(Dessin réalisé au primaire)

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Les charleries

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Ce blogue contient des souvenirs, des anecdotes, des opinions, de la fiction, des bribes d’histoire, des récréations et des documents d’archives.

Charles-É. Jean

Faits anciens

# 5610             21 octobre 2020

Au presbytère

Le Canadien, un journal de Québec, dans son édition du 25 mars 1839, rapporte un événement tragique.

 

« On nous transmet de Cervionne (Corse) le fait suivant que nous offrons à la curiosité de nos lecteurs :

 

Pendant une des nuits du mois de janvier, un individu frappe à coups redoublés à la porte du presbytère ; le curé refuse d’ouvrir, craignant une trahison ; mais il se laisse enfin persuader par les supplications d’un homme qui le presse de venir porter les derniers secours de la religion à un agonisant dont la demeure est peu éloignée.

 

À peine le curé a-t-il ouvert sa porte, qu'il est saisi vigoureusement par un brigand masqué et armé d'un pistolet, qui l’oblige à le conduire dans l'église. Là, le brigand se fait remettre tous les vases sacrés et autres ornements. Pour les emporter plus facilement, il veut les réunir en un seul paquet ; il pose son pistolet et se hâte de saisir les objets ; mais le curé, profitant de cette circonstance, s’empare du pistolet, brûle la cervelle du brigand et court appeler du secours ; on vient, on arrache le masque du voleur et l’on reconnaît le maire du village. »

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# 5595             12 octobre 2020

Lettre d’un suicidé

Le Courrier de Québec, dans son édition du 30 novembre 1808, raconte l’histoire d’un Irlandais d’origine : 

Un pauvre homme, natif d'Irlande, ayant eu quelques différends avec sa femme, se jeta ces jours passés dans une rivière où il se laissa noyer. Ce qui suit est une relation curieuse et circonstanciée de sa mort, écrite par lui-même et trouvée dans sa chambre.

 

« Comme je sais que le peuple qui trouvera ma carcasse, désirera avoir quelques connaissances de la cause de ma mort, je vais lui donner, là-dessus, toute la satisfaction possible.

 

Connaissant entièrement le sujet depuis le commencement jusqu’à la fin et plus encore, le malheur que j'ai eu d’épouser une méchante femme, qui n’eut jamais de plus grand plaisir que celui de me quereller et de me forcer par là à laisser la vie. Il se pourrait faire qu’on rapportât (le monde est si porté au mensonge) que je suis mort par accident : mais c’est une erreur, car je me suis moi-même jeté à l’eau et m'y suis ainsi laissé mourir.

 

D'ailleurs, comme ce qui me reste est fort peu de chose, j’espère qu’il ne sera point le sujet des querelles et des contestations. Je donne ce qu’on trouvera dans ma bourse à Betsey Mckenzie. Ma femme dit que j'ai eu un commerce illicite avec elle, mais c’est un vrai mensonge de sa fabrique, et si je vivais, je lui dirais nettement et à sa face.

 

Quant à ma femme, elle ne s’est que trop bien servi de mon bien. Ainsi mon intention est qu’on ne lui donne plus rien ; c'était une assez forte charge pour moi que de l’entretenir pendant ma vie, sans qu'il faille songer à elle après ma mort.

 

Je pardonne à tout le monde, ma femme exceptée. Je ne puis savoir positivement où j’irai, mais je suis assez tranquille là-dessus, ayant adroitement extorqué une absolution, aujourd'hui, sans que le prêtre qui me l’a donnée sût alors ce qui m'était entré dans la tête.

 

L'indifférence et la bonté ont été les deux guides de mes actions. J'aurais cependant (et je ne m’en cache pas) heurté l’homme le plus nerveux qui eût osé dire autre chose ; mais actuellement, je suis mort, et il est libre à ceux qui vivent de parler de moi comme bon leur semblera. Le Diable pourtant les récompensera de leurs peines.

 

Je meurs ami des hommes. Je souhaite du bien à tous ceux qui ont eu quelques égards pour moi, et l’endroit où je serai inhumé ne m'importe pas plus qu'une pipe de tabac. J'étais partagé entre le dessein de me pendre et celui de me noyer. J'ai pris enfin ce dernier parti. Observant qu’il n’est pas si usité que l’autre ; car on pend les voleurs, les hérétiques, les meurtriers, mais on les noie jamais.

 

Je meurs ainsi, âgé de 38 ans, sans désespoir, murmure, ni plainte, enfin comme un homme, et de mon propre et libre choix et détermination, avec pleine assurance d’aller au Ciel où je me dispose à rire, à gorge déployée, et de ma femme et du Diable. »

 

Quelle singularité ? quel sang froid ! quel mélange de grandeur et de petitesse, de force et de faiblesse, de perception et de démence. (Fin du texte cité)

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# 5570             27 septembre 2020

Le choléra à Québec en 1832

Dans Charles Guérin, roman de mœurs canadiennes, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau indique que le choléra a gagné la ville de Québec le 9 juin 1832. Il décrit les ravages que ce fléau y a produits. En annexe, il indique que le nombre de décès imputé à cette épidémie fut de 3300 alors que la population de la ville était d’environ 30 000 habitants, ce qui correspond à environ 11 % de la population.

 

Pierre-Joseph-Olivier Chauveau est né à Charlesbourg (Québec) le 30 mai 1820. À neuf ans, il entre au Petit Séminaire de Québec où il fait ses études classiques. Il devient avocat. Il est le 1er premier ministre du Québec en 1867.

 

En annexe de son livre, Chauveau écrit : « Ceux qui n'ont vu à Québec que les dernières invasions du choléra auront peut-être quelque peine à croire à la description que nous avons faite de ses ravages en 1832. »

 

Voici ce que Chauveau écrit dans son livre concernant ce qui se passe cette année là :

 

« Le choléra sévissait à Québec avec une rage inouïe. Bien loin d'avoir été préservée, comme on l'espérait, cette ville souffrait de l'épidémie dans des proportions bien plus grandes que toutes les autres villes de l'Amérique. (…) De cent à cent cinquante victimes succombaient chaque jour. Prêtres et médecins ne pouvaient suffire à remplir leur ministère. Les émigrés et les pauvres gens tombaient frappés dans les rues et on les conduisait aux hôpitaux entassés dans des charrettes où ils se débattaient dans des convulsions effrayantes. Les corbillards ne suffisaient plus pour conduire les morts à leur dernière demeure.

 

De longues files de charrettes chargées chacune d'elles de plusieurs cercueils se croisaient dans toutes les directions. Les décès des gens riches et considérables étaient devenus si fréquents, que les glas funèbres tintaient continuellement à toutes les églises. L'autorité défendit de sonner les cloches, et leur silence, plus éloquent que leurs sons lugubres, augmenta la terreur au lieu de la diminuer.

 

Toutes les affaires étaient interrompues, les rues et les places publiques étaient vides de tout ce qui avait coutume de les animer, presque toutes les boutiques étaient fermées : la mort seule semblait avoir droit de bourgeoisie dans la cité maudite ; on ne rencontrait partout que des gens portant la livrée de cet horrible tyran. L'autorité épuisait dans son impuissance tous les caprices de son imagination. Un jour, vous sentiez partout l'odeur âcre et nauséabonde du chlorure de chaux, le lendemain on faisait brûler du goudron dans toutes les rues. De petites casseroles posées de distances en distances sur des réchauds, le long des trottoirs, laissaient échapper une flamme rouge et une fumée épaisse.

 

Le soir, tous ces petits feux avaient une apparence sinistre et presque infernale. Quelques officiers qui avaient été dans l'Inde, s'avisèrent de raconter qu'après une grande bataille le fléau avait cessé et que l'on attribuait sa disparition aux commotions que les décharges d'artillerie avaient fait éprouver à l'atmosphère. De suite on traîna dans les rues des canons, et toute la journée on entendit retentir les lourdes volées d'artillerie, comme s'il se fut agi de dompter une insurrection.

 

Et avec toutes ces précautions, le mal redoublait d'intensité et emportait dans la tombe des familles entières ; il y eut même des rues où il resta à peine un seul être vivant. Les médecins, comme l'autorité, avaient épuisé toutes leurs ressources et fait manger au monstre toute leur pharmacie, qui n’avait fait qu'aiguiser sa faim dévorante. Toutes les théories et tous les systèmes recevaient chaque jour de l'expérience un cruel démenti : le remède qui triomphait un jour était sûr d'éprouver le lendemain une éclatante défaite ; les seules cures qui s'opéraient ne pouvaient guère s'attribuer qu'à la nature, ou à l'intervention directe de la providence ; elles avaient lieu le plus souvent, lorsque le malade rendu à la dernière extrémité était abandonné des médecins.

 

On avait érigé des hôpitaux temporaires, et l'on avait élevé au centre du faubourg St. Jean, sur un terrain vacant, une immense baraque en bois que l'on baptisa du nom d'Hôpital des Émigrés. C'était là que le fléau tenait sa cour plénière et régnait en maître absolu. Ce n'était pas des malades, c'était plutôt des mourants qui allaient se faire enregistrer dans cet hôpital avant de prendre le chemin du cimetière.

 

Tous les lits étaient pleins et une foule de patients étaient étendus par terre, faute de place : rien de plus hideusement saisissant que cette salle où il fallait souvent déplacer un cadavre pour parvenir à un malade. On avait été obligé d'établir tout près de là une boutique de cercueils et le bruit de ce sinistre travail parvenait distinctement à l'oreille des mourants. (…)

 

Les enterrements des cholériques se faisaient régulièrement chaque soir à sept heures pour toute la journée. Les morts de la nuit avaient le privilège de rester vingt-quatre heures ou à-peu-près à leur domicile. Ceux de l'après-midi n'avaient que quelques heures de grâce. On les portait au cimetière à la hâte pour l’enterrement du soir. Tant pis pour eux, s'ils se réveillaient trop tard ! À toutes les heures du jour, les chars funèbres se dirigeaient vers la nécropole ; mais le soir c'était une procession tumultueuse ; une véritable course aux tombeaux, semblable aux danses macabres peintes ou sculptées sur les monuments du moyen âge.

 

Des corbillards de toutes formes, de grossières charrettes, contenant chacune de quatre à six cercueils symétriquement arrangés, se pressaient et s'entreheurtaient confusément dans la grande allée, ou chemin St. Louis. Les Irlandais étaient à-peu-près les seuls à former des convois à la suite des dépouilles de leurs parents ou de leurs amis. Ce peuple est si malheureux, qu'il a toujours festoyé la mort comme une amie, et que nul danger ne peut l'éloigner d'une cérémonie funèbre.

 

C'étaient de longues files de calèches pleines d'hommes, de femmes, et d'enfants entassés les uns sur les autres, comme les morts dans leurs charrettes ; tandis que les cercueils des canadiens se rendaient seuls ou presque seuls à leur dernière demeure. Au reste, la plupart de ceux qui avaient parcouru ce chemin la veille en spectateurs faisaient eux-mêmes le lendemain les frais d'un semblable spectacle. »

 

Notons que, selon Chauveau, à Québec, une seconde vague de choléra a débuté le 7 juillet 1834 et a fait 2500 morts ; une troisième vague le 2 juillet 1849 avec 1180 morts ; une quatrième vague le 28 août 1851 avec 280 morts ; une cinquième vague le 26 septembre 1852 avec 145 morts.

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# 5545             12 septembre 2020

Disparition mystérieuse

Dans son édition du 14 juin 1888, L’Électeur, un journal de Québec, raconte ce qui est arrivé à un citoyen de Beaumont. Voici le texte :

 

« Depuis quelques jours, la population du village de Beaumont est dans une grande excitation, vu la disparition plus que mystérieuse d'un des citoyens du l’endroit.

 

Voici les faits : En octobre dernier, une assemblée de paroisse eut lieu à Beaumont, un dimanche, et devint très tumultueuse, à tel point que l’on en vint à des voies de fait, et durant la bagarre un homme fut violemment frappé à la base du crâne.

 

Cet homme, qui a nom Narcisse Turgeon, est celui dont on déplore aujourd'hui la disparition. La bagarre dont nous venons de parler a eu pour cause première le fait que M. Turgeon aurait exprimé des opinions qui n’étaient pas partagées par la majorité des paroissiens présents à l’assemblée qui eut lieu à l’issue de la messe.

 

Rendu chez lui, M. Turgeon se plaignit de violentes douleurs à la tête, douleurs qui allèrent toujours en augmentant et il devint gravement malade. Étant quoique peu rétabli, M. Turgeon intenta une action en dommage et obtint jugement pour 100 $ et les frais.

 

Le blessé ne prenant pas de mieux, les docteurs Morin et Ladrière furent mandés et conseillèrent au malade de subir une opération chirurgicale, mais Turgeon refusa de suivre leur avis et continua d’aller de mal en pis, manifestant parfois des symptômes d'aliénation mentale.

 

Dimanche dernier, Turgeon est parti de chez lui, laissant une lettre par laquelle il informait sa famille qu'il allait se noyer. On n’a eu aucune nouvelle de lui depuis et l'on suppose qu’il s’est jeté dans le St-Laurent.

 

M. Turgeon qui est un cultivateur à l’aise est âgé de 45 ans et était considéré comme étant un des meilleurs citoyens de la paroisse. » (Fin du texte cité)

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