : l’abbé Robert Michaud remplace l’abbé Gérard Cayouette qui a assumé le directorat pendant les six dernières années.

 

La première activité de l’année est une retraite de trois jours.

 

Le directeur des élèves annonce que les élèves pourront accéder au gymnase et autres locaux du Centre des Loisirs de Rimouski.

 

6 octobre – Représentation d’une pièce de théâtre Le chemin de croix d’Henri Ghéon par la troupe du Père Émile Legault.

 

Un extrait de la Vie écolière : Un philosophe expérimenté donnait à un élémentaire ce conseil de stratégie : « Souviens-toi qu’un maître qu’on ne voit pas est toujours plus dangereux que celui qu’on voit. »

 

La Vie écolière souligne le 50e anniversaire de l’arrivée des Petites Sœurs de la Saint-Famille qui sont responsables de la cafétéria et de la buanderie.

 

17 novembre – L’abbé Georges Beaulieu donne une conférence sur les chants folkloriques au cercle Mgr Courchesne.

 

25 novembre – Les élèves de la Philosophie 1ère année, en fêtant la Sainte-Catherine, renoncent à une tradition qui consistait à distribuer des papillotes (bonbons de tire enveloppés dans un papier) aux autres élèves. Ils arguent qu’il en coûterait 108 $ pour 400 livres de ces friandises, soit 3,60 $ par philosophe.

 

Décembre – La ligue inter-collégiale de hockey est constituée de quatre équipes : deux du Séminaire, une de l’École de Commerce et une autre de l’École de Marine. Les élèves de la Petite Salle ont le droit d’aller voir les parties au Colisée de Rimouski.

 

Janvier 1955 – Un téléviseur est installé dans la salle de lecture des Grands.

 

5 février – Pour la deuxième année, les étudiants de l’université Laval, anciens du Séminaire, sont reçus à leur Alma Mater.

 

Le mercredi et le samedi après-midi, les élèves de la Petite Salle ont la possibilité de jouer aux quilles sur les deux allées de la Grande Salle.

 

L’Octuor du Séminaire est invité à chanter pour l’ouverture officielle du canal 3, le nouveau poste de télévision de Rimouski.

 

7 mars - Pour fêter la Saint-Thomas d’Aquin, les élèves de la Grande Salle font une excursion dans le froid et dans le vent à Sacré-Cœur.

 

Des jeux de hockey sur table sont installés à la Petite et à la Grande Salle.

 

Les élèves de la Petite Salle s’adonnent au ballon-panier et au cheval-allemand au Centre de Loisirs de Rimouski.

 

La Vie écolière rapporte que le coût de la nourriture pour une année est de 141 850 $. Cela veut dire qu’il en coûte environ 126 $ par année pour nourrir une personne.

 

3 avril – Spectacle donné par la fanfare du Séminaire et par l’Octuor à l’École Technique.

 

5 mai – Grande finale du concours oratoire organisé par l’Académie Saint-Jean-l’Évangéliste.

 

Lors de la prise de rubans, 13 Finissants sur 33 choisissent le sacerdoce, dont quatre pour les Missions étrangères.

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# 729               3 août 2014

Prix du Prince-de-Galles
Le 22 août 1860, le Prince de Galles de l’époque, le futur Édouard VII, visite l’Université Laval et donne 800 $ pour être distribués en prix aux élèves de cette institution. L’Université confie cette somme aux autorités du Séminaire de Québec pour fonder un prix annuel qui portera le nom de Prix du Prince-de-Galles. Ce prix est attribué à l’élève de Rhétorique ou de Philosophie deuxième année qui a obtenu la plus haute moyenne lors des épreuves de fin d’année dans les collèges classiques affiliés à l’Université Laval.

Le premier récipiendaire de ce prix est Louis-Nazaire Bégin en 1862, élève au Séminaire de Québec. Ce dernier deviendra archevêque de Québec. Dans Lionel Groulx et l’appel de la race, Pierre Hébert raconte, à mon grand étonnement, qu’en 1897 la dissertation menant à ce prix consistait à rédiger un texte qui humiliait le nom français et combattait le papisme. Ce qui choqua le jeune Lionel Groulx qui était alors en Rhétorique.

 

Au cours de son histoire, 10 élèves du Séminaire de Rimouski ont obtenu ce prix. Voici ces noms :

Louis-Philippe Pinault, avocat, 1875 en Philo II

Philippe-Antoine Bérubé, prêtre, 1879 en Philo II

Ovide Côté,  prêtre rédemptoriste, 1881 en Philo II

Ernest Lapointe, avocat, 1893 en Rhétorique

Joseph-Léonidas Cloutier, avocat, 1924 en Rhétorique

Gérard Filion, journaliste, 1931 en Philo II

Jacques Ringuet, médecin, 1932 en Philo II

Richard Joly, conseiller en orientation, 1939 en Rhétorique

Jean-Yves Thériault, professeur, 1960 en Philo II

Paul-Émile Vignola, prêtre, 1961 en Philo II

Les trois premiers prix furent décernés alors que le chanoine Ferdinand-Elzéar Couture était professeur de Philosophie au Séminaire de Rimouski. Dans La Maison du Père de l’abbé A.-Cléophas Morin, on peut lire : « Son enseignement fut couronné de succès puisqu’il obtint en Philosophie trois fois le prix du Prince de Galles, en 1875, 1879 et 1881. » 

 

En deux fois, le prix fut obtenu au cours de deux années consécutives : 1931 et 1932, puis 1960 et 1961. La promotion 1961, dont je suis, était fier d’avoir parmi eux un confrère qui avait atteint ce sommet.

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# 711               28 juillet 2014

La composition française

Au Séminaire de Rimouski, pendant les six premières années, on nous donnait une composition française à faire pendant la fin de semaine. Dans les dernières années, on appelait cela une dissertation parce qu’il fallait alors argumenter.

 

Ce travail était noté sur 30. Une note 24 soulignait un travail exceptionnel. Quand cette note dépassait 24, c’était considéré presque comme un chef d’œuvre. Personnellement, ma note se situait autour de 21.

 

En Versification, un jour, l’abbé Bernard Lebel nous avait proposé d’écrire un texte en s’inspirant d’un conte d’Alphonse Daudet. J’avais mal compris le sens de cette tâche et j’ai eu une note de 12 sur 30. Le professeur m’avait indiqué que j’étais passé à côté du sujet. J’étais catastrophé et même choqué.

 

Le vendredi suivant, l’abbé Lebel nous a montré une image d’un jeune en larmes qui avait perdu un doigt et qui regardait son violon avec amertume. Je me suis mis au travail. J’ai concocté une histoire pour expliquer la situation du jeune. Me souvenant de ma dernière note, je l’ai écrit d’un trait et sans effort. Il est clair que l’émotion ressortait tout au long du récit. L’abbé Lebel a cité en exemple mon travail et m’a gratifié d’une note de 24.

 

En Rhétorique, ma note oscillait autour de 18,9. Pendant cette année, j’ai vraiment désappris à écrire. Pour chaque paragraphe, on devait faire une introduction, un développement et une conclusion. Mon texte me revenait avec de nombreuses corrections, des ratures et des suggestions. Une rumeur circulait à l’effet que la note de la première dissertation avait de bonnes chances de se reproduire toute l’année.

 

Quand j’ai enseigné plus tard au Séminaire, un professeur de Belles-Lettres avait la manie de faire des remarques tout au long des textes de ses élèves. Il passait des heures à corriger leur composition. Un jour, il est arrivé à la salle des professeurs presqu’en larmes. Un de ses élèves avait regardé sa note. Il avait, sans autre coup d’œil, déchiré sa copie et l’avait jetée dans la poubelle de la classe.

 

Personnellement, je pense que trop de corrections amènent l’élève à penser qu’il n’est pas habile à écrire. Il est indéniable que chacun a son style et que tout professeur de français devrait le respecter. 

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# 687               20 juillet 2014

Mes résultats scolaires

Au Séminaire de Rimouski, je n’étais pas un élève modèle. Je préférais parfois composer des mots croisés, lire des contes et des légendes de différents pays ou d’écrire des textes d’inspiration diverse comme des poèmes ou des sketches. Il faut dire aussi, qu’ayant fréquenté une école de rang et étant seul dans mon degré pendant quatre ans, je n’avais pas la préparation suffisante pour entreprendre des études classiques. Toutefois, mes résultats scolaires se sont grandement améliorés avec les années.

 

En Éléments C (Sec. I), je suis arrivé le 24e d’une classe de 39 élèves. Les trois premiers dans l’ordre ont été Charles-Henri Desrosiers, Jérôme Gendron et Paul Bérubé.

 

En Syntaxe B (Sec. II), je suis arrivé le 15e d’une classe de 35 élèves. Les trois premiers ont été Damien Chouinard, Charles-Henri Desrosiers et André-Aimé Boucher.

 

En Méthode C (Sec. III), je suis arrivé le 22e d’une classe de 30 élèves. Les trois premiers ont été Charles-Henri Desrosiers, Jérôme Gendron et Paul-Émile Vignola. J’ai eu le premier prix de mathématiques. Il faut dire que, cette année-là, je n’aimais pas du tout le professeur qui enseignait le français, le latin, l’histoire et la géographie.

 

En Versification B (Sec. IV), je suis arrivé le 14e d’une classe de 37 élèves. Les trois premiers ont été Jérôme Gendron, Paul-Émile Vignola et Charles-Henri Desrosiers. En fin d’année, dans les examens universitaires, j’ai eu dans 70 %.

 

En Belles-Lettres A (Sec. V), je suis arrivé le 16e d’une classe de 34 élèves. Les trois premiers ont été Jérôme Gendron, Raymond Levasseur et Charles-Henri Desrosiers. J’ai eu le premier prix de mathématiques et le deuxième accessit de littérature française.

 

En Rhétorique A (Collégial I), je suis arrivé le 16e d’une classe de 32 élèves. Les trois premiers ont été Jérôme Gendron, Paul-Émile Vignola et Charles-Henri Desrosiers. J’ai eu le deuxième prix de mathématiques. En fin d’année, dans les examens universitaires, j’ai eu dans 70 %.

 

En Philosophie 1e année B (Collégial II), je suis arrivé le 4e d’une classe de 34 élèves. Les trois premiers ont été Jérôme Gendron, Jean-Ernest Gagné et Lévis Belzile. J’ai eu le deuxième accessit d’excellence et de mathématiques.

 

En Philosophie 2e année (Collégial III), je suis arrivé le 22e d’une classe de 61 élèves. Les trois premiers ont été Jérôme Gendron, Paul-Émile Vignola et Raynald Pineault. En fin d’année, dans les examens universitaires, j’ai eu dans 80 %. J’ai donc obtenu mon baccalauréat-ès-arts de l’université Laval avec grande distinction (magna cum laude).

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# 672               15 juillet 2014

Faits remarquables : 1953-1954

8 septembre 1953 – Rentrée au Séminaire de Rimouski. L’année scolaire commence avec des nouveautés. Le congé du jeudi est maintenant le mercredi. Le congé du samedi après-midi est prolongé jusqu’à 16 heurs. Il y a deux cours seulement l’avant-midi au lieu de trois. Le pique-nique annuel d’une journée pour tous est remplacé par deux congés spéciaux : l’un à l’automne pour les olympiades et l’autre au printemps pour des pique-niques de classe.

La première activité de l’année est une retraite de trois jours.

 

À la Grande salle, six nouveaux filets de ballon-volant sont installés.

 

Un groupe d’élèves est invité à aller cueillir du blé d’inde sur la terre du Séminaire. Comme récompense, on leur fait visiter le bœuf de l’étable de l’École d’Agriculture.

 

Le cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, visite le Séminaire. Il est reçu en grandes pompes. Ses habits cardinalices sont impressionnants. Il donne deux causeries et un congé de classe.

 

Octobre 1953 - Un concours est ouvert pour composer un chant propre au Séminaire. L’auteur du meilleur texte se verra attribuer 15 $.

La Vie écolière, journal étudiant, souligne le centenaire du collège industriel qui a donné naissance au Séminaire.

 

Novembre 1953 – Une innovation : le salut au drapeau le dimanche matin dans la salle de récréation des Grands, suivi du chant Ô Canada.

 

Décembre 1953 – Une glissade est aménagée à la Petite Salle et une autre à la Grande Salle.

Des élèves, dont je suis, passent par les maisons avoisinantes du Séminaire pour la Guignolée.

 

Janvier 1954 – C’est le début de l’année mariale. Une statue de la sainte Vierge se promène dans les classes. Une procession d’élèves qui chantent les litanies accompagne la statue d’une classe à l’autre. Dans la classe visitée, au début de chaque cours, les élèves récitent une dizaine de chapelet et un cantique.

14 janvier – À la Cathédrale, les élèves assistent à l’investiture du Supérieur Louis Martin à la dignité de prélat domestique.

 

Mars 1954 – Les oreillons, une maladie contagieuse, s’invitent au Séminaire. Une dizaine d’élèves sont mis en quarantaine.

3 mars – À la Grande Salle, une première partie de tennis est jouée sur un terrain nouvellement aménagé.

 

7 mars – Les philosophes fêtent la Saint-Thomas en allant excursionner à Sacré-Cœur. Ils se déplacent en autobus, sur le pouce ou à pied.

 

10 au 12 mars – C’est le temps des Quarante-heures. L’abbé Lionel Hudon, professeur au Grand Séminaire, est le prédicateur.

 

Mai 1954 – Dans le cadre de l’année mariale, un pèlerinage est organisé un dimanche à l’église du Sacré-Cœur pour les congréganistes. Le déplacement se fait en récitant le chapelet et en chantant des cantiques à la Vierge. Les élèves, dont je suis, y entendent la messe célébrée par l’abbé Émile Saint-Pierre. Le curé Louis-David D’Auteuil passe la quête.

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# 651                 8 juillet 2014

Le dortoir

Quand je suis entré au Séminaire de Rimouski en 1953, une de mes premières activités fut d’aller visiter le dortoir qu’on m’avait assigné. Quel choc devant l’immensité de la salle ! Le dortoir D était situé au sixième étage au centre de l’édifice. Il pouvait accueillir autour de 150 jeunes. Chacun avait son lavabo et son armoire. Dans une extrémité, il y avait un bain de pieds et des toilettes. Il arrivait que certains élèves se lèvent la nuit pour aller étudier, assis sur le banc de toilettes.

 

La nuit, on entendait des bruits bizarres. Les rêves n’étaient pas toujours silencieux. Parfois, des odeurs nauséabondes viciaient l’air ambiant et persistaient à cause d’une aération insuffisante. D’autres fois, une toux prolongée se faisait entendre. Heureusement, dans l’insouciance de la jeunesse, cela ne me perturbait pas.

 

Quelques semaines après la rentrée, une nuit, j’ai pissé au lit. En me levant le matin, j’ai prestement caché le délit en remontant les couvertures. Je ne voulais pas qu’un autre élève voit ce désastre liquide. Il ne s’est rien passé ; mais j’étais inquiet. Quelques jours plus tard, à mon grand désarroi, j’ai récidivé. Quand je suis arrivé le soir même à mon lit, une immense toile recouvrait le matelas. J’ai dû coucher quelques nuits avec cette alèse. Mais, j’avais eu ma leçon. Cela ne s’est plus jamais reproduit.

 

Pendant la saison du hockey, surtout le samedi soir, les nuits étaient plus agitées. Quelques élèves avaient un radio-cristal et pouvaient suivre les parties en cachette. Quand les Canadiens comptaient un but, on pouvait entendre des cris étouffés. Certains jeunes qui n’avaient pas la chance d’être si bien équipés se levaient pour savoir qui avait scoré.

 

À ma deuxième année de pensionnat, étant donné que j’étais dans les derniers doyens de mon groupe, j’ai eu un lit au même dortoir avec les nouveaux élèves. L’année suivante, tous les élèves de ma classe ont gradué à la Grande Salle. Mais, à cause de mon rang de doyens, comme une dizaine de mes confrères pensionnaires, j’ai dû accepter un lit au dortoir C avec les élèves de la Petite Salle. Ce dortoir était situé dans la partie est de l’édifice au cinquième étage. Deux escaliers de moins à monter le soir et à descendre le matin.

 

Une nuit, à ma grande surprise, des bruits répétés m’ont réveillé. Billes et cailloux frappaient les panneaux qui cachaient les fenêtres. Des cris étaient étouffés par le grésillement. C’était comme une « émeute ». Probablement qu’une permission avait été refusée ou qu’un privilège avait été retiré, je ne le sus jamais car je ne faisais par partie de la Petite salle.

 

En Versification, j’ai rejoint le dortoir B qui était situé au-dessous du D. J’ai été assigné à cette salle en Belles-Lettres et en Rhétorique. Au cours de ces années, il y eut, une nuit, une tentative d’agression sur un élève. Le coupable fut identifié et renvoyé du collège. C’est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul incident du genre qui s’est produit pendant mes six années à coucher dans un dortoir.

 

Je n’ai jamais dormi au dortoir A situé à l’ouest parce que je fis le saut au Pavillon de Philosophie pour mes deux dernières années. Là, nous avions chacun une chambre. Les nuits étaient plus paisibles.

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# 630               1 juillet 2014

Journées de congé

Dans l’article 322, j’ai décrit l’horaire d’une journée d’un pensionnaire au Séminaire de Rimouski en 1953. Je me suis attardé aux journées sans congé. L’horaire était différent le mercredi, le samedi et le dimanche.

 

Le mercredi et le samedi, il y avait un troisième cours à 11 heures au lieu de l’étude. L’après-midi, nous étions en congé jusqu’à 16 heures 50 le mercredi et jusqu’à 16 heures le samedi. Le congé se passait en pratiquant les sports dans la cour extérieure, en visitant la salle de lecture ou en jouant au billard dans la salle de récréation, sans compter les activités socio-culturelles qui étaient nombreuses. Les permissions pour sortir en ville étaient rares. De temps à autre, nous pouvions aller voir des films à la Salle académique, aujourd’hui Salle Georges-Beaulieu du Cégep.

 

L’année suivante, en 1954, il y avait plus de flexibilité. Nous pouvions aller à l’aréna pour assister à des parties de la ligue inter-collégiale de hockey ou encore fréquenter le Centre des loisirs de Rimouski, notamment pour voir des films.

 

De 16 heures à 18 heures le samedi, nous devions aller nous confesser pour les péchés que nous avions faits et quand nous n’en trouvions pas, nous en inventions. Nous avions le choix entre six confessionnaux, soit trois situés de chaque côté de la chapelle. Le nom du confesseur apparaissait sur chaque porte.

 

Le dimanche, les cours étaient suspendus. En retour, nous devions assister à la messe à partir de 7 heures pour y recevoir la communion. À neuf heures, c’était la grand’messe, une messe plus solennelle où nous entendions un sermon. En 1953, c’était le plus souvent le supérieur Mgr Louis Martin, qui chantait cette messe. L’après-midi, c’était congé jusqu’à 15 heures 50. C’était le temps officiel du parloir. Les parents qui demeuraient pas très loin du Séminaire ou qui avaient leur propre moyen de transport venaient rencontrer leur rejeton dans une salle spécialement aménagée à cet effet non loin de l’entrée. Pour ma part, j’ai rarement eu la chance d’être appelé au parloir, mais je ne m’en portais pas plus mal. J’étais satisfait de l’encadrement qu’on m’offrait et je ne m’ennuyais pas de mes parents.

 

L’étude suivait le congé de l’après-midi et nous assistions aux vêpres de 17 heures 10 à 18 heures. À 19 h 40, c’était l’étude précédée d’une prière. À 20 h 45, c’était le coucher comme pour le mercredi.

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# 609               24 juin 2014

La nourriture au Séminaire

Dans les années 1950 au Séminaire de Rimouski, la cafétéria recevait, outre les élèves de cette institution, ceux de l’École de Commerce, de l’École Technique, de l’École de Marine, plus tard de l’École Normale, et, avant 1953, de l’École d’Agriculture, soit plus de 1000 jeunes de 11 à 22 ans qui consommaient environ 3000 repas par jour. Les prêtres avaient un réfectoire en arrière de la cuisine. Les employés y recevaient aussi des repas.

 

Les Sœurs de la Sainte-Famille dirigeaient la cafétéria, secondées par des jeunes filles célibataires. Elles avaient un budget précis. On disait qu’elles disposaient de 50 sous par repas par élève, ce qui allait chercher environ 1500 $ par jour.

 

Une bonne partie de la nourriture parvenait de l’École d’Agriculture, notamment les œufs, les légumes, le lait et la viande. Je me souviens avoir vu passer dans la cour des Petits, en hiver,  des traîneaux tirés par des chevaux et transportant des quartiers de bœufs et de porcs de même que des bidons de lait et des œufs.

 

La variété de la nourriture était forcément limitée. Le menu du matin était constitué de gruau, de céréales comme du corn flakes, de rôties, de beurre de peanuts et d’un café fait à base de pains légèrement brûlés.

 

Pour le dîner et le souper, on pouvait compter sur du hachis, de la fricassée, du chiard, du macaroni, des fèves au lard, des oreilles de Christ (un baloney tordu par la cuisson), de la sauce aux effaces (sauce parsemée de boudins), de la sauce aux poignées de portes (sauce blanche avec des œufs), des semelles de bottes (steaks durcis), du ragoût de boulettes, des fèves au lard, des sardines, etc. Pour le dessert, on avait des fruits cuits comme des pommes, des fraises ou des raisins, des petits puddings, des grands-pères, de la gibelotte, des brioches, du gâteau, etc. On pouvait prendre un demiard de lait par repas.

 

La Vie écolière, le journal étudiant, dans son édition de mars-avril 1955 rapporte que 1123 personnes, personnel et élèves, étaient nourries au Séminaire cette année-là. Il fallait, par année, 400 boîtes de beurre, 8700 brioches, 2000 livres de bœuf et 1000 livres de porc, 100 000 quarts de pain, 6840 minots de pommes de terre. Dans ce dernier cas, on peut penser que cela correspond à environ un demi-million de moyennes patates par année.

 

Le souper du dimanche était spécial. Car il fallait que les travailleuses se reposent un peu. Certaines années, le mets principal était constitué d’une sauce au chocolat peu sucrée et cuisinée maison. Lors d’au moins une année, le dimanche midi, nous mangions avec appétit du poulet et des frites. Il est certain que cette année-là la cuisinière en chef a dépassé son budget, à moins qu’elle ait économisé ailleurs.

 

Il y avait dans la cafétéria deux points de service. Nous prenions notre cabaret et un élève aîné nous fournissait les ustensiles. Nous passions devant le comptoir et des préposées nous servaient les portions. On ne voyait pas leur tête parce qu’on avait pris soin d’ériger un panneau. Toutefois, des rumeurs couraient de temps à autre qu’un élève obtenait une portion supérieure aux autres parce qu’il connaissait la jeune fille qui servait. D’ailleurs certains usaient de signes convenus comme une bague.

 

L’institut des Petites Sœurs de la Saint-Famille a été fondé en 1880 au Nouveau-Brunswick par une québécoise Marie-Léonie Paradis. En 1895, l’institut s’implanta à Sherbrooke. Leur mission était de soutenir le ministère des prêtres au point de vue matériel. En 1904, six religieuses de cette congrégation provenant de Sherbrooke arrivèrent au Séminaire. Sœur Pauline, de regrettée mémoire, a pris charge de la cuisine en 1942. Elle était encore là quand j’étais élève. Les Sœurs de la Sainte-Famille ont quitté leur fonction en 1966.

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# 588               17 juin 2014

Professeurs des confrères
Dans l’article 509, j’ai mentionné les noms des professeurs qui m’ont enseigné au Séminaire de Rimouski. Je complète cette liste en indiquant les noms de ceux qui intervenaient auprès de mes confrères appartenant à des classes différentes.

Tous les professeurs de cette liste sont des prêtres, sauf Gérard Bernier et Lionel Dion. Un seul de mes confrères, Jacques Bérubé, a étudié dans les mêmes classes que moi. Voici cette liste :

1953-1954      Éléments latins A

Gérard Richard                      Français, anglais et histoire

Emmanuel Gagnon                Latin, catéchisme et solfège

Jean-Luc Thériault                 Mathématiques

Louis-Georges Lamontagne  Sciences naturelles

 

1953-1954      Éléments latins B

Hervé Beaulieu                      Français, latin et histoire

Laurent Dubé                         Mathématiques

Paul-Émile Brûlé                    Catéchisme (septembre à mars)

Norbert Roussel                     Catéchisme (mars à juin)

Réal Lamontagne                   Anglais

Louis-Georges Lamontagne  Sciences naturelles

 

1953-1954      Éléments latins D

Joseph-Marie Levasseur        Français, latin et histoire

Louis-Jacques Morissette      Catéchisme et mathématiques

Pierre Bélanger                      Anglais

Louis-Georges Lamontagne  Sciences naturelles

 

1954-1955      Syntaxe latine A

Fernand Beauchemin             Français, latin et histoire

Jean-Guy Nadeau                   Grec

Jean-Luc Thériault                  Mathématiques

Gérard Richard                       Anglais

Raoul Thibault                       Catéchisme

André-Albert De Champlain  Sciences naturelles

 

1954-1955      Syntaxe latine C

François-Xavier Belzile            Français

Laurent Santerre                     Latin

Gilles Roy                                Grec et catéchisme

Jean-Luc Thériault                   Mathématiques

Réal Lamontagne                    Anglais

André-Albert De Champlain  Sciences naturelles

 

1955-1956      Méthode A

Gérard Bernier                       Français, latin, histoire et géographie

Rémi Sénéchal                        Catéchisme et mathématiques

François-Xavier Belzile           Grec

Pierre Bélanger                      Anglais

Paul Desjardins                      Solfège

André-Albert De Champlain Sciences naturelles

 

1955-1956      Méthode B

Lionel Dion                            Français, latin, histoire et géographie

Rémi Sénéchal                       Grec et mathématiques

Lionel Pineau                         Catéchisme

Charles Morin                        Anglais

Paul Desjardins                      Solfège

André-Albert De Champlain Sciences naturelles

 

1956-1957      Versification A

François-Xavier Belzile             Français

Émile St-Pierre                          Latin

Antoine Perreault                    Grec

Roland Beaulieu                       Instruction religieuse et mathématiques

Simon Amiot                             Anglais

Georges-Étienne Talbot           Histoire et géographie

 

1957-1958      Belles-lettres B

André-Albert Gauvin             Français, latin et diction

Roland Beaulieu                    Mathématiques

Simon Amiot                          Anglais

Émile St-Pierre                       Instruction religieuse

Georges-Étienne Talbot        Histoire et géographie

 

1958-1959      Rhétorique B

Bernard Lebel                        Français et diction

Laurent Santerre                    Latin et Initiation aux Beaux-arts

Antoine Perreault                  Grec

Yves-Marie Dionne                Mathématiques

Charles Morin                        Anglais

Nive Voisine                           Histoire

 

1959-1960      Philosophie 1ère année A

Marcel Morin                          Logique et philosophie naturelle

Marc-Henri Lebel                    Mathématiques

Fernand Gagnon                     Apologétique

Yves-Marie Dionne                 Chimie

André-Albert Gauvin              Littérature française

André-Albert De Champlain  Sciences naturelles et biologie

 

En Philosophie II, nous formions une seule classe composée de 61 élèves.

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# 561               8 juin 2014

La grippe asiatique
Le 13 juin 1957, le journal Le Devoir rapporta qu'une épidémie de grippe se propageait à une très grande vitesse en Asie. Quelques jours plus tard, les premiers cas furent signalés aux États-Unis. Cette grippe populairement appelée asiatique était de type A (H2N2). Elle a fait deux millions de morts dans le monde. C’était la pire depuis la grippe espagnole de 1918.

En octobre 1957, j’ai été victime de cette grippe. J’avais 16 ans et j’étais pensionnaire au Séminaire de Rimouski. Aussitôt que j’ai senti les premiers symptômes, je me suis dirigé à l’infirmerie. Le docteur Jacques Ringuet était officiellement le médecin du Séminaire. Mais c’est l’abbé Gérard Plourde qui était l’infirmier en chef aidé de l’abbé Louis-Jacques Morissette. L’abbé Plourde me passa la moppe et me renvoya à mes occupations. Peu à peu, les effets de la maladie se firent sentir. Je retournai à l’infirmerie. Nouveau refus.

 

J’avais souvent entendu raconter les horreurs de la grippe espagnole. J’avais peur que des situations identiques se produisent ; mais, en même temps, l’insouciance de la jeunesse nous évite de penser au pire.

 

J’étais en si mauvaise forme que, pendant les récréations, je passais mon temps couché sur un divan de la salle de lecture située en face de la cafétéria. Mes confrères me disaient : « Va voir Fatima. Tu ne peux pas continuer de même. Tu risques de nous contaminer. » Fort de cet appui, je suis retourné pour au moins une quatrième fois à l’infirmerie. J’ai insisté et l’abbé Plourde a accepté de m’admettre.

 

Dès mon arrivée, j’appris qu’un de mes confrères Roch Pelletier, ayant passé par l’infirmerie pour cette maladie, avait été transféré à l’hôpital de Rimouski, disait-on pour que l’infirmier sache quels soins donner. Je craignais d’être admis à l’hôpital à cause des frais financiers qu’auraient dû supporter mes parents puisque l’assurance-maladie n’existait pas encore. À l’infirmerie, il en coûtait un dollar par jour.

 

Dès mon admission, l’abbé Plourde me donna une piqûre dans une fesse. Il a lancé l’aiguille avec un tel élan et une telle force que j’ai craint, pendant un instant, que la vilaine me transperce le corps. On n’a jamais su si l’abbé Plourde avait les compétences pour poser ce geste médical. Maladresse de sa part ou manque de confiance en lui de ma part, la piqûre me fit extrêmement mal. Je me disais que, quand même, c’en valait la peine.

 

Puis, l’infirmier m’a donné des comprimés aux trois heures. J’ai passé une nuit extraordinaire à voyager dans mon cerveau et à dormir sans dormir comme si je n’avais plus de corps. Sans aucun doute, on m’avait administré une drogue très puissante que mon organisme n’avait jamais fréquentée. Le lendemain, je me sentis quelque peu libéré. Toutefois, j’ai dormi un autre 24 heures.

 

Le Séminaire a fermé ses portes le 25 octobre. J’étais déçu de voir mes confrères en vacances ; mais c’était quand même pour moi la meilleure situation. J’avais les soins appropriés. Au bout de trois jours, un peu faible mais en meilleure santé, j’ai été libéré de l’infirmerie en même temps que mon confrère Ghislain Jean qui lui aussi était de Saint-Mathieu. Son père est venu nous chercher en automobile. Je n’ai eu aucune séquelle de cette maladie. Le retour au Séminaire se fit le 10 novembre.

 

Cinquante-deux ans plus tard, en 2009, une autre pandémie de grippe a sévi ; celle-ci sera de type A (H1N1).

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# 543               2 juin 2014

Retour au Séminaire

Nous avons terminé notre cours classique au Séminaire de Rimouski en juin 1961. L’institution alors centenaire a abandonné ses activités d’enseignement en juin 1968. Pendant cette période, six bacheliers de notre classe y ont enseigné.

 

Le premier fut Horace-Albert Gagné, en septembre 1962. Il a enseigné le français, le latin et les arts rythmiques jusqu’en juin 1964.

 

En 1965, quatre confrères ont suivi ses traces :

• Rodrigue Lavoie, Histoire, 1965-1966

• Pierre Ouellet, Éducation physique, 1965-1967

• Clovis Théberge, Catéchèse, 1965-1968

• Charles-É. Jean, Mathématiques et sciences naturelles, 1965-1967

 

En 1966, un dernier confrère est retourné au Séminaire : Georges Beaulieu, Littérature française et histoire, 1966-1967.

 

Enseigner au Séminaire, dans la vingtaine, représentait pour moi, comme probablement pour les autres, un défi et une source de satisfaction. Il y avait encore là la plupart des professeurs qui nous avaient enseigné. Nous connaissions la culture de la Maison : ce qui facilitait l’intégration. Nos anciens professeurs nous ont reçus avec amabilité et respect.

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# 525               27 mai 2014

Conduite et assiduité

Au Séminaire de Rimouski, chaque samedi en fin d’après-midi, le directeur des élèves se présentait à chacune des deux salles d’études pour décerner aux élèves des notes de conduite et d’assiduité au travail sur 10. Dans un grand cahier, il avait la liste des élèves. Il disait leur nom et la note que les maîtres de salle leur avaient attribuée pour la semaine. Les professeurs ne participaient jamais à cette opération. Les incartades qui se passaient en classe se réglaient généralement là.

 

Les notes 8 et 9 équivalaient à « excellent », le 7 à « très bon » et le 6 à « bon ». Cette dernière note constituait un sérieux avertissement. Une note inférieure à 6 voulait souligner un manquement important en termes de conduite ou d’assiduité. Cela pouvait avoir notamment comme conséquence l’annulation de sorties en ville. Une accumulation de mauvaises notes pouvait conduire à l’exclusion du collège.

 

Je ne me souviens pas d’avoir eu une note supérieure à 7. Comme assiduité, j’ai presque toujours eu la note 7. Ma note de conduite a toutefois varié. J’ai eu quelquefois des 6 pour avoir parlé à la salle d’études, dans les rangs ou à la cafétéria. À ce dernier endroit, il fallait garder le silence de l’entrée à la sortie.

 

Quelques fois, ma note de conduite a baissé à 5. La première fois, j’étais en Syntaxe (Sec. II). Je faisais partie de la chorale des Petits qui préparaient une prestation pour la fête du Supérieur. Normalement, les membres de cette chorale étaient les élèves d’Éléments (Sec. I). Puisque ma voix n’avait pas encore mué, je fus accepté dans ce groupe.

 

J’avais pris l’habitude de déranger par des interventions inopinées. Le responsable de la chorale menaça de me congédier. Je continuai quand même mon petit manège. La sanction tomba. Le directeur des élèves, Robert Michaud, en fut informé. J’eus un 5 de conduite. Sur le premier bulletin expédié à mes parents, le directeur a écrit un message qui se lisait comme suit : « Votre fils se conduit mieux maintenant. » Ma mère ne comprenait pas le sens de cette remarque. Elle m’a questionné et ma réponse évasive ne lui a pas permis d’en savoir davantage. Toutefois, cela me servit de leçon pour ménager mes transports.

 

À une autre occasion, j’ai eu aussi un 5 de conduite. J’avais participé à une chaîne de lettres. Le règlement ne stipulait pas que c’était défendu ; mais je soupçonnais que c’était le cas et j’avais quand même pris une chance. Il est probable que le directeur avait remarqué un envoi inusité de lettres parce que je n’étais pas le seul. J’étais toutefois le deuxième dans la hiérarchie de la chaîne. Cette note n’a entraîné aucune autre sanction.

 

Une anecdote plutôt banale. En syntaxe, quand le nouveau directeur des élèves fit la lecture des notes pour la première fois, il manqua à la tradition. Au lieu de dire, par exemple, 7 et 8 comme c’était l’habitude de ses prédécesseurs, il ne prononçait pas le « et » si bien qu’il disait 7 suivi immédiatement du 8. Dès le début, les élèves se retenaient pour ne pas rire. Imaginez. Le palmarès comprenait autour de 250 noms. Ce sont plusieurs « et » qui ont été économisés. Toutefois, les élèves durent se contorsionner. Après la lecture des notes, aussitôt que le directeur eût fait une remarque qui, en un autre temps, n’aurait pas été comique, ce fut l’explosion générale.

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# 509               21 mai 2014

Mes professeurs au Séminaire

Certains professeurs de notre enfance et de notre jeunesse ont marqué notre imaginaire et sont incrustés dans notre mémoire à tout jamais. Pour d’autres, nous oublions parfois leur nom. Ce sont les écrits qui, le plus souvent, nous permettent de nous les rappeler.

 

J’ai vécu huit ans au Séminaire de Rimouski comme pensionnaire. La plupart des professeurs étaient cultivés et maniaient leur science avec finesse. J’ai pensé donner un petit espace à tous dans ce blogue pour leur rendre un hommage particulier. Voici la liste de mes professeurs, des maîtres de salle et des directeurs au cours de ces huit années :

 

1953-1954      Éléments latins C

Professeurs

Martin Proulx                          Français, arithmétique et histoire

Léopold Boulanger                 Catéchisme, latin et solfège (septembre à mars)

Norbert Roussel                     Catéchisme, latin et solfège (mars à juin)

Réal Lamontagne                   Anglais

Louis-Georges Lamontagne   Sciences naturelles

 

Gérard Cayouette                   Directeur des élèves

Ludger Rioux                           Préfet des études

 

Maîtres de salle

Léopold Desrosiers

Roland Beaulieu

Louis-Jacques Morissette

Jean-Luc Thériault

Emmanuel Gagnon

 

1954-1955      Syntaxe latine B

Professeurs

Hervé Beaulieu                       Français, latin et histoire

Raoul Thibault                       Catéchisme

Nive Voisine                           Grec

André-Albert De Champlain  Sciences naturelles

Gérard Richard                       Anglais

Jean Luc Thériault                  Mathématiques

 

Robert Michaud                     Directeur des élèves

Ludger Rioux                          Préfet des études

 

Maîtres de salle

Jean-Luc Thériault

Louis-Jacques Morissette

Emmanuel Gagnon

Gilles Roy

Nive Voisine

 

1955-1956      Méthode C

Professeurs

Fernand Beauchemin             Français, latin, histoire et géographie

Jean-Guy Nadeau                   Grec

Roland Beaulieu                     Mathématiques et sciences

Lionel Pineau                          Catéchisme

André-Albert De Champlain  Sciences naturelles

Simon Amiot                           Anglais

Robert Michaud                     Directeur des élèves

Ludger Rioux                          Préfet des études

Maîtres de salle

Emmanuel Gagnon

Gaétan Brillant

Paul Desjardins

Nazaire Hudon

Jean-Yves Leblond

 

1956-1957      Versification B

Professeurs

Bernard Lebel                        Français et latin

Roland Beaulieu                    Mathématiques

Simon Amiot                          Anglais

Georges-Étienne Talbot        Histoire et géographie

Louis-Georges Lamontagne  Grec et catéchisme

 

Robert Michaud                     Directeur des élèves

Ludger Rioux                          Préfet des études

 

Maîtres de salle

Emmanuel Gagnon

Gaétan Brillant

Paul Desjardins

Jean-Yves Leblond

Euclide Ouellet

 

1957-1958      Belles-lettres A

Professeurs

Émilien Gagnon                     Français (septembre à mars)

Georges Dionne                     Polyeucte (mars à juin)

Ludger Rioux                         Composition littéraire (mars à juin)

Guy Lapointe                         Littérature (mars à juin)

Armand Lamontagne            Instruction religieuse, latin et grec

Marc-Henri Lebel                  Mathématiques

Simon Amiot                         Anglais

Georges-Étienne Talbot        Histoire et géographie

 

Pascal Parent                         Directeur des élèves

Ludger Rioux                          Préfet des études

 

Maîtres de salle

Gaétan Brillant

Paul Desjardins

Euclide Ouellet

Paul-Émile Paré

Eugène Ruest

 

1958-1959      Rhétorique A

Professeurs

Gustave St-Pierre                   Français

Charles Morin                        Anglais

Alphonse Fortin                     Histoire et géographie

Marc-Henri Lebel                   Mathématiques

Georges Beaulieu                  Latin et grec

 

Pascal Parent                         Directeur des élèves

Ludger Rioux                          Préfet des études

 

Maîtres de salle

Gaétan Brillant

Paul Desjardins

Paul-Émile Paré

Gabriel Bérubé

Marius Lepage

 

1959-1960      Philosophie 1ère année B

Professeurs

Grégoire Bélanger                  Mathématiques

Fernand Gagnon                    Apologétique

Yves-Marie Dionne                Chimie

André-Albert Gauvin             Littérature française

Marcel Morin                         Logique et philosophie naturelle

André-Albert De Champlain Sciences naturelles et biologie

 

Pascal Parent                         Directeur des élèves et préfet des études

 

1960-1961      Philosophie 2e année

Professeurs

Grégoire Bélanger                  Mathématiques

Pascal Parent                          Métaphysique et histoire de la philosophie

Gilles Beauchemin                 Physique

Jean-Paul Bérubé                   Religion et morale

 

Pascal Parent                         Directeur des élèves et préfet des études

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# 487               13 mai 2014

Un livre de poésie

Romain Rousseau, un confrère de classe, a publié à compte d’auteur un recueil de poésie de 112 pages : Lettres sur l’usage de la vie.

 

Voici comment Romain présente son livre :
« J’ai écrit les poèmes présentés dans ce recueil sur une longue période de temps, soit depuis 1962 jusqu’à aujourd’hui. Ils furent écrits sous forme de lettres destinées à des personnes avec qui j’ai tissé des liens d’amour, d’amitié, d’admiration et parfois aussi de compassion. Avec ces personnes, j’ai voyagé à dos de projets. J’ai aussi bénéficié de rencontres multiples et variées faites de musique, de chant, de peinture, et encore d’anniversaires à célébrer, de ruptures ou de deuils à partager. Les parcelles de vie ou d’histoire que contiennent ces lettres-poèmes viennent d’une plume trempée dans l’encre d’un cœur touché par ce qu’est et fait l’humain à l’ombre des projecteurs ou dans les coulisses d’une société qui s’est transformée en Cirque du Soleil. Dans une société où les anniversaires posthumes des personnes disparues sont les pierres tombales de leur absence sans ultime date de leur retour dans l’histoire personnelle de ceux et celles qui les ont aimées. En écrivant ces lettres-poèmes sur l’usage de la vie, je voulais souligner des évènements généralement heureux et parfois malheureux en lien avec huit thèmes : Chants d’amour, Mémoire des amitiés, Émerveillement et créativité, Projets et accomplissement, Douleurs et pertes, Les appels de la musique, L’exil, Hommages et testament. »

 

Son recueil se vend 13,95 $.  Il est en vente aux librairies Boutique L'Insolite et Euskar de Trois-Pistoles, aux librairies du Portage et J. A Boucher à Rivière-du-Loup et à la librairie L'Alphabet de  Rimouski.

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# 471               7 mai 2014

Fonctionnaire à l’étude

Au Séminaire de Rimouski, un fonctionnaire était un élève qui avait une tâche précise comme de déblayer la patinoire l’hiver, d’être responsable de la salle de quilles, etc. Un fonctionnaire avait des privilèges. L’un d’eux était d’acheter du chocolat à la cantine dont le nom était l’Estudiantine.

 

Quand j’étais en Méthode (Sec. III), un maître de salle, l’abbé Gaétan Brillant, m’avait confié la tâche d’ouvrir les fenêtres quand les élèves quittaient la salle d’étude. L’objectif était d’aérer cette grande salle pour que l’air soit sain au prochain retour. C’était une tâche non traditionnelle qui intriguait mes confrères. J’étais donc promu fonctionnaire et je faisais mon travail le mieux possible.

 

Personnellement, je n’achetais jamais de chocolat d’une part parce que je n’avais pas les ressources financières, d’autre part parce que je n’avais pas l’habitude de manger entre les repas. Un jour, un de mes confrères me demanda d’aller lui acheter une barre de chocolat à la cantine. Je ne voulais pas, mais il a insisté. J’ai finalement accepté. Il me donna 10 sous : ce qui était le prix d’une barre de chocolat.

 

Ayant connaissance de ce fait, d’autres confrères me demandèrent le même service. J’étais pris dans l’engrenage. Je continuai même si personne ne m’a jamais versé plus que 10 sous. Je respectais la marque de chocolat de chacun. Erreur de ma part, je n’ai pas pensé de m’en tenir à une seule marque. Le commis de la cantine, Rino Beaulieu, se rendit compte que j’achetais différentes marques. Il me soupçonna avec raison d’acheter du chocolat pour d’autres. Appuyé par le gérant, Gérard Beaulieu, il me barra. « Désormais, me dit-il, tu ne peux plus acheter de chocolat. » J’étais content de sa décision. Je ne voulais pas perdre ma tâche de fonctionnaire : ce qui me serait arrivé si j’avais insisté pour qu’il m’en vende.

 

En Rhétorique (Collégial I), les responsables de ma classe ont confectionné, comme c’était la tradition, un encart pour le journal étudiant, la Vie écolière. Le titre était Les visages de nos confrères. On y trouvait la photo et des particularités sur chacun. Dans mon cas, il était écrit :

Profession : Fonctionnaire à l’étude.

Manie : Faire sourire M. Brillant.

 

Les confrères, trois ans plus tard, n’avaient pas oublié qu’un jour j’avais eu une fonction taillée sur mesure. Un soir, au début de l’étude, l’encart était sur nos bureaux. M. Brillant qui était encore maître de salle, d’ailleurs très apprécié, était justement le surveillant de l’étude. Il était assis au bureau central. Les 250 élèves lisaient calmement l’écart tout en ayant un œil sur M. Brillant. Tout à coup, sans prévenir, celui-ci se tourna vers moi et me fit un beau sourire. Cela a provoqué un rire général dans la salle. C’était une des rares fois que cette salle si sérieuse d’habitude se livrait à une escalade de rire.

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# 461               30 avril 2014

Jean-Guy Nadeau

Le 8 mars 2014, l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) décernait à Jean-Guy Nadeau un doctorat honorifique pour souligner sa contribution exceptionnelle à l’implantation en région du nouveau système éducatif prôné par la Commission Parent.

 

Après son ordination en 1954, Jean-Guy Nadeau a été maître de salle chez les Grands et professeur de grec en Syntaxe A (Sec. II) au Séminaire de Rimouski. L’année suivante, il enseignait le français et l’histoire en Éléments C (Sec. I) et le grec en méthode C (Sec. III). Après des études en lettres à l’université Laval, il revint au Séminaire pour enseigner le français en Versification B (Sec. IV) et le grec en Méthode C. Il retourna aux études, cette fois-ci, à la faculté des lettres de Lyon. En septembre 1960, il devint directeur de la Vie écolière, un journal étudiant, et professeur de français et de latin dans les classes supérieures de lettres.

 

En vue de l’application des recommandations du Rapport Parent, il présida le Comité de planification de l’enseignement secondaire dans la région de Rimouski et de la Mitis. En même temps, il combla un poste d’enseignant en mathématiques en Syntaxe C. Puis, en 1965, il devint le premier directeur général de la Commission scolaire régionale du Bas-Saint-Laurent, une commission scolaire qui était responsable de l’enseignement secondaire pour les élèves du territoire de Rimouski et de Mont-Joli.

 

En 1967, Jean-Guy Nadeau devint le premier directeur  du Cégep de Rimouski. En 1973, à la demande du ministère de l’Éducation, il présida un comité spécial visant à faire une évaluation de l’enseignement collégial au Québec. Le rapport Nadeau fut déposé deux ans plus tard au ministère de l’Éducation.

 

Par la suite, pendant 13 ans, M. Nadeau enseigna la littérature à l’UQAR. Après quoi, il revint au service du diocèse de Rimouski.

 

J’ai eu la chance d’avoir cet homme comme professeur de grec pendant l’année scolaire 1955-1956. Il savait nous faire aimer cette matière en nous habituant à décortiquer les expressions grecques pour les adapter à notre langue. En avril 1971, comme représentant du comité de la Jeunesse du synode de Rimouski, j’ai participé en sa compagnie à un point de presse concernant les recommandations du comité de la Jeunesse.

 

Lors de la remise de son doctorat, on l’a décrit «comme un homme généreux, d’une intelligence vive, clairvoyant, rassembleur, humble.» Jean-Guy Nadeau aura joué un rôle important dans la démocratisation et la modernisation du système scolaire québécois. Il aura marqué plusieurs générations d’élèves.

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# 447               25 avril 2014

Joseph St-Pierre

C’est le premier article que j’écris sur un confrère du Séminaire de Rimouski. Joseph St-Pierre était un sportif reconnu. Dès ses premières années au collège, il s’est distingué par son implication dans l’organisation des sports. Pendant l’hiver, il passait souvent une partie de ses nuits à arroser la patinoire. Ses puissantes mains lui servaient à tout vent. Sans doute que ses ancêtres ont été des défricheurs du Québec actuel.

 

Il y avait au Séminaire un organisme d’élèves appelé Société Saint-Pierre dont le mandat était de promouvoir et de coordonner la pratique des divers sports. Parfois, on se demandait si le nom n’avait pas été donné à cause de Joseph. Tel n’était pas le cas. Toutefois, en 1958-1959, il était un des conseillers du comité des jeux de cet organisme. En 1959-1960, il en était le secrétaire. En 1960-1961, dernière année de son cours classique, il en était le président.

 

Il a fait sa carrière comme professeur de mathématiques à Dégelis. J’ai donc eu l’occasion de suivre, en même temps que lui, des cours de mathématiques dispensés à distance par l’université du Québec à Rimouski (UQAR). Il a été membre de la corporation du Séminaire de Rimouski de 2007 à 2010, puis membre du conseil d’administration de 2010 à 2013. J’ai moi-même siégé au conseil d’administration de cette corporation de 1967 à 1979.

 

Dernièrement, j’ai appris par un message de Raymond Levasseur, un confrère à la plume agile, que notre ami Joseph avait toujours été un amateur de pêche et de chasse.

 

Depuis 1978, il s’est impliqué dans la formation des chasseurs et des pêcheurs. En plus, il a été président de la Fédération québécoise de la faune du Bas-Saint-Laurent pendant huit ans. En reconnaissance de son implication dans l’éducation en sécurité et en conservation de la faune pendant 45 ans, la Fédération provinciale lui a remis une médaille spéciale le 29 mars 2014.

 

Joseph a mentionné au journaliste Ernie Wells que c’était naturel pour lui d’avoir transmis ses connaissances et sa passion pour ces activités halieutiques et cynégétiques : voilà deux mots que je ne connaissais pas.

 

Les abbés Georges-Étienne Talbot et Louis-Georges Lamontagne qui lui ont enseigné au Séminaire et qui étaient des chasseurs émérites seraient sans doute fiers de lui. Il y a fort à parier que, dans l’avenir, la Fédération voudra perpétuer sa mémoire en décernant annuellement une médaille Joseph-St-Pierre. Félicitations à Joseph.

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# 398               6 avril 2014

Une expérience enrichissante
Dans l’article 8, j’ai parlé de l’abbé André-Albert Dechamplain, un homme de sciences remarquable. En novembre 1965, suite à sa démission, je lui ai succédé dans le groupe où il avait eu des problèmes de discipline.

Jusqu’à Noël, j’ai complété le volet botanique tout en étant obligé de faire moi-même de la discipline : ce que je faisais rarement dans mes autres groupes. En janvier, j’ai abordé le volet zoologie. Pour apaiser le groupe, je leur ai proposé de faire des recherches dans ce domaine sur des sujets approuvés d’avance. Les élèves ont accepté avec enthousiasme, d’autant plus que le projet consistait à faire une exposition des travaux à la fin de l’année, si ceux-ci étaient de qualité. L’exposition a eu lieu.

Sous le titre « L’expo de sciences naturelles : une réussite », Carol Amiot, alors élève au Séminaire, a écrit dans la Vie écolière un article sur le sujet. Voici un extrait : «Regroupés sur les tableaux d’affichage, de jolies gravures, des dessins bien réussis et d’intéressantes collections de timbres nous montraient en grande variété, plantes, poissons, insectes, mammifères, y compris la figure d’une cellule et de ses principaux constituants, et la représentation des corps célestes composant notre système scolaire. Des albums parfois assez volumineux, riches d’images et de commentaires, complétaient enfin l’exposition.»

En juin, j’ai demandé au préfet des études la permission de ne pas donner d’examen : ce qui fut accepté. Les autres enseignants n’ont pas apprécié cela, probablement à cause de la pression de leurs élèves.

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# 382               31 mars 2014

Les quilles
À la Salle des grands, au Séminaire de Rimouski, il y avait un local spécialement aménagé pour les quilles. Cette salle était ouverte lors des après-midis de congé le mercredi, le samedi et le dimanche. J’aurais bien voulu jouer aux quilles, mais je n’avais pas les moyens pécuniaires.

À l’automne 1955, je décidai de devenir planteur de quilles. La tâche était simple. Il s’agissait de mettre le pied sur une palette de métal. Dix tiges sortaient du plancher. Je devais placer, sur une tige, chaque quille trouée en son centre, puis rabattre les tiges. Je ne pouvais pas me tromper. Pendant que les joueurs lançaient leur boule, je m’assoyais sur le rebord du mur en ayant soin de surveiller les quilles qui parfois rebondissaient de façon inattendue. Pour une partie, je recevais 10 sous. Les joueurs quant à eux devaient payer cinq sous par partie.

Je passai des après-midis à exercer ce métier. Je me faisais ainsi un peu d’argent de poche pour payer mes crayons et le papier. Je me gâtais aussi à l’occasion en achetant des brioches à la cantine l’Estudiante. On pouvait avoir deux brioches enrobées dans une crème délicieuse pour cinq sous.

Je fis cela quelques mois. Un jour, je réalisai que des confrères de classe ayant à peu près le même âge que moi s’adonnaient à ce sport parce qu’ils avaient les moyens de le faire. Pour ne pas vivre plus longtemps cette frustration, je décidai de ne plus retourner à la salle de quilles. Je donnai ma démission au grand dam des responsables qui avaient de la difficulté à trouver des volontaires. C’est ainsi que se termina ma carrière comme planteur de quilles.

Dix ans plus tard, quand je commençai à enseigner au Séminaire, les professeurs laïcs organisèrent une ligue de quilles. J’ai rejoint le groupe. À la fin de la saison, j’ai gagné un trophée. Quel bonheur ! C’était le premier trophée sportif de ma vie. Mais le hic, c’est que je l’avais mérité pour avoir fait le plus de dalots.

Je me dis parfois en rigolant : «Au lieu de planter des quilles, j’aurais don dû apprendre les techniques de ce sport.»

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# 347               17 mars 2014

L’émeute du Forum
Aujourd’hui 17 mars, c’est le 59e anniversaire d’une émeute qui a eu lieu au Forum de Montréal en 1955, lorsque les Canadiens affrontaient les Red Wings de Détroit. J’étais alors en Syntaxe (Sec. II) au Séminaire de Rimouski. Comme j’étais pensionnaire et que nous n’avions pas accès à la radio en soirée, je n’étais pas informé de cet événement.

Toutefois, le lendemain matin dès le premier cours à 8 heures 30, notre professeur de français, l’abbé Hervé Beaulieu, nous en parla. Il commença par nous déclarer qu’il n’était pas un amateur  de hockey. Puis, il nous raconta pourquoi et comment s’était déroulée l’émeute la veille.

Quatre jours plus tôt, Maurice Richard, un joueur très talentueux des Canadiens de Montréal, avait été suspendu pour le reste des parties régulières et même pour les séries éliminatoires, après avoir frappé un juge de ligne. Cette décision, prise par Clarence Campbell, un anglophone de Montréal, a choqué profondément les Canadiens français de l’époque. Ils ont voulu manifester leur opposition.

L’abbé Beaulieu nous raconta que Maurice Richard devenait ainsi un symbole pour les Canadiens français. Ses talents de joueur et son sens de la combativité pourraient devenir, selon lui, une inspiration pour le peuple québécois qui, à l’époque, était largement dominé par la minorité anglaise.

J’étais étonné de voir un prêtre si sérieux prendre une dizaine de minutes de son cours pour nous parler de hockey et de ses conséquences. Son intervention me fit comprendre que le Québec venait de tourner une page de son histoire. Finie la tête baissée devant les Anglais.

Ce jour-là, le célèbre joueur de hockey a dû intervenir à la radio pour calmer les esprits. Dans les semaines qui ont suivi, les Canadiens français ont boycotté la soupe Campbell. Cette marque de commerce n’avait pourtant aucune relation avec le président de la ligue nationale de hockey si ce n’est que le nom. Il faut ajouter que dans plusieurs milieux, à cette époque, le hockey était plus populaire que la religion. Même, certains disaient que Maurice Richard était plus populaire que le Pape.

Par son intervention, l’abbé Beaulieu a touché la fibre nationaliste qui sommeillait en nous. D’ailleurs, je suis de ceux qui considèrent que cet événement a été le début de la Révolution tranquille au Québec parce que c’est le peuple qui, spontanément, s’est levé et a parlé.

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# 322               7 mars 2014

Horaire d’une journée en 1953
Comme pensionnaire au Séminaire de Rimouski, les journées se ressemblaient sauf pour les jours de congé qui étaient le mercredi après-midi, le samedi après-midi et le dimanche. Voici l’horaire d’une journée sans congé.

Lever
À 5h 45, la cloche sonne. Chaque élève fait sa toilette en utilisant le lavabo mis à sa disposition. Chacun s’habille. Avant de revêtir la redingote, il est de bon aloi d’y donner un coup de brosse. Nous ne sommes pas obligés de faire notre lit comme dans certains autres pensionnats.

Étude
Nous nous dirigeons vers la salle d’études pour être là vers 6 h 10. Après la prière d’usage, nous avons à peu près une demi-heure pour terminer nos travaux ou apprendre nos leçons tout en luttant, certains jours, contre le sommeil. Un maître de salle surveille les 275 élèves.

Messe
À 6 h 45, le maître de salle annonce la fin de l’étude. Les élèves sortent en rangs et se dirigent vers la chapelle où une place, par rangs de doyens, leur a été attribuée au début de l’année. Tous les pensionnaires sont là obligatoirement : du finissant qui peut avoir 22 ans au minet de 11 ans qui en est à sa première année. Les seuls exemptés sont ceux qui servent la messe aux prêtres.

La messe dure à peu près 40 minutes. Certains, quand même rares, cachent dans leur livre de messe des écrits compromettants et d’autres plutôt studieux terminent l’apprentissage de « leurs petits vers ». La messe terminée, nous nous dirigeons vers la salle de récréations.

Déjeuner
Le déjeuner commence à 7 h 30. Nous attendons notre tour pour aller à la cafétéria en jasant à gauche et à droite. À mesure que le temps passe, le maître de salle fait prendre les rangs de doyens et décident du nombre d’élèves qui peuvent partir. Il arrive parfois, surtout au début de l’année, que le maître de salle expédie les élèves trop rapidement, ce qui crée une ligne d’attente qui déborde à l’extérieur et qui donne du travail supplémentaire au surveillant de la cafétéria. Par contre, d’autres fois, tous les élèves présents sont servis et les autres attendent dans la salle de récréation.

Un bénitier le plus souvent à sec nous attend à la porte. Quand le bénitier est plein, certains futés s’amusent à répandre l’eau pour en « bénir » d’autres. En mettant le pied dans la cafétéria, il faut toujours respecter un silence complet. Nous gardons nos rangs le long des murs. Les élèves de la Petite Salle prennent la droite de la pièce tandis que ceux de la Grande Salle sont du côté gauche. Après avoir pris son cabaret, chaque élève reçoit cuillère, couteau et fourchette d’un élève finissant. Il y a deux maîtres de salle qui font la surveillance : un pour chaque Salle. Nous mangeons en silence.

Récréation
Quand le déjeuner est terminé, c’est la récréation à l’extérieur. La durée de celle-ci est plus ou moins longue selon le temps pris pour le déjeuner. Certains élèves en profitent pour jouer à la balle-au-mur, d’autres pour se lancer des balles ou des ballons ou pour lancer des rondelles sur la patinoire et en cas de pluie, c’est la marche sur le préau.

Avant-midi
À 8 heures 30, commence un premier cours de 55 minutes. En entrant en classe, nous entrons vraiment dans un autre monde. Après le premier cours, nous avons droit à une pause de cinq minutes et c’est le deuxième cours. À 10 heures 30, c’est à nouveau la récréation. Vingt minutes plus tard, la salle d’études nous accueille. Il faut faire les travaux donnés aux deux premiers cours. À ce moment, il n’est pas permis de lire ce qu’on appelle un livre de lecture.

Après-midi
À midi, nous retournons à la salle de récréation en attendant le dîner. Après le repas, nous avons droit à une récréation jusqu’à 13 heures 40. C’est alors une courte période d’études. À 14 heures, c’est le troisième cours ; puis, à 15 heures, le quatrième et dernier cours de la journée. Vingt minutes de récréation suivent et c’est le retour à la salle d’études. À 17 heures 45, nous retournons pour la deuxième fois à la chapelle pour réciter le chapelet ou participer à des prières.

Soirée
À 18 heures, le souper commence, suivi d’une récréation. À 19 heures 40, c’est le troisième rassemblement de la journée à la chapelle pour réciter la prière du soir. À 20 heures, c’est une autre période d’études avec permission de lire. Au bout d’une heure, nous descendons à la salle de récréation et une dizaine de minutes plus tard, nous prenons nos rangs de doyens pour nous diriger vers le dortoir. Le couvre-feu se fait ordinairement vers 21 heures 30.

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# 308               28 février 2014

Les déboursés au Séminaire
Les parents qui avaient des jeunes au Séminaire de Rimouski, comme dans d’autres pensionnats, devaient souvent se serrer la ceinture pour défrayer leurs coûts de pension et de scolarité.

En 1953-1954, pour les pensionnaires, les déboursés s’élevaient à 385 $. À la rentrée, outre les frais de redingote ou de blazer, il fallait payer une inscription de 15 $. Cela comprenait notamment le service du médecin, le vestiaire, les jeux et la bibliothèque. En cas de maladie, il fallait débourser un dollar par jour pour un séjour à l’infirmerie.

La pension et l’instruction exigeaient la grosse part : 335 $. Le lit garni commandait 15 $ pour l’année et le lavage du linge, 20 $. Tous les morceaux de linge lavable devaient porter un numéro. À un jour donné de chaque semaine, les élèves déposaient leur linge sale dans un coin de la salle de récréation et leur poche de linge leur était rendue quelques jours plus tard avant de monter au dortoir.

En 1960-1961, pour les pensionnaires, les coûts étaient de 550 $, soit une augmentation d’autour de 30 % par rapport à l’année scolaire 1953-1954. Le lit garni était passé de 15 $ à 50 $ et le lavage du linge de 20 $ à 30 $. Les frais de scolarité étaient de 180 $ pour toute l’année. L’augmentation de tous ces coûts se justifiait par la hausse des salaires des employés laïcs. Les élèves du Pavillon de philosophie avaient des coûts supplémentaires de 70 $ à cause de la chambre individuelle et des laboratoires.

De tout temps, les services qu’on nous offrait étaient de grande qualité sauf peut-être pour la nourriture qui n’était pas toujours appréciée. Mais tout le monde sait que les mets d’une cafétéria ne sont pas comparables à ceux de maman.

Plusieurs élèves ont réussi à faire leur cours classique grâce à des dons de bienfaiteurs anonymes ou connus, des prêtres mais aussi des laïcs. Sans compter la quête annuelle auprès de tous les diocésains qui permettait de restreindre les coûts de pension et de scolarité. Il ne faut pas oublier, par ailleurs, l’implication de tous ces prêtres du Séminaire qui gagnaient un salaire d’environ 300 $ par année.

En 1960-1961, les frais de scolarité s’élevaient à 90 sous par jour. Il serait intéressant de comparer ces frais à ceux chargés aujourd’hui dans les écoles privées ou même ce qu’il en coûte au Gouvernement dans les écoles publiques.

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# 294       21 février 2014 

Calages de bines
Chaque époque a ses misères et ses grandeurs. De tout temps, les jeunes gens veulent tester leur limite. Aujourd’hui, la pratique de sports extrêmes, le calage d’alcool, les défis souvent discutables font partie de cette volonté de se dépasser … et de dépasser les autres.

Au Séminaire de Rimouski à mon époque, une des manifestations consistait à participer à un concours qui déterminerait celui qui est capable de caler le plus de fèves au lard. Il y avait à chaque repas du midi et du soir un deuxième service pour les plus affamés et le règlement n’interdisait pas un troisième ou un quatrième service.

Quand, au souper, le menu principal était constitué de bines, à quelques occasions, certains en profitaient pour organiser un concours. C’était alors une course folle parce qu’à un moment donné la préposée au deuxième service baissait le panneau et quittait avec son chaudron.

J’ai eu connaissance que certains élèves se sont rendu jusqu’à 10 assiettées de bines. À la fin, ceux qui restaient en lice luttaient bine par bine pour gagner le concours. Les maîtres de salles étaient aux aguets ; mais ils ne savaient pas comment faire pour contrôler cet excès. En fin de compte, quand on est en croissance, il faut bien se nourrir.

Personnellement, je n’ai jamais participé à un tel concours parce que mon estomac ne me le permettait pas. Mais, inutile de dire qu’au dortoir, le soir, quand cela s’était produit, nous étions envahis par des odeurs spéciales.

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# 263       7 février 2014

Les activités culturelles et sportives
Au Séminaire de Rimouski, les sports prenaient une place importante dans la vie des élèves. À la petite salle, on appelait veuves ceux qui ne faisaient pas de sport. Le collège avait son équipe de hockey qui participait à des compétitions avec l’école de Commerce ou l’école Technique, par exemple.

Voici la liste des activités étudiantes pour l’année scolaire 1953-1954 :

Congrégation de la bienheureuse Vierge Marie

Directeur : L’abbé Raoul Thibault

Préfet : Raynald Brillant

Académie Saint-Jean l’Évangéliste

Directeur : L’abbé Ludger Rioux

Président : Yvonnik St-Pierre

Association de la jeunesse canadienne (A. J. C)

Modérateur : L’abbé Marcel Morin

Président : Jean-Gabriel Bérubé (1er semestre) et Vianney Bérubé (2e semestre)

Groupe Scout du Séminaire

Aumônier : L’abbé Louis-Georges Lamontagne

Troupe 1ère Rimouski : Robert Rioux, chef de troupe

Clan Saint-Germain : Georges Drapeau, chef de clan

Mouvement Lacordaire (100 membres)

Aumônier : L’abbé Pierre Bélanger

Président régional : Jean de Dieu Sénéchal

Président local : Noël Gaudreau

Cercle missionnaire (120 membres)

Aumônier : L’abbé Robert Michaud

Président : Jean-Louis Chamberland

Représentant à la Petite Salle : Mathieu Proulx

Société Saint-Louis de Gonzague

Cercle Cardinal Mercier (philosophie) : L’abbé Pascal Parent, directeur

Cercle Pie X (liturgie) : L’abbé Émile St-Pierre, directeur et Jean de Dieu Sénéchal, président

Cercle Langevin (littérature) : L’abbé André-Albert Gauvin, modérateur et Albert Lebel, président

Cercle Monseigneur Courchesne (patriotisme) : L’abbé Marcel Morin, modérateur et Jean-Gabriel Bérubé, président

Ciné-club

Aumônier : L’abbé François-Xavier Belzile

Modérateur : Léopold Leblanc

Président : Armand Bélanger (1er semestre) et Bertrand Lepage (2e semestre)

Société Saint-Pierre (sports)

Chez les Grands : Jean-Guy Mailloux (1er semestre) et Desmond Paradis (2e semestre), président

Chez les Petits : Roch Archambault, président

Les magasins coopératifs

L’Estudiante (Grande Salle) : Jean-Gabriel Bérubé, gérant

La Collégiale (Petite Salle) : Alban Bérubé, gérant

Orchestre Saint-Charles

Directeur : L’abbé Antoine Perrault

Président : Gilles Gagnon

Harmonie Sainte-Cécile

Directeur : L’abbé Charles Morin

Président : Sarto Cloutier

Société Chorale

Directeur : L’abbé Norbert Roussel

Président : Jean-Gabriel Bérubé

La Vie Écolière (journal étudiant)

Moniteur : L’abbé Armand Lamontagne

Directeur : Jacques Roy

(Les renseignements proviennent de l’annuaire du Séminaire de Rimouski, année scolaire 1953-1954.)

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# 215       17 janvier 2014

Les maîtres de salle au Séminaire
Les maîtres de salle, appelés officiellement régents, étaient de jeunes prêtres qui venaient d’être ordonnés ou qui occupaient antérieurement cette fonction. Ils étaient responsables de la discipline en dehors des classes. Ils vivaient 24 heures par jour avec nous. Ils étaient à la salle d’études, à la chapelle, au dortoir, à la cafétéria, à la salle de récréation et dans la cour extérieure. Les tâches étaient distribuées entre cinq régents à la Petite salle et cinq autres à la Grande salle.

À la salle d’études, une pièce équivalente à six classes et comportant autour de 275 bureaux, il y avait un seul régent à la fois. Il occupait un pupitre adossé au mur du sud au centre de la pièce. Il était là pour garantir le silence total, s’assurer que les élèves ne soient pas en train de lire un livre de lecture, sauf pour l’étude du soir, et distribuer les permissions de sorties de la salle d’études principalement pour aller rencontrer son directeur spirituel. En principe, il devait toujours être aux aguets ; mais certains en profitaient pour réciter leur bréviaire, pour corriger des travaux d’élèves et même beaucoup plus rarement pour dormir. Ce dernier fait s’est produit quelquefois à l’étude de 6 heures et quart du matin.

À la chapelle, les régents étaient généralement là. Il y en avait trois sur des prie-Dieu le long de chaque allée latérale et les autres étaient placés en arrière. De temps à autre, en particulier lors de la messe du premier vendredi du mois, l’un était mandaté pour prononcer le sermon. Nul doute que nous le surveillions étroitement : une forme de revanche.

Au dortoir, ils pouvaient être deux pour surveiller le bon déroulement, toujours en silence, après le lever et avant le coucher. Pendant la nuit, l’un d’eux dormait dans une petite chambrette érigée dans un coin du dortoir. Il arrivait parfois qu’un maître de salle quitte sa chambrette après que les élèves se soient endormis. Mais c’était un exercice périlleux en termes de responsabilité parce qu’en sortant il fermait à clé la porte du dortoir et, en principe, aucun élève n’avait de clé.

À la cafétéria, il y avait deux surveillants par repas : un du côté de la Petite salle et un autre du côté de la Grande Salle. Les surveillants devaient s’assurer que le silence total règne et que le tout se déroule normalement. Leur tâche n’était pas toujours facile parce qu’au début du repas il y avait là les élèves de l’École Technique, de Commerce et de Marine qui prenaient place avant les cohortes du Séminaire.

À la salle de récréation et dans la cour extérieure, les relations étaient différentes parce que c’était le seul endroit où nous pouvions parler. Les maîtres de salle en profitaient pour nouer des liens amicaux avec les élèves. De temps à autre, on pouvait remarquer que certains avaient des préférences. C’était des amitiés particulières au sens le plus sain du terme. Les élèves concernés étaient affublés du nom de chats.

À la Petite salle, la douche était obligatoire une fois par semaine. Le régent devait surveiller les présences et contrôler de l’extérieur le débit d’eau pour une vingtaine de douches. Des cris s’échappaient parfois des cabines parce que l’eau était trop chaude ou trop froide.

De façon générale, les relations des maîtres de salle avec les élèves étaient très cordiales. Je ne me souviens pas que l'un d’eux ait été l’objet d’une réprobation générale ou de plaintes importantes.

À ma première année, les régents de la Petite salle étaient, selon leur ordre d’ancienneté, les abbés Léopold Desrosiers, Roland Beaulieu, Louis-Jacques Morissette, Jean-Luc Thériault et Emmanuel Gagnon. L’abbé Desrosiers était régent chez les Petits depuis 1947. Du côté des grands, il y avait les abbés Réal Lamontagne, François-Xavier Belzile, Norbert Roussel, Rémi Sénéchal et Léopold Boulanger. L’abbé Lamontagne était régent chez les Grands depuis 1948.

J’en profite pour rendre un hommage particulier à ces éducateurs qui, sans compter leur temps, ont su nous donner un encadrement souple et formateur dans un cadre assez sévère, d’autant plus qu’ils n’avaient pas la formation reliée à cette fonction.

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# 200      10 janvier 2014

L’administration du Séminaire
Le Séminaire de Rimouski, dans les années 1950, était dirigé par des prêtres du clergé séculier. On s’y appliquait "à réaliser deux fins de l’éducation : la formation de l’esprit par de bonnes études, celle du cœur par la pratique des vertus." Le Séminaire assumait aussi la gestion d’écoles qui y gravitaient : l’école de Commerce, l’école Technique, l’école d’Agriculture et l’école de Marine alors unique au Québec. On était loin de penser à ce moment que ces bâtisses, sauf celle de l’école d’Agriculture et celle de l’école de Marine qui a été détruite, soient occupées un jour par le Cégep de Rimouski.

En septembre 1953, le Supérieur du Séminaire était Mgr Louis Martin. Son assistant était le chanoine Alphonse Fortin. Mgr Martin sera remplacé par le chanoine Antoine Gagnon en 1957. Le Supérieur, dûment nommé par l’Archevêque de Rimouski, était le grand patron du Séminaire et de ses écoles. Au Séminaire, sous la supervision du Supérieur, quatre services existaient : celui des ressources matérielles et financières, celui de l’enseignement, celui de la direction spirituelle et le pensionnat.

À la Procure, le responsable était l’abbé Guillaume Dionne. Le Procureur était responsable de l’administration et de l’entretien des bâtisses ; c’est lui qui s’assurait que nos parents assument les frais financiers liés à nos études. L’abbé Léo Lebel était l’économe. Il était notamment responsable de la cafétéria. Les deux hommes ont occupé leur poste respectif pendant les huit années de mon cours classique.

En septembre 1953, le responsable de l’enseignement appelé préfet des études était l’abbé Ludger Rioux. Il a occupé ce poste pendant les huit années de mon cours classique. Il était responsable des programmes d’études, de la répartition des tâches des professeurs et de l’évaluation pédagogique. C’est lui qui collectait les notes des élèves et qui préparait les bulletins. Il devait notamment organiser la distribution des prix qui se faisait en fin d’année. Lors de cet événement, de nombreux livres et des montants d’argent étaient répartis parmi les élèves méritants.

La direction spirituelle était assumée par l'abbé Raoul Thibault qui exerça cette fonction pendant de nombreuses années. Il était assisté par quatre ou cinq prêtres dont la plupart avait une grande expérience dans la conduite des âmes.

Nous vivions dans un pensionnat comme dans une bulle. La gestion du pensionnat qui comprenait deux pavillons : la Petite salle et la Grande salle, était assumée par un directeur des élèves. Ce dernier était responsable, sous la supervision du Supérieur, de la conception des règlements et de leur application, de la mise en place d’activités culturelles et sportives et de l’attribution de permissions spéciales. À mon entrée au Séminaire, le directeur des élèves était l’abbé Gérard Cayouette. Il fut remplacé par l’abbé Robert Michaud qui demeura au poste pendant trois ans. L’abbé Pascal Parent assuma cette tâche pendant mes deux dernières années du cours de lettres.

Le directeur des élèves venait rencontrer les élèves à leur salle d’études chaque semaine le samedi en fin d’après-midi. Il commençait par décerner à chacun une note de conduite sur 10 et une note d’assiduité également sur 10. Il en profitait pour expliciter le règlement, souligner la gravité de certains écarts de conduite et informer du déroulement général de la semaine à venir. En dehors de cette visite, on le voyait rarement si ce n’est que pour une convocation spéciale à son bureau ou pour obtenir des permissions qui relevaient de sa compétence.

Dans chacun des deux pavillons, le directeur des élèves était secondé par cinq maîtres de salle dont l’appellation officielle était régents. C’était de jeunes prêtres qui venaient d’être ordonnés ou qui occupaient antérieurement cette fonction. En plus, ceux-ci enseignaient quelques heures par semaine généralement dans les classes des Petits.

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# 179       1 janvier 2014

La redingote
Lors de mon inscription au Séminaire de Rimouski en septembre 1953, ma mère m’accompagnait. Nous nous sommes d’abord présentés au bureau du directeur des élèves l’abbé Gérard Cayouette qui fut d’ailleurs curé de Saint-Mathieu-de-Rioux une dizaine d’années plus tard. Les frais d’inscription étaient de 15 dollars. L’abbé Cayouette a jeté un regard interrogateur vers moi se demandant, sans doute, si je voulais devenir prêtre et si j’avais la capacité de réussir le cours classique. Il nous a alors demandé de nous diriger vers la Procure.

Le costume officiel des élèves consistait en une redingote de drap bleu marine avec nervures blanches, un ceinturon de laine verte et un pantalon bleu marine. Je possédais le pantalon réglementaire. Il fallait maintenant acheter la redingote et le ceinturon. À la procure située à l’entrée de l’édifice, il y avait là le procureur l’abbé Guillaume Dionne, son assistant l’abbé Grégoire Riou et l’économe l’abbé Léo Lebel. J’ai essayé quelques redingotes et finalement ma mère a opté pour l’une d’elles. Il en coûtait alors 30 dollars pour la redingote et le ceinturon.

Le bas de la redingote devait dépasser légèrement les genoux. Deux grandes poches se trouvaient sur les côtés et des lisérés blancs cachaient les principales coutures. Ce qui fait que les élèves étaient parfois affublés du nom de suisses. Ce costume fut en vigueur durant mes deux premières années au Séminaire.

Nous portions la redingote du matin au soir et, bien souvent, en faisant du sport même si ce n’était pas obligatoire dans ce dernier cas. La photo ci-contre le montre. Lorsque la température était un peu plus froide, la redingote remplaçait la veste ou le veston. Avec le temps, les rayures s’élimaient, les pellicules recouvraient les épaules, la sueur s’y imprégnait, parfois des souvenirs de nourriture s’y agglutinaient. Il fallait régulièrement procéder à un nettoyage savonneux à la main vu que c’était notre seul costume.

Certains externes avaient un problème particulier avec ce costume. Leurs parents exigeaient que leur fils porte la redingote pour le trajet entre la maison et le collège. Or, il arrivait que, sur leur passage, d’autres jeunes leur lancent des invectives. Il y avait un peu de jalousie dans l’air d’autant plus que la redingote fut pendant longtemps associée au monde bourgeois.

En 1955-1956, alors que j’étais en Méthode (Sec. III), un nouveau costume fut officialisé, mais il était facultatif pour cette année-là. Il consistait en un blazer bleu marine avec écusson et un pantalon de flanelle grise. En attendant, nous pouvions porter la redingote, le blazer ou même un veston ou une veste. À partir de l’année suivante, soit en septembre 1956, le blazer devint obligatoire.

Dans un prospectus destiné aux élèves, on peut lire : "Le costume réglementaire comporte le blazer bleu marine avec boutons dorés et un écusson distinctif, le pantalon gris, la chemise blanche et la cravate rouge. Il est obligatoire tous les jours, sauf que l'élève sur semaine peut porter une chemise de couleur, la chemise sport et un pantalon de couleur foncée. L'élève doit garder ce costume pour les sorties en ville. Le port des jeans n'est pas toléré."

L’obligation de la couleur de la chemise et du pantalon n’était vraiment pas appliquée. Sur l’écusson (voir photo ci-contre), on peut lire Scientia et fide, une expression latine qui peut se traduire ainsi : Par la science et par la foi.

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# 176       30 décembre 2013

La rentrée scolaire 1953
C’est le 8 septembre 1953. Pour la 98e année, de jeunes garçons âgés de 11 à 15 ans se présentent au Séminaire de Rimouski pour commencer le cours classique et, dans la grande majorité, pour adopter la vie de pensionnaires. Ceux qui ont commencé leur cours en 1946, un an après la fin de la deuxième Guerre Mondiale, sont finissants. Les plus anciens ont connu le feu de Rimouski survenu trois ans plus tôt. Ils ont aussi connu la reconstruction d’une partie du Séminaire. En septembre 1953, les traces du feu n’existent plus, sauf qu’il manque deux petits clochers sur le toit de la bâtisse principale. Ils ont été consumés par le feu et n’ont pas été reconstruits.

Avant d’être accepté au Séminaire, il fallait avoir obtenu le certificat de septième année et avoir subi avec succès l’examen d’admission. Toutefois, certains étaient exemptés de cette dernière obligation grâce à la recommandation du curé de leur paroisse ou d’un prêtre bienfaiteur. Plusieurs parents désiraient intérieurement que leur fils devienne prêtre ; mais, les autorités du Séminaire n’exigeaient pas que le jeune élève s’engage un jour à embrasser l’état ecclésiastique. D’ailleurs, tous savaient que le nouveau venu avait huit ans pour y penser.

Depuis quelques semaines, les mères avaient préparé le trousseau de leur fils. Le linge lavable devait être marqué à son nom. Les autres éléments recommandés étaient : une robe de nuit, des serviettes de toilette et de table et divers objets de toilette comme savon, peigne, matériel de cirage, brosse et pâte à dents, brosse pour les souliers et brosse pour les habits. Le costume des élèves consistait en une redingote de drap bleu marine avec nervures blanches, une ceinture verte et un pantalon bleu marine. Les talons de fer n’étaient pas tolérés.

Ce sont 158 nouveaux élèves, répartis en quatre classes, qui vont commencer à se consacrer aux études classiques le 10 septembre 1953 en matinée. Pour les uns, c’est le bonheur d’apprendre et la fin de l’encadrement familial ; pour d’autres, c’est l’ennui total loin des parents qu’ils n’avaient jamais quittés auparavant ; pour d’autres, c’est le désir de liberté exacerbé par l’impression d’être mis en cage : ils ne peuvent pas accepter le règlement, le considérant trop restreignant ; pour d’autres, enfin, c’est le manque d’intérêt pour les études. L’écrémage se fait assez rapidement. Certains quittent en cours d’année ; d’autres ne reviendront pas l’année suivante. Sur les 158 élèves qui ont débuté en septembre 1953, 111 seront là en septembre 1954. Il en manquera près de 50.

En cette année scolaire 1953-1954, Mgr Charles-Eugène Parent est l’Archevêque de Rimouski, le Supérieur du Séminaire est Mgr Louis Martin et son assistant est le chanoine Alphonse Fortin. L’abbé Ludger Rioux est le préfet des études et l’abbé Gérard Cayouette est le directeur des élèves.

Au Grand Séminaire, c’est aussi la rentrée pour 18 nouveaux élèves qui se destinent à la prêtrise. Depuis septembre 1943, le personnel et les élèves du Grand Séminaire occupent un nouvel immeuble sur la rue Saint-Jean-Baptiste. L’édifice peut loger 80 séminaristes. Cette année-là, il y en a 71. Certains confrères de Gilles Vigneault qui étaient finissants comme lui lors du feu de Rimouski seront ordonnés prêtres en fin d’année.

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# 101       26 novembre 2013

Le collège et les grilles
Au Séminaire de Rimouski tant que l’institution a existé, il y avait deux cours de récréation : celle située à l’est était réservée aux plus jeunes et l’autre aux grands. Les deux cours étaient entourées partiellement de grilles.

Du côté des plus jeunes qui formaient la Petite salle, l’une des grilles nous séparait de la prison de Rimouski. Le gardien de prison, un Monsieur Nelson, demeurait avec sa famille dans une maison qui faisait partie de l’édifice pénitentiaire. On pouvait voir les enfants jouer dans la cour et aussi des prisonniers qui travaillaient à l’occasion sur le terrain.

Un jour de printemps, avec quelques confrères, nous nous sommes approchés de cette grille pour voir les prisonniers qui bêchaient le jardin. L’un des prisonniers est venu nous voir. Nous avons engagé la conversation. Celui-ci nous a fait un parallèle entre notre état et le sien. Il a dit : "Vous êtes aussi prisonniers que moi." Nous trouvions ça charmants même si nous savions bien qu’il y avait une différence entre eux et nous. Puis finalement, un maître de salles est venu interrompre la conversation. Il est probable que le directeur de la prison a été informé de cet incident parce plus aucun prisonnier ne s’est avancé vers la grille par la suite.

Du côté sud de la cour des Grands, une construction a commencé sur la rue de l’Archevêché à la fin des années 1950. Tout en nous promenant ordinairement deux par deux dans la cour pendant les courtes récréations, nous avons pu suivre l’évolution des travaux. Quand la construction fut terminée, on pouvait voir un bloc de six appartements. Je pense bien que c’était le premier immeuble à appartements de cette ville. Dans ce temps-là, il y avait deux possibilités de résidence : la maison familiale ou la maison de chambres.

Nous avions tendance à penser que cet immeuble était occupé par des gens de mœurs légères. D’ailleurs, un confrère l’avait baptisé d’un nom que j’ai oublié mais qui sonnait comme bordel.

Il est certain que nous avions porté un jugement hâtif sur ces gens qui vivaient là. En revanche, en nous voyant jouer ou prendre une marche dans la cour quatre ou cinq fois par jour, ces gens devaient se dire : "Que font ces jeunes de 17, 18 ans à flâner ou à jouer ? Ils devraient plutôt travailler comme nous."

Il faut dire que ces grilles ne nous importunaient pas. Un élève qui voulait sortir sans permission ou jumper, comme on disait à l’époque, avait d’autres issues. En partie, les grilles étaient peut-être là pour notre protection, mais nous ne le voyions pas de cette façon.

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# 066       8 novembre 2013

Georges-Étienne Talbot (1900 - 1959)
L’abbé Talbot ne représentait pas du tout l’image qu’on se faisait d’un prêtre. Il avait plutôt l’air d’un paysan revêtu d’une soutane. Il m’a enseigné l’histoire en Versification (Sec. IV) pendant l’année scolaire 1956-1957.

Étant un chasseur invétéré, un jour en classe, il avait fait une descente contre les règlements de la chasse. Il ne comprenait pas pourquoi on interdisait la chasse à certaines périodes de l’année. Il trouvait ridicule qu’une faute à ces règlements soit considérée comme un crime. Ce qui décuplait notre étonnement c’est que nous savions très bien que s’il était pris en flagrant délit, il ne serait pas accusé parce qu’il était prêtre. Il avait d’ailleurs un permis spécial à titre de taxidermiste pour tuer certains spécimens.

Quand il savait qu’une espèce d’oiseaux était menacée d’extermination, il se mettait à l’affût d’un spécimen pour le tuer et l’empailler parce qu’il était responsable du Musée du Séminaire. Tout ce travail d’empaillage se faisait dans sa chambre ou dans le corridor attenant au grand dam de ses confrères prêtres qui occupaient les chambres voisines.

Il a d’ailleurs été un conservateur hors pair pour le musée. De plus, il était responsable du parc du Séminaire situé près du terrain de l’Archevêché et qui appartient aujourd’hui au cégep de Rimouski. Il l’entretenait avec beaucoup d’ardeur n’hésitant pas à se mettre les mains dans le fumier et à salir sa soutane qu’il portait toujours. 

Quand il nous remettait nos copies de récitations (examens), le papier dégageait une forte odeur de tabac. Il était reconnu comme un grand fumeur de pipes. Un jour, lors de la remise d’une récitation, il avait dit qu’il avait pensé mettre 0 à un élève qui avait utilisé l’expression "se pratiquer". Cette remarque venant de lui nous avait fortement surpris.

Lors d’un cours, il nous avait parlé d’un personnage dont j’ai oublié le nom. Disons que c’est Charles Quint. Au cours suivant, il nous dit : "Vous savez, tout ce que je vous ai raconté sur Charles Quint au dernier cours vaut pour son cousin." Il ne semblait pas déranger par cette confusion de noms.

Il aimait faire de l’humour. Certains élèves qui nous avaient précédés notaient la farce dans leur livre d’histoire au bon endroit et lorsque nous achetions un tel livre nous pouvions prévoir à quel cours cette farce serait livrée. Quand tous les élèves étaient prévenus, la farce tombait à plat ; sinon, c’était le moment de s’esclaffer.

Dans son livre Horace ou l’art de porter la redingote, Bertrand B. Leblanc consacre un chapitre au Père Talbot comme il était appelé à l’époque. Il dit de lui que c’était " un homme grand, sec, dégingandé avec un peu l’allure d’un coq veillant sur sa cour ". Il dit qu’il l’aimait beaucoup à cause de son originalité, de son air égaré dans les ordres et de son je-m’en-foutisme par rapport à ce que pensaient de lui ses confrères prêtres. Il le décrit ainsi : " Au-dessus de ce corps de pantin désarticulé (…), était plantée une tête merveilleuse, à front haut et fuyant, ornée d’une tignasse rare, indisciplinée et grisonnante et allumée d’yeux bleus de la pureté d’un bambin. Un long cou d’échassier faisait le raccordement sur lequel saillait une pomme d’Adam proéminente. "

Bref, le père Talbot qui fut professeur au Séminaire pendant toute sa vie sacerdotale était un original qui ne laissait personne indifférent.

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# 059       3 novembre 2013

Raoul Thibault (1900 - 1976)
Le chanoine Raoul Thibault a été un éducateur émérite du Séminaire de Rimouski. Il y a passé une bonne partie de sa vie sacerdotale. Il fut notamment directeur des élèves de 1936 à 1948. Il m’a enseigné le catéchisme en Syntaxe (Sec. II). Il avait alors 54 ans. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plus tard parce que je l’avais choisi comme directeur spirituel. Quand j’avais des problèmes particuliers, j’allais le voir. Ses conseils étaient toujours d’une sagesse proverbiale.

Quand j’étais en Méthode (Sec. III), l’abbé Thibault est venu rencontrer les élèves dans la salle d’études des Grands à quelques occasions. Cela se faisait à 6 heures 15 alors que nous étions encore endormis. Il parlait de son admiration pour la Vierge Marie et nous incitait à devenir membre de la Congrégation mariale. On finissait par s’habituer à son défaut de langage qui consistait à prononcer "ait" pour "a".

Dans son livre Horace ou l’art de porter la redingote, Bertrand B. Leblanc qui a connu l’abbé Thibault comme directeur des élèves lui consacre un chapitre. Voici quelques extraits :

"On a dit qu’il n’était pas très éloquent. C’est vrai (…) On a souligné qu’il était un homme de peu de mots. C’est également vrai. En fait, il n’avait qu’une parole. Qui se plaindra que ce n’était pas assez ? Il n’était pas flamboyant. Lui-même ne le contesterait pas. Mais personne ne pouvait douter de sa luminosité intérieure. 

On serait porté à croire qu’un homme aussi doux fut fatalement un peu bonasse. Pas du tout. Il savait sévir et il en avait d’autant plus de mérite que cela lui était très pénible. Quand il devait chasser un élève, et je suis certain que la sanction n’émanait pas souvent de lui, il s’imposait de le faire mais ne pouvait s’empêcher d’en pleurer. (…) Il prêchait une discipline rigide, mais personne ne se l’appliquait avec plus de rigueur que lui-même. Il exigeait son fameux bon ordre, mais jamais un cheveu n’entachait sa soutane, ni sa conscience. Il demandait la ponctualité parce qu’il était la ponctualité même. Il voulait le travail constant. (…) Il recommandait le respect des gens et des valeurs parce qu’il vivait intensément le précepte de la charité. (…) 

On dira : il ne devait pas être très drôle, le bonhomme. Pas comique non. Ni ricaneur, ni boute-en-train, mais serein comme les rares personnes qui possèdent pleinement la paix intérieure. Et pas triste pour deux sous. Sérieux, certes, mais dans la joie intense de vivre et précautionneux à ne pas gaspiller les dons précieux de la santé, du bien-être et de l’intelligence. Et souverainement discret. Ce qui se passait dans son bureau était aussi bien lié par son secret professionnel que par celui du confessionnal. (…) 

Mais plus que tout autre, l’atout qui en a fait un directeur remarquable a sans doute été l’amour absolu qu’il portait à la maison. C’est toujours ainsi qu’il appelait le collège."

Quand on connaît les écrits de Bertrand B. Leblanc où il manifeste un esprit critique face au système, les quelques extraits mentionnés ici constituent une gerbe de fleurs remarquable envers cet homme qui a marqué plus d’une génération d’élèves par son pacifisme, sa simplicité, sa douceur, sa candeur et sa sérénité.

Il n’est pas exagéré de dire que le chanoine Thibault fut, à la manière de Socrate, un vrai sage parce que sa force était dans ses actes et non dans sa parole.

Ajoutons que, sans trop le réaliser, j’ai été un successeur de cet abbé parce que j’ai occupé le poste de directeur des élèves en 1967-1968, dernière année où le Séminaire de Rimouski a dispensé des cours. C’était une toute autre époque.

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# 054       29 octobre 2013

Gilles Vigneault
En 1981 ou 1982, j’ai croisé Gilles Vigneault dans une tabagie à Sept-Îles. Je n’ai pas osé lui parler. J’ai regretté longtemps cette omission. Je lui aurais raconté comment je l’ai connu comme poète et chansonnier. Je lui aurais parlé de l’abbé Georges Beaulieu qui fut son professeur et qui était un de ses admirateurs. En 1958-1959, Georges Beaulieu fut mon professeur de latin et de grec en Rhétorique (Collégial I), soit 11 ans plus tard que l’élève Vigneault.

Dans ce temps-là, lors du premier jour de classe, chaque élève choisissait une place pour toute l’année. Après nous avoir souhaité la bienvenue, l’abbé Georges Beaulieu s’est tourné vers moi et il m’a demandé mon nom. Il m’a dit : " Tu es assis à la place de Gilles Vigneault. " À ce moment, je n’avais aucune idée qui était cet homme. Par la suite, l’abbé Beaulieu a toujours eu beaucoup d’égard à mon sujet. Il m’appelait Ti-Jean. Peut-être, quand il me regardait, voyait-il Gilles Vigneault ?

À quelques occasions, l’abbé Beaulieu nous a parlé de ce chantre du Québec. Un jour, à l’automne 1958, il nous a lu un poème que Gilles Vigneault lui avait remis en main propre quelque temps auparavant et qu’il lui avait dédié. Ce poème traitait du moulin ancestral de Saint-Clément d’où l’abbé Beaulieu était originaire. Voici la première strophe :

Je sais un lieu tranquille où le Temps se repose
Des horloges d'ici, des pendules d'ailleurs,
Aux bras d'une rivière au courant charroyeur,
De poissons du silence et du reflet des choses.

C’était signé :  En vieille amitié, Gilles Vigneault.

Lors d’un cours, au printemps 1959, l’abbé Beaulieu nous a invités à le suivre à la salle de lecture des Grands située en face de la cafétéria. Il nous a fait entendre la première chanson connue de Gilles Vigneault, Jos Monferrand. La chanson était interprétée par le folkloriste Jacques Labrecque. Voici le premier couplet :

Le cul su'l'bord du Cap Diamant, les pieds dans l'eau du St-Laurent
J'ai jasé un p'tit bout d'temps avec le grand Jos Monferrand
D'abord on a parlé de vent, de la pluie puis du beau temps
Puis j'ai dit : "Jos dis-moi comment que t'es devenu aussi grand
Que t'es devenu un géant"

En 1962, j’ai assisté à un spectacle donné par Gilles Vigneault à l’Auditorium du Séminaire de Rimouski, aujourd’hui Salle Georges-Beaulieu du cégep de Rimouski. C’était, sauf erreur, sa première tournée de spectacles. Le chansonnier s’est dit ému de fouler la scène sur laquelle il était monté une dizaine d’années auparavant sous la supervision de Georges Beaulieu duquel il disait conserver un souvenir impérissable. Il a rodé avec nous le refrain " Qu’il est difficile d’aimer " de sa chanson intitulée Doux chagrin.

Voilà ce que j’aurais dit à Gilles Vigneault si je lui avais parlé à Sept-Îles. On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Je me reprends aujourd’hui. Je suis fier d’avoir était impliqué indirectement dans les débuts de cet illustre chansonnier québécois.

Ajoutons que Monsieur Vigneault a fait son cours classique au Séminaire de Rimouski de 1942 à 1950 et qu’il était Finissant lors du feu de Rimouski le 6 mai 1950.

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# 053       28 octobre 2013

Une loi privée
Le 30 août 1968, la corporation du Séminaire dont j’étais secrétaire a vendu ses biens, meubles et immeubles, au Cégep de Rimouski. C’était, sauf erreur, la première vente d’un collège classique à un collège d’enseignement général et professionnel.

Antérieurement les membres de la corporation étaient les prêtres du Séminaire. Les uns dirigeaient l’institution, les autres y étaient nommés en vertu de leur implication dans la vie du collège. Le premier laïc à être membre de la corporation fut Lionel Dion en 1964, à titre de préfet des études au secondaire.

Comme le Séminaire avait cessé de dispenser des cours, en septembre 1968, l’Archevêque de Rimouski, Monseigneur Louis Lévesque, forma un nouveau conseil d’administration. J’ai eu le privilège d’en être nommé membre et secrétaire.

Il devenait opportun de modifier les pouvoirs et d’encadrer la nomination des administrateurs de la corporation du Séminaire. Avec l’approbation de l’Archevêque, la corporation a alors demandé au Gouvernement du Québec de voter une loi privée qui prévoyait, entre autres, la mise sur pied d’une assemblée générale de membres, lesquels devraient alors choisir les administrateurs.

Cette loi fut votée en 1970. Mon nom y apparaît comme membre de la corporation et du conseil d’administration.

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# 035       8 octobre 2013

Millionnaire d’un jour
En 1967-68, j’étais directeur général adjoint au Séminaire de Rimouski. C’était la dernière année où le Séminaire dispensait des cours. J’étais aussi membre et secrétaire de la Corporation du Séminaire. Le supérieur était le chanoine Robert Lebel qui fut plus tard évêque auxiliaire à Saint-Jean-Longueuil (1972-1976) et évêque du diocèse de Valleyfield (1976-2000).

Lors d’une réunion de la Corporation du Séminaire le 19 août 1968, nous avions décidé de vendre au Cégep de Rimouski l'ameublement et l’équipement des terrains et des bâtisses ainsi que la bibliothèque, pour un montant de 5 394 000 $. C’est Claude St-Hilaire, un ingénieur et futur maire de Rimouski, qui avait négocié le contrat. Comme secrétaire, j’avais inscrit la résolution dans le grand livre de la corporation. En passant, je rédigeais tout à la main. La résolution ne prévoyait pas qui serait les signataires de l’entente. Dans ma tête, je me disais que le chanoine Lebel choisirait l’abbé Pierre Bélanger, qui était le trésorier de la corporation.

Or, le 30 août 1968 en avant-midi, le chanoine Lebel se présente à mon bureau. J’étais alors directeur adjoint du Séminaire, une école maintenant administrée par la Commission scolaire du Bas-St-Laurent. Le chanoine Lebel me dit : - Viens avec moi chez le notaire Goulet, nous allons signer le contrat de la vente du Séminaire au Cégep.

J’étais abasourdi. Je ne m’attendais pas à ça du tout. Mais peut-on refuser une telle offre ? J’ai donc accompagné le chanoine Lebel et j’ai eu l’honneur de signer le contrat de vente du Séminaire au Cégep de Rimouski pour un montant de plus de cinq millions de dollars.

Évidemment, vous comprendrez que cela ne m’a pas apporté un sou.

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# 008       17 septembre 2013

Un homme de sciences
L’abbé André-Albert Dechamplain (1900-1986) a enseigné les sciences au Séminaire de Rimouski pendant 39 ans. Il a fondé la troupe scoute du Séminaire en 1933. Il a collaboré à la revue Le naturaliste canadien et à celle des Scouts catholiques. Il a donné à l’UQAR en 1970 un herbier contenant environ 2000 spécimens ainsi qu’une collection de mollusques et de coquillages. Ses archives sont aujourd’hui conservées par la Corporation du Séminaire. Hormis les institutions, son legs y est de loin le plus important. En plus d’être professeur de sciences, il a consacré un temps considérable à des recherches généalogiques en compilant les mariages du diocèse.

Quand j’étais en Syntaxe (Sec. II), alors qu’il était mon professeur de sciences naturelles, j’ai appris sa passion pour la généalogie. Je lui ai demandé s’il pouvait m’aider à retrouver mes ancêtres. Il a accepté. Je suis allé le rencontrer à sa chambre (un 2½) un mercredi après-midi. Il m’a alors posé quelques questions sur mes ascendants et il m’a indiqué des livres pour continuer la recherche. Il m’a même offert la possibilité d’utiliser sa dactylo : ce que j’ai fait avec bonheur.

L’abbé Dechamplain m’a aussi enseigné les sciences naturelles l’année suivante. Puis, je l’ai perdu de vue. Dix ans plus tard, en 1965, j’ai commencé à enseigner au Séminaire. Il était là comme professeur de sciences naturelles. J’avais deux groupes en Éléments latins (Sec. I) et il en avait un. J’étais alors son collègue : ce qui m’impressionnait.

Dès le début de l’année, il a eu des problèmes de discipline avec son groupe. Pas étonnant, le titulaire de cette classe avait lui-même ces problèmes. En novembre, il a démissionné. Il avait alors 65 ans. Le préfet des études m’a demandé de le remplacer. Je lui ai dit que je ne pouvais pas remplacer un érudit de cette envergure, mais que j’acceptais de lui succéder.

Voici un extrait de sa biographie qui a été écrite par l’abbé Léo Bérubé et qui apparaît sur le site du diocèse de Rimouski : 

"En 1965, s'étant retiré de l'enseignement, l'abbé Dechamplain se vit confier au Séminaire la fonction de conservateur du Musée et la garde du Bocage. Cette demi-retraite lui a encore permis de faire fructifier plusieurs de ses talents, celui de collectionneur par exemple, dans le domaine de la faune et de la flore régionales, de la minéralogie, de la numismatique, de la philatélie et des photographies anciennes. Il aura enrichi considérablement les collections du Musée du Séminaire et doté l'Université du Québec à Rimouski d'un herbier de grande valeur pour la région. C'est à la généalogie cependant qu'il s'est le plus intéressé. Après avoir été le passe-temps favori de ses années d'enseignement, cette étude l'a maintenu en activité jusqu'à ses toutes dernières semaines. Le volumineux fichier qu'il a constitué en cette matière est d'une importance capitale pour la recherche généalogique dans le Bas Saint-Laurent."

Ajoutons, pour la petite histoire, que l’abbé Dechamplain fit le relevé botanique du Mont-Albert avec le Fr. Marie-Victorin.

À côtoyer cet homme discret, on ne croirait pas qu’il ait réalisé tant de choses.

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